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Est-ce normal de mentir (un peu) en entrevue?

Est-ce normal de mentir (un peu) en entrevue?
Photomontage: Marilyne Houde

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Quand vous postulez pour un nouvel emploi, ça peut être tentant d’embellir votre candidature avec un petit mensonge bien placé pour impressionner votre futur employeur. Mais est-ce acceptable? Voici ce que vous devez savoir.

Mentir pour être engagé serait une pratique très répandue. En fait, ce serait tellement commun que les dernières études publiées par l’Université de Guelph et l’Université du Massachusetts indiquent que dans le cadre d’une entrevue d’embauche, ce serait respectivement 100% et 84% des aspirants qui mentiraient ou qui seraient prêts à mentir. 

Le psychologue organisationnel et conseiller en ressources humaines agréé (CRHA) Éric Provencher ne croit pas que nous soyons presque tous menteurs pour autant.

«Ces chiffres me surprennent! Moi, ce que j’observe, c’est que les gens ne sont pas tous des Pinocchio de nature. Le plus souvent, ils ont tendance à embellir la réalité et à dorer la pilule plus qu’à carrément mentir», nuance-t-il. 

Dans un contexte de compétition aussi serré, faire une entorse à la réalité serait donc perçu comme une pratique de bonne guerre par plusieurs. 

Où tracer la ligne ?

Ça dépend de la question. Au Québec, le droit du travail stipule que les employeurs sont dans l’obligation de poser des questions uniquement associées à l’emploi... ce qui n’est pas toujours le cas. 

«J’ai vu des employeurs sortir du cadre en entrevue et poser des questions personnelles. À ce moment-là, j’observais des mensonges de protection. Vous n’avez pas à dire si vous avez des enfants ou non», précise le psychologue.

Vous n’avez pas non plus à mentionner votre âge, votre orientation sexuelle ou encore une condition de santé, par exemple.

Il déconseille toutefois de mentir sur des informations figurant sur votre CV puisqu’elles sont souvent facilement vérifiables.

Vous êtes du genre à exagérer vos compétences ou votre implication dans un projet?

La spécialiste en recrutement Anne Lebeau, CRHA et présidente de Capital GRH, vous invite à revoir votre stratégie puisque ces questions sont en lien direct avec l’emploi et les techniques utilisées par les bons recruteurs permettent de déceler ces mensonges. 

«De plus en plus, on pose des questions pointues et détaillées. On n’accepte pas de réponses théoriques. Vous avez réglé un problème? On veut savoir exactement comment. Qui était impliqué? Vous dites bien maîtriser un logiciel? Dites-nous la dernière fois que vous l’avez utilisé et pourquoi, en m’expliquant comment il fonctionne», précise celle qui cumule plus de 25 ans d’expérience à titre de recruteuse. 

Les personnes qui disent la vérité n’auraient pas de difficulté à répondre spontanément à ces questions, contrairement à ceux qui mentent.

Les seuls mensonges acceptables en entrevue d’après elle? Revoir légèrement son salaire actuel à la hausse dans l’espoir de négocier plus, ou encore d’exagérer ses ambitions à long terme dans l’entreprise. 

On vous demande si vous prévoyez être encore là dans 3 ans. Évidemment! Il ne faut pas oublier que l’entrevue, c’est aussi un terrain de négociation.

Qu’est-ce qu’on risque?

Mme Lebeau explique que de mentir sur quelque chose qui a un impact direct sur les performances rattrape toujours les fautifs, même s’ils obtiennent le poste suite au processus de sélection. 

«N’oubliez pas que la plupart des employeurs ont une période de probation de 3 mois pendant laquelle ils peuvent mettre fin à l’emploi sans raison et sans préavis», avertit la présidente de Capital GRH.

En plus de perdre votre emploi, vous pourriez éventuellement devoir expliquer un trou de quelques mois sur votre CV, ce qui n’est pas idéal.

Après la période de probation passée cependant, il serait très peu probable que vous soyez mis à pied, mais votre crédibilité en souffrirait assurément.

Elle tient aussi à mettre en garde: les compagnies de recrutement comme la sienne œuvre auprès de centaines d’entreprises, ce qui pourrait vous fermer toutes ces portes d’un coup si vous vous faisiez prendre. 

«Nous avons une blacklist», précise-t-elle.

La morale de l’histoire? Misez sur vos compétences et votre entregent pour séduire les employeurs.

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