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Racisme anti-Asiatiques: pire au Canada qu’aux États-Unis

Racisme anti-Asiatiques: pire au Canada qu’aux États-Unis
Photo Bibliothèque et Archives Canada

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L’assassinat de six femmes cette semaine aux États-Unis a placé la montée du racisme anti-Asiatiques au cœur de l’actualité. C’est l’occasion de rappeler certains épisodes sombres où les donneurs de leçons du Canada anglais se sont comportés de façon encore plus haineuse envers les Orientaux que les Américains.
 

Au début de 1942, un décret de caractère ouvertement raciste est placardé sur les murs des villages de la côte du Pacifique. La commission de sécurité de la Colombie-Britannique avertit «toutes les personnes de race japonaise», même celles possédant la citoyenneté canadienne, qu'elles doivent quitter certaines régions qui leur sont maintenant interdites.

 

Cette terrible ordonnance marque le début de la plus importante déportation de l’histoire du Canada depuis celle des Acadiens. L’agression contre les personnes d’origine japonaise durant la Seconde Guerre mondiale figure parmi les actions les plus viles jamais perpétrées par le gouvernement canadien. La majorité d’entre eux étaient des citoyens canadiens qu’Ottawa traitait comme des ennemis étrangers (enemy aliens), uniquement à cause de leur race. 

Les Japonais sont victimes de discrimination depuis l’arrivée des premiers immigrants nippons en 1886. La première mesure raciste officielle contre les Asiatiques date de 1895. On leur refuse le droit de vote

Les journaux attisent la haine contre le «Péril jaune». En 1907, on assiste aux premières émeutes racistes, encouragées par la presse violemment xénophobe de la Colombie-Britannique. Cinq mille manifestants marchent sur l’hôtel de ville de Vancouver pour réclamer un «Canada blanc»; ils s’attaquent ensuite au quartier japonais.
 

Malgré la haine qu’on leur voue, les Canadiens japonais multiplient les manifestations de loyauté envers leur pays d’adoption. Durant la Première Guerre mondiale, 197 Canadiens d’origine japonaise se portent volontaires pour aller combattre en France. Cinquante-quatre seront tués et quatre-vingt-douze blessés. Cette extraordinaire manifestation de dévouement à un Canada qui les rejetait ne modifiera pas l’attitude des autorités ni celle du Canada anglais à leur endroit.
 

En 1923, le gouvernement fédéral resserre encore la vis de l’immigration japonaise. Le 17 décembre 1924, l’Assemblée législative de Victoria passe une résolution qui demande l’interdiction de l’immigration asiatique.
 

Encore en 1938, le Parti conservateur fédéral a réclamé formellement, lors de son congrès national, d’interdire complètement l’accès au Canada aux Orientaux.

Dès le début des hostilités avec le Japon, la Loi sur les mesures de guerre adoptée par le cabinet libéral de Mackenzie King abroge les droits civils de toute personne de «descendance raciale japonaise».
 

Au début de mars 1942, toutes les «personnes d’origine raciale japonaise» de la Colombie-Britannique — la majorité d’entre eux sont nés au Canada ou sont naturalisés canadiens — reçoivent l’ordre de remettre tous leurs biens et possessions au Custodian of Enemy Alien Property, et de se préparer à la déportation. Le fonctionnaire a le pouvoir de vendre les fermes, les bateaux de pêche et tous les autres biens confisqués aux Nippo-Canadiens.
 

Le 16 mai 1942, les premiers déportés arrivent à l’hippodrome Hastings Park, de Vancouver, transformé pour l’occasion en centre de détention pour les Nippo-Canadiens. Ça rappelle le «Vel d’Hiv» parisien où ont été rassemblés les Juifs avant leur déportation vers les camps nazis.

Racisme anti-Asiatiques: pire au Canada qu’aux États-Unis
Photo Bibliothèque et Archives Canada

Pour justifier la déportation des Nippo-Canadiens, le gouvernement libéral soutient qu’ils constituent une menace à la sécurité nationale. Pourtant, en aucun temps la GRC n’a même soupçonné un seul Canadien japonais de représenter une quelconque menace pour le Canada. Le seul crime de ces Canadiens, c’est leur origine raciale...
 

La politique d’Ottawa ne fait pas seulement s’aligner sur celle de Washington, elle va encore plus loin dans les mesures répressives. Au Canada, on sépare les hommes de leur famille. Les conditions de vie des femmes, des enfants et des vieillards seront si pénibles qu’ils devront compter sur des dons alimentaires en provenance du Japon, acheminés par la Croix-Rouge internationale. Dans certains camps, on fait même payer les déportés pour leur propre internement.
 

Lorsque les Américains détruisent les villes de Hiroshima et Nagasaki avec des bombes atomiques en août 1945, le premier ministre du Canada, Mackenzie King, se confie à son journal intime: «It is fortunate that the use of the bomb should have been upon the Japanese rather that upon the white races of Europe
 

La fin de la guerre ne diminue en rien la haine des Blancs de la Colombie-Britannique contre les Japonais. Ce racisme, toujours exacerbé par les médias, va être exploité politiquement par les libéraux fédéraux. Alors qu’aux États-Unis 120 000 Nippo-Américains reçoivent la permission de regagner leurs demeures sur la côte ouest, les Canadiens d’origine japonaise dans des camps d’internement se voient donner un choix par Mackenzie King. Ils doivent s’installer à l’est des Rocheuses, ou perdre leur citoyenneté et être envoyés au Japon.
 

Le 31 mai 1946, près d’un an après la fin de la guerre, commence la déportation de 3965 Japonais du Canada vers le Japon, des citoyens canadiens qui, pour une bonne part d’entre eux, n’ont jamais vu le pays de leurs ancêtres. La Cour suprême du Canada entérine cette mesure inique. Le plus haut tribunal du pays déclare constitutionnelle la déportation de citoyens canadiens vers un pays étranger, uniquement à cause de leur race... Ce n’est qu’en 1949 que les Canadiens japonais déportés en vertu de cette loi ignoble auront la permission de revenir au Canada: le gouvernement fédéral s’étant finalement décidé à abroger l’ordre de déportation.
 

La déportation et l’internement des Nippo-Canadiens durant la Seconde Guerre mondiale constituent l’expression la plus dramatique du racisme dans l’histoire canadienne. Que les mesures d’exclusion raciale à l’endroit des Nippo-Canadiens se soient poursuivies après la fin de la guerre, à l’instigation du premier ministre Mackenzie King et avec la bénédiction de la Cour Suprême du Canada, cela constitue l'un des aspects les plus infamants de l’histoire du pays.
 

En 1988, le gouvernement conservateur de Brian Mulroney présente des excuses officielles aux Canadiens d’origine japonaise pour la violation de leurs droits. Chaque Canadien japonais qui a été déporté et interné reçoit un redressement symbolique de 21 000 dollars.