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La déesse des mouches: «des montagnes russes»

Le film La déesse des mouches à feu a connu un parcours particulièrement sinueux en raison de la pandémie

La déesse des mouches à feu
Photo courtoisie Une scène du film La déesse des mouches à feu.

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Des montagnes russes. C’est ainsi que la réalisatrice Anaïs Barbeau-Lavalette décrit le chemin semé d’embûches qu’elle a dû parcourir pour la sortie de son nouveau film La déesse des mouches à feu, un des rares longs métrages québécois à avoir réussi à trouver son public pendant cette année de pandémie. « Ç’a été une expérience intense et bouleversante », analyse la cinéaste.

La dernière année n’a pas été facile pour le milieu du cinéma québécois. Plusieurs sorties ont été repoussées, certains films n’ont pas encore vu le jour, d’autres ont vu leur carrière en salle être écourtée par la fermeture des cinémas.

La déesse des mouches à feu est un cas à part. Comme la majorité des films sortis en 2020, le troisième long métrage de la cinéaste Anaïs Barbeau-Lavalette s’est fait mener la vie dure par la pandémie. Mais, contrairement à d’autres, il a quand même réussi à se tracer un chemin vers le succès.

Coupé dans son envol

Lancé en première mondiale devant une salle comble au Festival de Berlin en février 2020, La déesse a pris l’affiche partout au Québec le 25 septembre dernier. Mais, après avoir enregistré un départ canon au box-office (plus de 85 000 $ en trois jours), le film a dû être retiré des écrans après moins d’une semaine, quand le premier ministre François Legault a annoncé la fermeture des salles en zone rouge, le 1er octobre. 

« Quand les salles ont fermé, je l’ai reçu comme un coup de poing au ventre », a confié Anaïs Barbeau-Lavalette en entrevue au Journal.

« C’était violent. On savait que c’était risqué de sortir notre film dans le contexte de la pandémie. Mais jamais on n’aurait pu croire que ce risque se transformerait en une fermeture totale des salles cinq jours après la sortie du film. »

Quand les salles en zone rouge ont fermé, le distributeur Entract Films a fait le pari de retirer La déesse des écrans pour pouvoir le relancer comme un nouveau film lors de la réouverture des cinémas des grands marchés comme Montréal et Québec. Mais, à ce moment, personne ne savait qu’il faudrait attendre cinq mois avant que les cinémas obtiennent la permission de rouvrir, le 26 février.

« J’ai promis à Anaïs que je n’allais pas laisser tomber le film, se souvient le président d’Entract Films, Tim Ringuette. On savait que si on laissait le film aux cinémas des régions en zone orange, ça mettrait en péril sa carrière en salle. C’était un pari risqué, mais je sentais qu’il fallait tenter le coup pour sauver le film. »

Cinq mois plus tard, on peut dire que ce pari a été remporté. Relancé en salle lors de la réouverture des cinémas, le 26 février, La déesse des mouches à feu a été un des films les plus populaires au Québec pendant la semaine de relâche. Le drame adapté du roman de l’autrice Geneviève Pettersen totalise à ce jour des recettes de plus de 570 000 $ et trônait encore au sommet du box-office québécois la semaine dernière.

« Je crois que ce film a une aura particulière, souligne Anaïs Barbeau-Lavalette. Il va toujours rester, pour moi, un film qui est sorti au cœur d’une pandémie mondiale. Il y a quelque chose d’émouvant à le voir réussir malgré tout à rejoindre les gens. » 

Des dates marquantes

  • 15 mars 2020 : Trois jours après avoir interdit les rassemblements intérieurs de plus de 250 personnes, le gouvernement Legault ordonne la fermeture des cinémas.
  • 29 mai 2020 : Réouverture des cinéparcs.
  • 22 juin 2020 : Réouverture des cinémas avec des contraintes sanitaires.
  • 1er octobre 2020 : Refermeture des cinémas situés en zone rouge.
  • 10 mai 2020 : Présentation du spectacle télé Une chance qu’on s’a
  • 9 janvier 2021 : Québec décrète un nouveau confinement qui entraîne la fermeture des quelques cinémas en zone orange qui étaient encore ouverts. 
  • 26 février 2021 : Réouverture des cinémas du Québec avec plusieurs contraintes sanitaires (masques obligatoires en tout temps, comptoirs alimentaires fermés et couvre-feu à 20 h en zone rouge). 

