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Valérie Plante: la mairesse qui parlait comme une angryphone

La mairesse de Montréal, Valérie Plante.
Photo d'archives, Agence QMI La mairesse de Montréal, Valérie Plante.

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Valérie Plante aura beau dire ce qu’elle voudra, elle voit Montréal non pas comme une ville de langue française mais comme une ville bilingue.

On se souvient de son célèbre discours en 2018 où elle avait oublié de parler français, ce qui était, pour le dire poliment, un geste profondément colonisé. 

Oui, à Montréal, au Québec, la mairesse a pu oublier de parler la langue du pays. Comme si mentalement, on pouvait déjà s’en passer, comme si le français appartenait au monde d’avant – ce qui est peut-être le cas, hélas.

La mairesse tweet aussi en bilingue, comme le remarquait encore cette semaine Sophie Durocher - même si par ailleurs, on nous répète sans arrêt que les anglophones n’ont jamais aussi bien maîtrisé le français. Ce qui veut donc dire qu’elle parle en bilingue par principe – ou alors, parce que les anglophones sont bien moins nombreux qu’on ne le dit à parler français. Ou alors, qu’ils sont nombreux à exiger l’anglais par principe, ce qui est une manière de contester l’esprit de la loi 101, et que la mairesse cède à cette contestation. 

En septembre 2020, la mairesse Plante s’est aussi montrée ouverte, ne l’oublions pas, à ce que les consultations publiques de Montréal se fassent en bilingue – autrement dit, elle acceptait pratiquement que le français ne soit plus la langue commune, permettant aux Montréalais de se rassembler et de délibérer. Elle a même eu alors le culot de nous dire que cela ne «remettait pas en question le statut francophone de la ville de Montréal», ce qui témoigne soit d’un culot exceptionnel dans le déni du réel, soit d’un sens de l’humour douteux. 

Mais ces jours-ci, la mairesse Plante s’est dépassée en disant en entrevue en entrevue avec Pierre Nantel que Montréal ne deviendra pas la «police de la langue», en reprenant ainsi les formules utilisées par les militants les plus bornés acharnés contre la loi 101. 

En gros, si la ville de Montréal respectait sa propre charte, sa propre constitution, qui fait du français sa langue officielle et commune, elle adopterait une vision policière de la langue. Valérie Plante parle ainsi comme une angryphone. 

Dans cette même entrevue, elle laissait d’ailleurs entendre que la défense du français était quelque peu contradictoire avec la diversité montréalaise et le statut de la ville d’accueil de la métropole, ce qui est étrange: Montréal ne peut-elle pas faire le pari d’un authentique cosmopolitisme francophone?

Il vaut la peine de citer Frédéric Lacroix qui a écrit très justement que «la mairesse reprend mot pour mot le vocabulaire incendiaire des ennemis de la Charte de la langue française, vocabulaire introduit par «Alliance Quebec jadis. Cette personne fait partie du problème».

Qu’on en pense, on ne peut dissocier ce mélange d’indifférence et d’hostilité à la loi 101 de la part de la mairesse de son zèle multiculturaliste qui l’amène à se faire la promotrice zélée de la théorie bancale du racisme systémique au point même de vouloir intégrer ce concept à la Charte de la ville. C’est aussi ce zèle qui l’amène à financer la mise en place d’une bureaucratie-militante diversitaire surpayée qui s’assurera de la promotion de ce concept

Nous n’oublierons pas – à tout le moins je ne l’oublie pas, que la ville, sous son administration, a aussi envisagé un temps la mise en place d’une brigade anti-rumeurs pour surveiller les conversations des citoyens et s’assurer qu’ils ne s’éloignent pas de l’orthodoxie diversitaire. 

Nous sommes devant une mairesse qui a témoigné aussi dans une vidéo à prétention historique d’une forme de refus d’assumer le caractère fondateur de l’héritage français de sa ville, en plus de se soumettre à la théorie des territoires non-cédés

C’est une vision d’ensemble qui se dessine. À travers tout cela, ce qui se joue, c’est une forme de partition mentale de Montréal qui se détache progressivement du reste du Québec, et qui se laisse gagner par le fantasme de la cité-État, d’autant que les francophones y sont condamnés à devenir minoritaires. 

Les francophones qui participent à la mise en place de cette réalité nouvelle ne se rendent pas compte qu’ils programment leur propre déclassement à moyen terme dans cette entité nouvelle, où ils seront inévitablement perçus comme les résidus identitaires de l’ancien Québec, à moins de se montrer toujours plus zélés dans la conversion de la métropole en territoire cédé au régime diversitaire. Ils ne pourront alors conserver leurs privilèges qu’en pratiquant un multiculturalisme toujours plus intransigeant et en reniant leur identité historique. 

C’est dans l’autocritique de leur appartenance au Québec francophone avec les préjugés qu’on lui prête qu’ils parviendront à prouver leur compatibilité idéologique avec cette cité nouvelle, dénationalisée et canadianisée.  

Devant tout cela, comment ne pas se désoler de constater que les Montréalais n’auront le choix, en novembre, qu’entre Valérie Plante et Denis Coderre?