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Les grands pollueurs du Québec: pas d'amélioration avant 2024, avoue la CAQ

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ne s’attend pas à une embellie du bilan des GES avant 2024

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Les grands pollueurs du Québec ne se sont pas améliorés en 2019, et le ministre de l’Environnement ne s’attend pas à une réduction notable des rejets des usines avant 2024, malgré l’urgence climatique. 

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Il n’y a pourtant pas de temps à perdre. Selon le plan pour une économie verte présenté en novembre par le ministre de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, Benoit Charette, le Québec demande au secteur industriel de réduire de près de 5 mégatonnes ses émissions de gaz à effet de serre (GES) d’ici 2030.   

  • La cimenterie McInnis en voie de devenir le plus gros pollueur du Québec   

« C’est très ambitieux », reconnaît Hélène Lauzon, présidente du Conseil patronal de l’environnement du Québec, un regroupement d’entreprises comptant notamment les plus grands émetteurs de GES. 

Le défi est de taille : les 100 plus grands pollueurs émettent près de 20 mégatonnes de GES par année, le quart de toutes les émissions de la province. Et il n’y a pas de tendance marquée à la baisse.

Le palmarès des grands pollueurs de notre Bureau d’enquête, présenté pour une troisième année, démontre qu’entre 2018 et 2019, leurs émissions de GES ont diminué d’un maigre 0,27 %. 

Depuis 2012, si on fait abstraction du lock-out de l’Aluminerie de Bécancour en 2018 et 2019, les 100 grands émetteurs ont augmenté leurs GES de 3,37 %. Les deux tiers d’entre eux polluent davantage.

Six ans pour atteindre la cible

Qui sont ces grands pollueurs ? Les raffineries Valero et Suncor qui abreuvent nos automobiles et qui occupent respectivement le premier et le deuxième rang du palmarès. Il y a aussi les cimenteries comme Ciment McInnis en Gaspésie, les alumineries de Rio Tinto et d’Alcoa, les usines de pâtes et papiers de Produits forestiers Résolu, notamment. 

Chaque secteur a ses défis. Mais deux s’illustrent pour leur mauvais bilan : le ciment (+34 % d’augmentation d’émissions de GES depuis 2012) et les pâtes et papiers (+31,8 %). 

Le plan vert du gouvernement prévoit 768 millions $ pour aider le secteur industriel à réduire ses GES. 

« D’ici 2024, je vais espérer une certaine stabilisation de nos émissions, mais c’est après que de façon plus directe on pourra constater l’impact du plan », affirme M. Charette, en entrevue.

Il ne restera alors que six années pour atteindre la cible. 

« En 2024, si on est encore [au niveau actuel], mais que je sais que telle ou telle transformation va s’appliquer dans les mois qui vont suivre, je serai tout autant optimiste », dit-il. 

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Mission impossible ?

Mais l’industrie veut-elle réduire ses émissions ? Le conseil patronal de l’environnement fait du lobbyisme pour que Québec « concentre » ses efforts de réduction de GES sur le secteur des transports plutôt que de « cibler » l’industrie. Il considère que « toutes les réductions économiquement viables ont été réalisées ». 

Les GES du secteur industriel ont deux origines : la combustion d’hydrocarbures et le procédé industriel où il se dégage des GES en raison d’une réaction chimique. 

Par exemple, lorsqu’on chauffe du calcaire pour le transformer en ciment.

De grands efforts ont déjà été faits pour réduire les émissions de combustion, en remplaçant par exemple des hydrocarbures par de l’électricité, souligne Mme Lauzon. 

Mais il est ardu de changer les procédés.

« C’est plus compliqué parce que c’est structurant, dispendieux et, parfois, la technologie n’existe pas encore, explique-t-elle. On en a fait beaucoup. Va-t-on atteindre la cible ? On ne le sait pas », conclut-elle. 

Greenpeace Canada doute pour sa part de la volonté du ministre caquiste. 

En décembre, M. Charette affirmait à Mme Lauzon : « Je déplore une tendance renforcée ces dernières années : le discours environnemental a été axé sur les réductions de GES. C’est très important, mais c’est un discours parmi tant d’autres ».

« C’est irresponsable, a réagi le porte-parole Patrick Bonin. [...] La lutte contre les changements climatiques est la plus grande menace pour l’humanité. De banaliser ça, ça n’a aucun sens. L’urgence climatique, ça veut dire qu’il faut prioriser ça. »

LES EFFORTS DU SECTEUR INDUSTRIEL  

  • Depuis 1990, le secteur industriel a diminué ses GES de 7,8 MT tandis que celui des transports les a augmentés de 9 MT.       
  • La plus forte diminution enregistrée en une décennie a été de 3,3 MT, entre 2008 et 2018.