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Une stratégie surprenante du PLQ

Quebec
Photo d'archives, Stevens LeBlanc La cheffe du Parti libéral du Québec, Dominique Anglade, lors d’une période de questions à l’Assemblée nationale, en novembre dernier.

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J’avoue avoir été très surprise cette semaine en apprenant que le Parti libéral du Québec larguait le projet Énergie Saguenay de GNL Québec avant même d’avoir pu lire les conclusions du BAPE qui doivent être dévoilées cette semaine. Quelle était l’urgence de se prononcer ?

Pour le PLQ, qui doit reconquérir les régions et tenter de faire oublier que son caucus est essentiellement montréalais, il s’agit d’une curieuse décision.

TOUT UN CHANGEMENT DE CAP

Un revirement d’autant plus surprenant qu’il y a moins d’un an, alors qu’elle était en pleine campagne à la chefferie, Dominique Anglade avait clairement donné son appui au projet de liquéfaction de gaz naturel. Au Saguenay, l’ex-député libéral Serge Simard avait décidé de l’appuyer pour cette raison. Sa déception est énorme.

Soyons clairs, je ne suis pas en train de dire que ce projet est parfait et que pour des raisons économiques, les libéraux devaient l’appuyer coûte que coûte, loin de là. Oui, il faut faire respecter les lois environnementales et de développement durable qui ont été adoptées par des gouvernements libéraux. Mais si c’est le cas, pourquoi s’opposer à un projet de développement économique de quelques milliards de dollars dans une région qui en a bien besoin ?

POURQUOI ANGLADE S’OPPOSE AU PROJET

Pour justifier sa décision, Dominique Anglade dit qu’on doit accélérer le virage vers des énergies qui sont propres pour préserver notre planète et développer durablement notre économie. Bien d’accord avec elle, on peut difficilement être contre la vertu.

Mais devons-nous fermer la porte à toute énergie de transition qui peut créer plus de 1000 emplois dans une région ?

Dominique Anglade souligne également le manque d’acceptabilité sociale. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, juste avant les audiences du BAPE, un sondage donnait 52 % d’appui au projet, et à certaines conditions l’appui pouvait même monter à 84 %.

Il est vrai que des bailleurs de fonds importants se sont retirés du projet, mais s’il n’est pas viable, il ne verra tout simplement pas le jour.

SE METTRE À DOS LES ÉLECTEURS

En étant 4e auprès des électeurs francophones selon le dernier sondage Mainstreet, difficile de comprendre pourquoi Dominique Anglade a choisi de se mettre à dos tout le milieu économique d’une région en s’empressant de s’opposer à ce projet avant même d’avoir lu le rapport du BAPE. Ce n’était certainement pas pour se démarquer, puisque les deux autres oppositions avaient déjà manifesté depuis belle lurette qu’elles n’appuieraient pas GNL Québec.

Le premier ministre, qui s’était montré prudent face au projet, doit être mort de rire. 

Si le rapport du BAPE est plutôt positif, son ministre de l’Environnement pourra autoriser l’usine, conditionnelle notamment à l’étude d’impact du fédéral, et François Legault pourra faire une jambette aux libéraux en disant qu’il est le parti de l’économie.

Si le rapport du BAPE est négatif, il aura le beau jeu de rejeter le projet sans avoir à s’inquiéter de payer un prix politique dans cette région. Il pourra même dire que la décision était unanime à l’Assemblée nationale.

Quoi qu’il arrive, Dominique Anglade se sera inutilement mis à dos des appuis dans une région où elle n’avait pas le luxe d’en perdre un seul.