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Procès Spavor: quand la Chine perd la face

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Hier, le gouvernement chinois a tenu un procès pour espionnage contre Michael Spavor. Une caricature de procès. Très clairement, les deux Canadiens sont des otages. Les imprécations menaçantes des autorités chinoises et les mesures de rétorsion commerciales contre le Canada montrent que le gouvernement de Xi Jinping n’hésite pas à adopter un comportement de voyou en relations internationales. Le procès des deux Michael, comme il est convenu de les appeler, pose deux questions essentielles : Quelle est la place du Canada dans la nouvelle guerre froide qui est en train de monter entre la Chine et les États-Unis ? Et, quelle politique le Canada devrait-il exercer envers la Chine ? 

1. Comment sont les prisons chinoises ?

Les prisons chinoises sont parmi les pires. Dans son autobiographie, Dans l’empire des ténèbres, Liao Yiwu, un opposant qui a passé quatre ans dans les geôles chinoises, décrit en détail les conditions atroces qui y règnent. Avant leur procès, les prisonniers sont enfermés à plus de 20 personnes dans des cellules exiguës, avec un seul seau comme toilette. Ils sont soumis à la terreur de caïds qui inventent les punitions les plus abjectes. Les séances d’interrogatoire des prisonniers sont parfois accompagnées de tortures. Les prisonniers sont battus par les gardiens. Le but est de les faire craquer pour qu’ils signent des aveux. Les conditions d’emprisonnement s’améliorent après le procès, mais elles demeurent très dures. Les deux Michael disposent de conditions légèrement plus confortables, mais la pression psychologique reste probablement intense. 

2. Comment se déroulent les procès ?

Les procès sont rudimentaires dans la plupart des causes. Plusieurs indications laissent penser que la peine de mort demeure la sanction la plus souvent prononcée dans les procès criminels. Bien souvent, les avocats de la défense ne peuvent même pas contester la culpabilité de leur client. S’ils le font malgré tout, ils risquent de perdre leur droit de pratique. Il n’y a pas de contre-interrogatoire des témoins, pas de contestation des preuves, mais simplement une présentation des éléments de preuve rassemblés par les enquêteurs. Les procès sont ainsi généralement très courts. 

3. Les juges sont-ils indépendants ?

Les juges chinois ne sont pas indépendants. Les dirigeants chinois vantent l’absence de division entre les pouvoirs juridiques, exécutifs et législatifs. Cette division n’existe pas parce que le Parti communiste chinois contrôle l’ensemble de l’appareil juridique. Ainsi, les juges sont-ils, pour la plupart, membres du Parti communiste chinois, et ils doivent obéir sans faillir aux directives du Parti.  

4. Les accusations d’espionnage sont-elles crédibles ?

Les accusations d’espionnage ne sont pas crédibles. En Chine, il est très facile d’être accusé d’espionnage. Par exemple, détenir un document qui ne doit pas sortir de Chine (Neibu) est passible de sanctions. Or, ces documents sont souvent des livres en vente libre dans les librairies. De plus, le Canada n’envoie à peu près pas d’espions à l’étranger. Sa force est plutôt le contre-espionnage. 

5. Pourquoi Justin Trudeau parle-t-il si peu ?

La marge de manœuvre du Canada est faible. Le PM ne peut pas intervenir dans l’affaire Meng Wanzhou qui est devant les tribunaux. Alors que des élections sont peut-être proches, il ne veut pas risquer de s’aliéner une partie de l’opinion publique d’origine chinoise. Surtout, l’affaire concerne en premier lieu la Chine et les États-Unis. Mais à l’évidence, Xi Jinping ne comprend que la manière forte. En tout cas, ce simulacre de procès lui fait perdre la face.