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Nokta Šoforo: sur la route d’Yves Desrosiers

Yves Desrosiers
Photo courtoisie, Christina Alonso Yves Desrosiers

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Sans tambour ni trompette, Yves Desrosiers poursuit sa route avec sa guitare en lançant un nouvel album solo. Près d’un quart de siècle après avoir lancé la carrière de la regrettée Lhasa de Sela, il demeure un artiste de l’ombre et s’en accommode fort bien.

Yves Desrosiers pourrait pourtant se péter les bretelles sans qu’on lui en fasse le reproche. En plus de Lhasa, il a joué dans La sale affaire de Jean Leloup, a composé pour Rufus Wainwright, Richard Desjardins, Sarah McLachlan, Pierre Lapointe.

Un tel curriculum vitæ ne court pas les rues, mais le musicien reste mal connu. Yves Desrosiers jure pourtant qu’il n’est pas en déficit de reconnaissance. « Je ne fais pas de la musique facile, en général. Alors c’est ben correct. »

Lors d’une entrevue qu’il avait accordée au Journal, en 2008, Yves Desrosiers avait d’ailleurs confié qu’il déteste le vedettariat, en notant qu’il ne « joue pas à la radio, ni à Belle et Bum. »

Ce qui a changé depuis ? Il a joué à Belle et Bum, il y a deux semaines, un des titres de son nouvel album, Nokta Šoforo.

« Je ne sais pas pourquoi ils m’ont invité, mais c’est bien gentil », glisse le musicien.

Trop occupé

Nokta Šoforo, son quatrième effort solo, arrive huit ans après son précédent, Bordel de tête, un délai dû aux contrats de production et de musicien qui lui ont gobé une grande partie de son temps.

Jusqu’à maintenant, c’est sa carrière solo qui a toujours été mise de côté. Ça pourrait changer.

« Rendu à mon âge, il y a moins de boulot. La relève appelle la relève, elle n’appelle pas les vieux. De plus, les gens de ma génération qui continuent sont un peu moins nombreux. Je vais donc faire plus mes affaires. Peut-être qu’on verra plus souvent mes projets. »

35 ans plus tard 

Son plus récent est à son image : il sort des sentiers battus. Au fil de dix chansons instrumentales aux titres déclinés en espéranto, Yves Desrosiers « fait le tour de 35 ans de carrière » dans cette œuvre aux forts accents cinématographiques.

« Mais ça va plus loin que ça. C’est sûr qu’on voit les styles que j’ai fréquentés, comme la musique sud-américaine, celle de Tom Waits, le rock and roll. La guitare est le fil conducteur, l’instrument dont j’ai commencé à jouer au début du projet avec Lhasa. Ça va chercher aussi loin que mes influences d’adolescent, quand j’écoutais beaucoup King Crimson, Mike Oldfield. Je me suis inspiré de cette époque dans certaines pièces. »

L’espéranto, explique-t-il, c’était pour donner un langage universel à l’album sans avoir recours à l’anglais. « Je ne voulais pas mettre les titres de l’album en anglais uniquement parce que je veux qu’il voyage. J’ai donc choisi une langue qui est neutre, comme la musique. »

Choc des générations

Yves Desrosiers a grandi à une époque où il fallait travailler fort dans les coins pour faire sa place au soleil. Il ne se formalise donc pas de voir de jeunes artistes prendre la leur aujourd’hui, sans se soucier des vieux.

« C’est dans l’ordre des choses. Je l’ai fait quand j’étais jeune. J’étais le X qui voulait faire sa place parmi tous les baby-boomers qui étaient déjà installés. Ils ne t’en donnaient pas. Il fallait donner des coups de pied et des coups de coude. Aujourd’hui, c’est plus facile pour les jeunes de mettre les pieds dans un studio. La technologie est venue démocratiser tout ça. »

N’empêche, il est loin d’être prêt à ranger sa six-cordes. « Certains arrêtent, mais moi je ne pourrais pas. Il faut que j’aille jouer de la guitare. » 


Le nouvel album d’Yves Desrosiers, Nokta Šoforo, est sur le marché depuis hier.