Lancés malgré la pandémie 

  • Suspect numéro un (10 juillet)
  • Journal de Bolivie (31 juillet)
  • Mon cirque à moi (14 août)
  • Flashwood (7 août) 
  • Slaxx (28 août)
  • Jukebox (4 septembre)
  • Nadia, Butterfly (18 septembre)
  • La déesse des mouches à feu (25 septembre)
  • Félix et le trésor de Morgäa (26 février)
<i>Félix et le trésor de Morgäa</i>
Photo courtoisie
Félix et le trésor de Morgäa
  • Mon année Salinger (5 mars 2021) 

Il faudra attendre...  

  • Tu te souviendras de moi
  • Le Club Vinland
  • Souterrain
<i>Souterrain</i>
Photo courtoisie
Souterrain
  • Le guide de la famille parfaite
  • Maria Chapdelaine
  • Les vieux chums
  • La face cachée du baklava
  • La contemplation du mystère
  • Nulle trace 

Les victimes du confinement

14 JOURS 12 NUITS

<i>14 jours 12 nuits</i>
Photo courtoisie
14 jours 12 nuits
  • Le film est sorti une semaine avant la première fermeture des salles.

MONT FOSTER

<i>Mont Foster</i>
Photo courtoisie
Mont Foster
  • En salles durant deux jours avant le premier confinement...

LES NÔTRES

<i>Les Nôtres</i>
Photo courtoisie
Les Nôtres
  • Le film a été présenté durant deux jours, puis les salles ont fermé leurs portes pour le premier confinement.

NADIA, BUTTERFLY

<i>Nadia, Butterfly</i>
Photo courtoisie
Nadia, Butterfly
  • La production a été présentée durant deux semaines avant le deuxième confinement. 

Une sortie annulée à la dernière minute

Rémy Girard et Karelle Tremblay dans le film <i>Tu te souviendras de moi</i>.
Photo courtoisie
Rémy Girard et Karelle Tremblay dans le film Tu te souviendras de moi.

Le producteur et distributeur Christian Larouche venait d’assister à une soirée de première triomphale à Québec quand il s’est rendu compte qu’il devait prendre une décision cruciale pour la sortie en salle du film Tu te souviendras de moi.

Ce drame, réalisé par Éric Tessier (Junior Majeur), devait normalement prendre l’affiche une semaine plus tard, soit le 20 mars 2020. Mais, en ce 13 mars, M. Larouche avait la nette impression que le Québec se dirigeait vers une catastrophe et que les salles de cinéma allaient bientôt fermer.

« Je m’en souviendrai toujours parce que c’était un vendredi 13 », relate le producteur en entrevue au Journal.

« J’étais avec l’équipe du film et on revenait de Québec où on avait présenté Tu te souviendras de moi la veille devant une salle comble. On flottait sur un nuage parce qu’on avait eu une ovation et que les premières réactions étaient excellentes. Mais j’ai quand même décidé d’agir vite et de tirer la plogue sur la sortie du film parce que je sentais que c’était la seule façon de le sauver. »

Un an plus tard, Tu te souviendras de moi n’a toujours pas pris l’affiche. Christian Larouche a choisi d’attendre un contexte plus favorable pour lancer ce film, mais aussi Le Club Vinland et Le guide de la famille parfaite, deux autres longs métrages québécois qu’il aurait dû distribuer en 2020. Le Club Vinland sortira finalement le 2 avril et les deux autres suivront ce printemps et cet été.

« Je suis confiant que cette fois-ci est la bonne, dit-il. J’avais des craintes plus tôt cet hiver à savoir si les gens allaient avoir envie de retourner dans les salles. Mais les bons résultats de la semaine de relâche au box-office nous prouvent que c’est le cas. C’est encourageant pour la suite. »