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Le Mozambique, carrefour de la détresse

MOZAMBIQUE-IDP-UNREST
Photo d'archives, AFP Ds maisons temporaires dans la province de Cabo Delgado, le 24 février dernier. Cette province est la cible d’attaques par des extrémistes qui ont prêté allégeance en 2019 à l’État islamique.

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Nous nous demandons tous comment se passera la sortie de pandémie. Les consommateurs renoueront-ils avec les centres commerciaux ? Les camps d’été rouvriront-ils ? Pourra-t-on bientôt se serrer la main et s’embrasser à pleine joue ? Pendant ce temps, à des milliers de kilomètres d’ici, la Covid-19 est un immense défi de plus à relever.

Le Mozambique, à l’autre bout de l’Afrique, est un de ces pays au cœur de tous les cyclones depuis quelques années. Au propre comme au figuré. La pandémie d’abord. Là comme un peu partout en Afrique, le coronavirus n’aura pas été aussi ravageur que dans nos sociétés plus âgées et encabanées.

Parmi les 30 millions d’habitants du Mozambique, 65 800 infections ont été enregistrées, ainsi que 740 décès, loin des 10 595 victimes du Québec pour une population trois fois moindre. Cela dit, les mesures de prévention imposées par le gouvernement – interdiction des petits commerces de rue, couvre-feu – affectent démesurément les plus démunis.

Le virus reste aussi une menace terrifiante pour des centaines de milliers de réfugiés et de déplacés internes qui ont fui conflits et catastrophes naturelles et se retrouvent dans des camps surpeuplés avec des ressources limitées pour empêcher la contamination.

TERRORISÉ PAR LES ISLAMISTES

« Le mal ne sait pas seul venir », disait Rutebeuf et le Mozambique le démontre bien. La province de Cabo Delgado dans le nord du pays est la cible d’attaques sauvages par des extrémistes qui ont prêté allégeance en 2019 à l’État islamique. Au point où l’organisme britannique « Save the Children » vient de lancer un cri d’alarme : réveillez-vous, on tue des enfants !

Les ONG évaluent à plus de 670 000 le nombre de personnes ayant pris la fuite devant les violences, qui se sont accentuées au cours de la dernière année avec la destruction de villages entiers. Une mère raconte notamment que, s’étant cachée avec ses trois autres enfants, elle n’a pas pu protéger son fils de 12 ans que les islamistes ont décapité.

Le gouvernement mozambicain, débordé, a fait appel à des mercenaires russes, puis sud-africains. Rien de rassurant pour les civils qui décrivent des ripostes aveugles de ces milices privées qui, du haut d’hélicoptères, ont ouvert le feu et largué des grenades sur des foules d’inconnus.

MALMENÉ PAR LES TEMPÊTES

Le Mozambique, enfin, se trouve depuis deux années dans la mire des bouleversements climatiques. En mars 2019, le cyclone Idai – décrit à l’époque comme un des pires à frapper l’Afrique – y avait fait plus de 600 morts et affecté deux millions de personnes. Le mois suivant, le cyclone Kenneth, avec des rafales atteignant 305 km/h, devenait le plus puissant à jamais avoir dévasté le Mozambique.

Ce n’est pas tout : depuis la mi-décembre, quatre autres cyclones et violentes tempêtes tropicales se sont acharnés sur le pays. En d’autres mots, le Mozambique passe d’un extrême à l’autre, des islamistes aux cataclysmes en passant par les virus.

Le secrétaire général de l’ONU António Gutteres saluait, la fin de semaine dernière, la résilience et la détermination des Mozambicains devant autant d’épreuves : « À nous de ne pas les oublier ! » Le message est passé.