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Notre essence, au prix de New York, plus une prime au gré des pétrolières

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Le prix de l’essence a fortement augmenté au cours des dernières semaines, passant d’un prix moyen sur 52 semaines de 1,07 $ le litre à 1,34 $ cette semaine, soit une hausse de 25 % à la pompe.

À cause de quoi ? De la forte hausse du prix de gros de l’essence à la rampe de chargement au port de New York.

Vous avez bien lu : port de New York, et non port de Montréal.

Pire encore : on paye, en outre, une prime par rapport au prix de New York. Une prime qui varie de 5 à 10,5 cents le litre, au gré de l’humeur quotidienne des pétrolières desservant le Québec.

À juste titre, vous vous demandez sans doute : c’est quoi cette histoire-là ?

Zéro influence du pétrole albertain

Que les raffineries pétrolières du Québec s’approvisionnent de plus en plus en pétrole canadien de l’Alberta, dont le baril coûte nettement moins cher que celui du WTI américain ou du Brent de la mer du Nord, n’a aucune influence à la baisse sur le prix de l’essence à la pompe.

Pourquoi ? Parce que le prix du litre d’essence achetée au Québec est déterminé en fonction du prix de l’essence au comptant fixé à la rampe de chargement du port de New York, lequel prix sert de référence aux fournisseurs qui approvisionnent le marché de gros du Nord-Est américain. Point à la ligne.

Feu vert de la régie de l'énergie

La Régie de l’énergie du Québec s’est d’ailleurs « payé » une étude qui vient justifier le bien-fondé de la fixation du prix de l’essence au Québec à partir du prix de l’essence déterminé au port de New York. L’étude en question, Le prix à la rampe de chargement : une étude du marché des produits pétroliers raffinés au Québec, a été réalisée par Patrick González, du département d’économie, à l’Université Laval.

Ce rapport produit pour la Régie de l’énergie du Québec, mai 2020, vient tout juste d’être rendu public, sur le site de la Régie de l’énergie. Son coût ? Le contrat a été conclu avec l’Université Laval pour la somme de 26 670 dollars.

« Les conclusions de M. González sont à l’effet que si l’on veut s’assurer que les consommateurs ne soient pas lésés au Québec, la Régie devrait surveiller l’évolution des prix du marché de gros à Montréal en comparaison avec ceux de New York, car le marché de gros est nord-américain et principalement influencé par New York », explique Me Véronique Dubois, secrétaire de la Régie et responsable des communications.

Avec les informations recueillies dans cette étude, la Régie complétera sa Foire aux questions (FAQ) en matière de produits pétroliers, dont la mise à jour sera en ligne d’ici peu.

Disparition de la marge de raffinage

Il est important de rappeler que depuis juin 2018, la Régie de l’énergie du Québec ne divulgue plus la « marge de raffinage estimée » que les pétrolières encaissent sur l’essence vendue au Québec ni le prix du baril de pétrole brut.

Cette décision en 2018 a été fort bien accueillie par les interlocuteurs qui gravitent autour des pétrolières. Ces derniers en avaient plein les bras de devoir justifier les hausses du prix de l’essence chaque fois que des médias québécois, dont Le Journal, rapportaient des fluctuations étonnantes de la « marge de raffinage ».

Cela dit, la Régie s’appuie maintenant sur l’étude de l’Université Laval pour justifier sa décision de faire disparaître la marge de raffinage des composantes des prix de l’essence à la pompe au Québec.

« L’analyse de M. González, précise la porte-parole de la Régie, l’a également menée à conclure que les marges de raffinage ne sont pas un déterminant des prix de vente au détail de l’essence. »

Le prix de gros

Dans les composantes des prix à la pompe qu’elle publie quotidiennement, la Régie se contente depuis juin 2018 de publier strictement le « coût minimal d’acquisition », lequel correspond au prix minimum à la rampe de chargement, c’est-à-dire le « prix de gros » le plus bas parmi tous ceux recueillis auprès des raffineurs et grossistes vendant à la rampe de chargement de Montréal.

Le « marché de gros » de l’essence au Québec, affirme M. González, est dominé par quatre joueurs qui possèdent chacun leur terminal à Montréal : Valero, Suncor, Norcan et Shell.

Le hic, je le répète : le fameux « prix de gros » est déterminé en fonction de celui du port de New York et non pas en fonction des réels coûts des achats de pétrole (canadien et importé) et du raffinage effectué ici au Québec, que ce soit chez la raffinerie de Suncor à Montréal ou à la raffinerie Jean-Gaulin de Valero, à Lévis.

La panoplie de taxes

Alors que la portion du prix de l’essence à la pompe qui va dans les coffres des pétrolières (et grossistes) se résume à une seule composante (coût minimal d’acquisition), la Régie de l’énergie ne fait preuve d’aucune retenue en ce qui concerne le dévoilement de la panoplie de taxes sur l’essence au sein des composantes des prix à la pompe.

Et laissez-moi vous dire que les pétrolières, elles, apprécient ce dévoilement de taxes, question de montrer aux automobilistes que le prix de l’essence au Québec est lourdement surtaxé. Et que ce n’est pas de leur faute si l’essence au Québec coûte très cher.  

Prix moyen de l'essence à Montréal  


Composantes du prix de l'essence  Mardi 
16 mars 2021
Moyenne 
52 semaines 
À la rampe de chargement  78,3 cents  54,9 cents 
Transport raffinerie / essencerie  0,4 cent 0,4 cent 
Taxe d'accise fédérale  10 cents  10 cents 
Taxe provinciale sur les carburants  19,2 cents  19,2 cents 
Surtaxe transport collectif  3 cents  3 cents
Taxe de vente fédérale (TPS) 5,5 cents  4,4 cents 
Taxe de vente provinciale (TVQ) 11,1 cents  8,7 cents 
Marge de détail (essenceries) 6,5 cents  6,9 cents 
TPS + TVQ sur la marge de détail  0,9 cent  1 cent 
PRIX AFFICHÉ À LA POMPE 134,9 cents 108,5 cents