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Il va vous arranger ça!

<strong><em>Mon Almérique à moi</em><br>Cédric Ferrand</strong><br>Alire<br>240 pages
Photo courtoisie Mon Almérique à moi
Cédric Ferrand

Alire
240 pages

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Il y a de la belle humeur, de la fantaisie, de l’ironie dans Mon Almérique à moi. Et de la politique, de l’histoire, des observations sociales, et bien des délinquants. Bref, on s’amuse !

La personne qui assure la narration de Mon Almérique à moi s’appelle Jess. Au gré des chapitres, il est parfois un homme, elle est parfois une femme. 

Oh, ce n’est pas qu’affaire de chapitres ! Quand il s’agit d’emploi, Jess s’ajuste aussi : femme quand il lui faut trouver vite, homme pour être mieux payé ! 

Faudrait pas croire pour autant que le roman traite de thèmes à la mode, de revendications, de victimisation. L’identité fluctuante de Jess est un simple constat, voire une anecdote au regard du reste de sa famille.

Car son grand-père Almérique a fait mieux : il s’est inventé une fiancée, Rita Dagenais, alors qu’il était à la guerre. Au retour à Montréal, qui l’attendait sur le quai ? Une bien réelle Rita !

Et le couple se fera le champion des entourloupettes. Lui est le facilitateur du monde des cabarets (Lily Saint-Cyr en vedette à Montréal ? C’est son fait !), puis de la politique, et il traîne dans son sillage un lot d’histoires pas possibles, manipulation de la question référendaire incluse. De son côté, Rita développe son commerce de pilules maison qui, on vous l’assure !, guérissent.

Maurice, le père de Jess, a aussi des talents particuliers : en quelques chiffres glanés, il vous vole une identité ! La maman, dépassée, trouve refuge dans la religion.

Une vie plate ?

Face à tout ce bagage familial, Jess a délibérément choisi une vie plate, ordinaire, sans surprises – si ce n’est celles que réserve le monde du travail quand on est « agent administratif » qui passe d’une job à l’autre en constatant partout le gaspillage de temps, d’argent, de formulaires inutiles... 

Le plaisir, Jess le puise plutôt dans son harmonieuse vie de couple avec Benoîte, guichetière remplaçante à la STM.

Sauf qu’un jour, Almérique et Rita meurent, ensemble. Aux funérailles débarque un ami méconnu du grand-père : monsieur Destourbe. Oui, la célébrité du monde des affaires, à la tête d’un empire financier et médiatique, farouche fédéraliste et qui a les gouvernements à sa main. On vous laisse savourer l’allusion ! 

M. Destourbe a compris que Jess avait le même don qu’Almérique : celui d’arranger le réel pour arriver à ses fins. Alors il veut qu’à son tour, elle travaille pour lui. Relèvera-t-il, relèvera-t-elle le défi ?

Tout cela est déjà fou, et encore : on n’a pas parlé de Symphorien, Richard Blass, les Shriners ! De quoi deviner la jubilation de Cédric Ferrand en écrivant ce roman, son quatrième, mais le premier publié au Québec.

Cédric Ferrand est Français d’origine, installé ici depuis 15 ans et passionné de ce qu’il découvre de notre histoire. La distance émotive, on le constate, lui permet de tout rebrasser sans complexe, avec un humour mordant et une langue québécoise bien maîtrisée.

Alors on rigole ! Que du bonheur.