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Les défis de quatre secteurs très polluants

Certains planchent sur des technologies vertes révolutionnaires, mais pour d’autres, l’avenir est moins rose

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  • La cimenterie McInnis en voie de devenir le plus gros pollueur du Québec

Raffineries: Est-ce bientôt la fin du règne du pétrole dans la province?  

La raffinerie Suncor Energy, dans l’est de Montréal, est le deuxième plus grand pollueur au Québec, selon une analyse de notre Bureau d’enquête.
Photo André Paquette, Hélicoptère TVA Nouvelles
La raffinerie Suncor Energy, dans l’est de Montréal, est le deuxième plus grand pollueur au Québec, selon une analyse de notre Bureau d’enquête.

Les deux seules raffineries qui restent dans la province occupent toujours le haut du classement en raison de la soif des Québécois pour le pétrole. Le secteur des transports est d’ailleurs celui qui émet le plus de gaz à effet de serre (GES) au Québec devant l’industrie. 

Ainsi, pour que Valero et Suncor diminuent leur pollution, les Québécois devront en faire de même. 

La raffinerie Valero, à Lévis, qui distribue près de 70 % des produits pétroliers consommés au Québec, a repris en 2019 son titre de plus grand pollueur. 

En 2018, elle avait glissé au deuxième rang en raison d’un entretien qui a nécessité un arrêt de production de deux mois. La baisse d’émissions a ainsi été complètement annulée une fois la production revenue à la normale.

Entre 2012 et 2019, les GES de Valero ont augmenté de 1,17 % et ceux de Suncor de 0,71 %. 

Ces deux raffineries émettent 10 % des GES du secteur industriel, l’équivalent de près de 750 000 voitures.

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, estime que la pollution de ces deux raffineries va diminuer au cours de la prochaine décennie avec l’électrification du parc automobile et la diminution de la consommation d’essence. 

« Elles vont perdre de leur importance et c’est tant mieux pour nos émissions », a-t-il dit. 

Le ministre souligne que ces entreprises tentent de se diversifier : il cite le partenariat de Suncor et Shell dans Enerkem, à Varennes, qui produira du biocarburant à partir de déchets non recyclables et de bois des décharges. La diminution des GES équivaudra au retrait de près de 50 000 véhicules de la route chaque année.


  • Total des GES en 2019 : 2,4 mégatonnes  
  • Évolution des émissions du secteur entre 2012 et 2019 : + 0,96 %  
  • Les deux pétrolières, Valero à Lévis et Suncor à Montréal, sont les deux plus grands pollueurs   

Alumineries: Une industrie plus polluante, mais aussi plus innovante  

L’usine Vaudreuil, à Saguenay, du groupe Rio Tinto Alcan, a diminué ses gaz à effet de serre de 37,3 % depuis 2012.
Photo André Paquette, Hélicoptère TVA Nouvelles
L’usine Vaudreuil, à Saguenay, du groupe Rio Tinto Alcan, a diminué ses gaz à effet de serre de 37,3 % depuis 2012.

Le secteur de l’aluminium est le plus polluant de tous. Parmi les 20 plus grands pollueurs, 40 % sont des alumineries.

Mais contrairement aux autres industries, le secteur de l’aluminium a déjà trouvé sa technologie de rupture lui permettant de devenir carboneutre : Elysis, prévue pour 2024.

Au lieu de libérer du CO2 comme la technologie conventionnelle, les cuves d’Elysis recrachent de l’oxygène. 

Développée au Saguenay–Lac-Saint-Jean par une coentreprise des géants Rio Tinto et Alcoa, Elysis pourrait permettre de faire disparaître 5 mégatonnes de GES par année de son bilan, soit plus de 6 % des émissions du Québec. 

C’est comme si on retirait de la route 1,5 million d’automobiles.

Le volet expérimental est terminé. Des ventes de métal à Apple ont même déjà été réalisées, pour utilisation dans des MacBook. 

Un partenariat avec Anheuser-Busch pour faire des canettes de bière a aussi été signé. 

« Ça démontre la stabilité de l’opération, et ça nous donne confiance pour la suite des choses », dit Vincent Christ, chef de la direction d’Elysis.

La prochaine étape sera d’identifier une usine québécoise pour installer une cuve commerciale avec cette technologie. 

Puis Alcoa et Rio Tinto pourront l’utiliser pour construire de nouvelles alumineries ou moderniser leurs installations existantes.


  • Évolution des émissions du secteur entre 2012 et 2019 : - 19,10 %  
  • Total des émissions de GES en 2019 : 5,1 mégatonnes  
  • Depuis 2012, il est celui qui a le plus diminué ses GES  
  • L’aluminerie la plus polluante est celle d’Alouette, à Sept-Îles, qui est le troisième des plus grands pollueurs avec 1,08 mégatonne des GES.   

