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Une détective et un couffin

WE 0320 BD
Photo courtoisie REBECCA ET LUCIE MÈNENT L’ENQUÊTE
Pascal Girard
Éditions La Pastèque

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Après La collectionneuse parue en 2014 aux éditions de La Pastèque, où l’alter ego de l’auteur, témoin du vol d’un de ses albums dans une librairie de quartier par une jolie fille, décide de mener l’enquête, Pascal Girard embrasse cette fois-ci le genre policier procédural, nous offrant un délicieux récit comme lui seul en est capable. 

Entre deux boires, une jeune mère en congé de maternité s’improvise détective après avoir été témoin de ce qu’elle pense être l’enlèvement d’un nouvel arrivant prestataire de soins à domicile. Flanquée de sa fille de huit mois — tel un mini Watson tronquant la calèche pour le porte-bébé —, elle sillonne les rues du quartier montréalais Mile-End en quête d’indices, considérant que la police n’en fait pas assez. « Ma blonde était en congé maternité quand j’ai eu l’idée. Donc le côté maternité, c’est inspiré de ma vie de famille. Le flash de devenir détective bénévole, je ne me rappelle plus trop, mais j’ai trouvé ça drôle comme idée. En général, ce n’est pas le profil de détective que l’on retrouve dans ce genre », affirme l’artiste, maître incontesté de l’autofiction, qui s’amuse à brouiller les pistes. « Je pense que j’invente plus que ce que l’on pense. Ça peut être inspiré du réel, mais dès que je commence à dessiner, la fiction prend le dessus. »

Si l’album Les ananas de la colère de Cathon paru en 2018 aux éditions Pow Pow se range dans la même catégorie « polar improbable, mais hautement sympathique », l’auteur avoue avoir été inspiré par une autre bande dessinée, et pas la moindre. « La plus grosse influence pour ce livre, comme pour La collectionneuse, fut L’affaire madame Paul de Julie Doucet. Une autofiction policière. C’est mon préféré de Julie. » 

Une suite en cours

Rebecca et Lucie mènent l’enquête témoigne également de son attachement à ses premières lectures des grands classiques franco-belges et son format 48 pages couleur et cartonné, gaufrier de 12 cases par page. Un format qui lui sied à ravir, avec lequel il renoue après Jimmy et le Big Foot.

Partageant son temps entre sa vie familiale, le 9e art et son métier de travailleur social auprès de personnes atteintes de troubles du mouvement, il confine en moyenne une case à l’heure dans un carnet, dès que le temps le lui permet. Ainsi s’est construit l’album, magnifiquement mis en image à l’aquarelle. Et bonne nouvelle, nous retrouverons nos deux détectives autodidactes dans un prochain album. « Mais j’ai une dizaine de pages de dessinées. J’ai eu le flash d’inclure sa mère. Donc un trio de détectives. Après un maternity murder mystery, je fais un intergenerational murder mystery ! Et en Saskatchewan. » D’ici là, faites un saut chez votre libraire afin de vous enquérir de cette jouissive première aventure.

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CREATURES 1<br/>
Djief Bergeron<br/>
Stephane Betbeder<br/>
Éditions Dupuis
Photo courtoisie
CREATURES 1
Djief Bergeron
Stephane Betbeder
Éditions Dupuis

Le mythique hebdomadaire belge Spirou, où Franquin, Peyo, Will, Tillieux, Macherot et Morris jadis brillèrent, accueille en ses pages depuis deux décennies déjà des séries de créateurs québécois dont Les Nombrils (Delaf et Dubuc), Béatrice (Philippe Girard), Boni (Ian Fortin), Mort et déterré (Pascal Colpron et Jocelyn Boisvert). À cette prestigieuse liste s’ajoute Créatures, un captivant récit d’anticipation aux effluves lovecraftiennes magnifiquement mis en cases par Djief Bergeron. 

Originaire de la Vieille capitale, Jean-François Bergeron fait une entrée remarquée comme illustrateur au tournant des années 1990 dans le magazine de bandes dessinées Zepplin, où, sous un scénario de l’artiste émérite André-Philippe Côté, il met en images un passionnant feuilleton policier, assemblé quelques années plus tard dans un premier album intitulé La voyante. Il crée ensuite l’iconoclaste fanzine Tabasko ! aux côtés de Philippe Girard et Éric Asselin. Puis, le nouveau millénaire s’avère porteur de belles promesses, alors qu’il enchaîne sans interruption depuis les projets pour le compte de grands éditeurs européens, naviguant avec une déconcertante aisance d’un genre à l’autre, de la science-fiction vitaminique à la fresque historique du siècle des Lumières en passant par les années folles et ses cabarets new-yorkais. 

Véritable athlète de la plume, son trait saillant, son sens aigu du découpage et du cadrage servent cette fois-ci à ravir un mystifiant récit post-apocalyptique destiné aux 7 à 77 ans signé Betbeder, avec qui il avait collaboré sur le triptyque Les liaisons dangereuses préliminaires. Dans un New York transfiguré, des jeunes tentent de survivre et de se nourrir alors que les adultes se retrouvent sous le joug de monstrueuses entités aux funestes visées. « C’est en traversant un épais écran de brume à bord d’un train en direction d’un festival à Saint-Malo que l’idée de Créatures a germé. Rapidement, le concept destiné à un lectorat adulte prend forme », se remémore Djief. « Frédéric Niffle, éditeur chez Spirou, cherchait au même moment une série pour le journal. Après un sprint de trois semaines, le concept de Créatures est passé d’un diptyque adulte à une série grand public. »

Assumant également la coloration, Bergeron a mis moins d’une année pour livrer les 70 somptueuses pages du premier tome. Et bonne nouvelle, la sortie du second est annoncée pour l’automne. « Je m’amuse beaucoup, comme si chaque album était le premier. La chimie entre Stéphane et moi est bonne. » Avec Créatures, l’artiste livre son travail le plus abouti en carrière.