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C’est le festival des extras dans la rénovation

GEN - CATHERINE DESCHAMBAULT ENTREPRENEURE
Photo Martin Alarie L’entrepreneure générale Catherine Deschambault, hier, sur un chantier à Westmount. Mme Deschambault a expliqué au Journal qu’elle doit régulièrement expliquer à ses clients, sous le choc, les raisons de la hausse constante du prix des matériaux.

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Projets de rénovation de 30 à 35 % plus chers, des cabanons vendus à perte, des constructions dont le coût explose... Les exemples ne manquent pas pour illustrer l’impact de la hausse du prix des matériaux. 

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L’entrepreneure générale et investisseuse immobilière Catherine Deschambault est aux premières loges pour constater le phénomène. 

« C’est un peu troublant, on est vraiment dans une drôle de période », lance-t-elle. 

La patronne de Construction Deschambault doit fournir plus d’explications qu’avant à ses clients, voire carrément les éduquer sur le sujet.

« Ils sont un peu sous le choc des prix des soumissions », remarque-t-elle. Elle prend maintenant le temps de faire l’exercice avec eux, de passer la soumission au crible afin de leur expliquer les coûts. « Et ce n’est pas la main-d’œuvre qui a augmenté », assure l’entrepreneure. 

Pour le prix du bois, « c’est même assez impressionnant ». 

Une cliente qui veut agrandir un rez-de-chaussée en combinant deux logements pensait, par exemple, s’en sortir pour 200 000 $, mais ce sera plus près des 300 000 $ avec le prix actuel des matériaux.

« Il y a un an, son projet aurait facilement coûté 60 000 $ de moins », dit-elle.

Tirer sur la gâchette

Avec les prix qui ne cessent de monter, l’experte en rénovations recommande donc aux clients d’être prêts à passer à l’action quand vient le temps de demander des soumissions. 

« Les gens doivent comprendre l’urgence. Au rythme où vont les choses, la soumission que je fais aujourd’hui sera désuète dans un mois ou deux », soutient l’entrepreneure, qui reçoit « presque chaque jour » des avis d’augmentation de la part de ses fournisseurs.

Si elle offrait des prix fixes jusqu’à l’an dernier, ce n’est plus possible dans les circonstances, puisque les entrepreneurs en construction ne peuvent pas assumer seuls les hausses de prix.

« C’est moins dangereux de charger le prix coûtant, soit la main-d’œuvre et le prix des matériaux, plus 15 % pour l’administration », dit-elle. 

D’autres exemples

À Mont-Saint-Hilaire, France Thibeault et son conjoint font eux aussi face à l’augmentation du prix du bois. 

Le couple dans la cinquantaine s’est lancé dans l’autoconstruction d’une maison en août 2020. Si le chantier avance très bien, le budget alloué au bois, lui, a rapidement explosé. Pour la charpente, ils avaient prévu dépenser 59 000 $, mais ils ont finalement dû débourser 81 000 $. 

« De septembre à décembre, on pouvait voir une grosse différence dans le prix du bois d’une journée à l’autre », se rappelle la dame. 

À Mont-Tremblant, un fabricant de cabanons a dû vendre de nombreuses unités à perte en raison de la hausse du prix des matériaux. 

Martin Dionne avait signé des contrats en mars et avril 2020 pour des cabanons qu’il allait construire pendant l’été. Mais les prix du bois ont commencé à monter en flèche en mai. 

« J’ai perdu jusqu’à 1300 $ par cabanon, et j’en ai livré une soixantaine », explique-t-il. 

En moyenne, il vendait ses cabanons 4000 $ et payait les matériaux 2000 $. 

Si certains clients ont accepté de payer 30 % plus cher, de nombreux autres s’en sont tenus aux termes du contrat.

L’entrepreneur d’une vingtaine d’années d’expérience a décidé, pour 2021, d’investir 35 000 $ dans la construction d’un entrepôt. Ainsi, maintenant, dès qu’il signe un contrat, il achète tout de suite les matériaux et peut les entreposer jusqu’à la construction. « Je ne veux pas revivre 2020 », laisse-t-il tomber.