Bois et papetières: C’est le gaz naturel qui noircit le bilan des forestières  

L’usine Domtar, à Windsor, située près de Sherbrooke dans la région de l’Estrie, a augmenté ses GES de 85,8 % entre 2012 et 2019.
Photo André Paquette, Hélicoptère TVA Nouvelles
L’usine Domtar, à Windsor, située près de Sherbrooke dans la région de l’Estrie, a augmenté ses GES de 85,8 % entre 2012 et 2019.

Les émissions de GES du secteur forestier, pâtes et papiers et bois d’œuvre ont augmenté considérablement entre 2012 et 2019, en raison notamment d’un usage plus important du gaz naturel.

L’usine de Domtar, à Windsor, près de Sherbrooke, a presque doublé ses rejets de GES pendant cette période, passant de 70 000 à 130 000 tonnes. 

L’entreprise explique cette situation par une hausse de la production, mais également par le « vieillissement de certains équipements critiques, comme la chaudière à biomasse et la chaudière à récupération », d’où l’usage plus important d’hydrocarbures.

L’usine de Kruger Trois-Rivières émettait 12 000 tonnes de GES en 2012 et près de 90 000 tonnes en 2019. Ce portrait ne dit pas tout, souligne la compagnie. Sa production a doublé, entre autres, en fabriquant du carton doublure 100 % recyclé. 

Mais en raison de besoins additionnels en énergie, l’usine s’est tournée vers « deux bouilloires au gaz naturel ».

Le complexe Témiscaming de Rayonier a aussi vu ses émissions bondir de 91 000 à 172 000 tonnes. L’usine a inauguré une centrale électrique à la biomasse en 2015, mais l’alimente entre autres avec du gaz naturel. 

« Présentement, nous ne générons pas assez de biocarburants pour supporter les opérations de la centrale, alors le gaz naturel comble le vide, ce qui augmente les émissions », souligne le porte--parole, Ryan Houck.

Ce recours au gaz naturel est une mauvaise nouvelle, croit le spécialiste de l’industrie papetière à l’Univer-sité Laval, à Québec, Luc Bouthilier. 

« L’industrie n’a pas investi, faute de moyens, dans la mise à jour des systèmes de chauffage », dit-il. 


  • Évolution des émissions du secteur entre 2012 et 2019 : + 31,8 %   
  • Total des GES en 2019 (le CO2 de la biomasse est exclu) : 1,5 mégatonne   

Cimenteries: Le secteur avec les hausses les plus importantes  

La cimenterie de Ciment McInnis à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie, deviendra sous peu le plus grand pollueur du Québec.
Photo André Paquette, Hélicoptère TVA Nouvelles
La cimenterie de Ciment McInnis à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie, deviendra sous peu le plus grand pollueur du Québec.

En 2013, Ciment McInnis disait que son usine s’inscrivait dans une logique de réduction des GES à l’échelle planétaire.

Selon la mégacimenterie, elle produit moins de GES par tonne de ciment que ses concurrents aux installations moins performantes. Le bilan serait donc meilleur, si d’autres installations plus vieilles fermaient.

Dans les faits, au Québec du moins, les émissions de GES des cimenteries ont augmenté de 34 % depuis 2012. Il s’agit de la plus forte hausse de tous les secteurs industriels. Sans l’usine de Port-Daniel–Gascons, qui deviendra le plus grand pollueur du Québec, le secteur les aurait réduites de 9,13 %.

Depuis 2012, la cimenterie de Joliette (Groupe CRH) a diminué ses GES de 8 % alors que Lafarge, à Saint-Constant, les a allégés de près de 12 %, notamment grâce à une production de ciment à intensité carbonique réduite de 10 % et aux combustibles alternatifs à faible teneur en carbone. 

Ciment Québec, à Saint-Basile, les a augmentées de 22 %.

L’Association canadienne du ciment s’est engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. 

Elle mise sur les déchets de construction comme combustible et demande à Québec des assouplissements réglementaires pour pouvoir en utiliser davantage. 

L’industrie canadienne est toutefois bien en retard sur l’Europe, où les carburants alternatifs sont largement répandus et où des projets pilotes de capture du carbone sont déjà en cours. 

Ciment McInnis étudie depuis sept ans la possibilité d’utiliser de la biomasse forestière. Si le projet se réalise, ce ne sera pas avant deux ou trois ans.


  • Évolution des émissions du secteur entre 2012 et 2019 : + 34 %  
  • Total des GES en 2019 : 3,2 mégatonnes  
  • La cimenterie la plus polluante, Ciment McInnis, à Port-Daniel-Gascons, est le quatrième plus grand pollueur au pays et émet 1 mégatonne.