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Démystifier la responsabilisation des conjoints qui ont des comportements violents

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Les homicides conjugaux survenus au Québec depuis le début de l’année 2021 ont démontré à quel point la violence conjugale demeure un problème social préoccupant.

Tous s’entendent sur la nécessité de poursuivre les actions pour lutter contre ce problème et assurer la sécurité des femmes qui en sont victimes. Dans la foulée de ces drames horribles, certaines voix se sont élevées pour demander plus de ressources pour les organismes qui viennent en aide aux victimes. 

D’autres, comme le premier ministre Legault, ont interpellé directement les hommes afin qu’ils cessent la violence. D’autres encore ont interpellé les organismes qui interviennent auprès des conjoints qui exercent cette violence en les invitant notamment à travailler dans une perspective de responsabilisation. 

Cette invitation laisse croire que ces organismes travaillent dans une perspective différente ou qu’ils se soucient peu de cette dimension, ce qui risque de miner la confiance du grand public envers eux. En tant que chercheurs engagés depuis plus de 20 ans dans des recherches sur l’intervention auprès des conjoints qui ont des comportements violents, nous soulignons la pertinence d’expliciter la notion de responsabilisation et de faire état des pratiques à ce sujet. 

Plusieurs volets

La responsabilisation consiste à amener les auteurs de violence à reconnaître les gestes qu’ils ont posés, à cesser de les justifier ou de les minimiser, à réaliser pleinement l’ampleur des conséquences subies par les victimes, et à s’engager activement et fermement à modifier leurs comportements. 

La responsabilisation est un principe-clé de la Politique d'intervention en matière de violence conjugale du gouvernement du Québec. Elle comprend un volet judiciaire, qui est nécessaire à des fins de prévention, de dissuasion et de punition, comme c’est le cas pour toute autre infraction à caractère criminel. 

Elle comprend aussi un volet psychosocial où les hommes sont accompagnés dans leur démarche de changement. La question n’est pas de savoir s’il faut responsabiliser ou non les conjoints qui ont des comportements violents. La question est de savoir comment bien le faire. 

Car responsabiliser est un travail plus complexe qu’il n’y paraît. Les études qui se sont intéressées au changement des hommes qui exercent de la violence montrent par exemple clairement qu’il ne sert à rien de les humilier. Sans un travail d’accompagnement et de collaboration avec eux, on risque d’accentuer les processus de déresponsabilisation que l’on cherche à contrer, ou encore à conduire à des changements de surface, voire de conformité, qui ne dureront pas dans le temps. 

La confrontation des justifications et des minimisations doit être sans complaisance et sans compromis, mais bien dosée.

Depuis 35 ans, les organismes québécois qui interviennent auprès des conjoints ayant des comportements violents ont développé une expertise qui mise sur un tel accompagnement et cherchent continuellement à améliorer leurs pratiques. Ils ne sont pas différents en cela des organismes de partout à travers le monde qui restent toujours à l’affût de meilleures solutions pour responsabiliser les hommes. 

Une nouvelle recherche

Dans cette perspective, nous amorçons d’ailleurs, avec les 31 organismes d’aide aux conjoints ayant des comportements violents membres du réseau à cœur d’homme, une recherche qui vient d’être financée pour documenter et systématiser les meilleures pratiques de responsabilisation utilisées. 

Nous comprenons que l’intervention auprès des conjoints ayant des comportements violents suscite des questions et des préoccupations. Pour assurer le droit des femmes et des enfants à un milieu sécuritaire, il est primordial de travailler avec les hommes dans une perspective de changements durables. C’est d’ailleurs pour cette raison que nous sommes engagés, avec les organismes membres du réseau à cœur d’homme, dans des recherches qui visent à améliorer les pratiques dont le fondement a toujours été, est et restera la responsabilisation.

Valérie Roy et Normand Brodeur, professeurs titulaires, École de travail social et de criminologie, Université Laval

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