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Maison Jacynthe reconnue coupable d'exercice illégal de la médecine

L’actrice Jacynthe René, qui a laissé croire qu’elle pouvait pratiquer la médecine, s’est excusée dans une vidéo

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L’entreprise de Jacynthe René a bel et bien pratiqué illégalement la médecine en donnant des conseils sur l’irrigation du côlon dans deux vidéos mises en ligne, a tranché la cour mardi, tandis que la comédienne a rapidement tenté de dédramatiser l’affaire. 

« Les défendeurs laissent supposer à toute personne raisonnable qu’ils peuvent diagnostiquer des maladies ou prodiguer des traitements pour les soigner, et ce faisant, commettent un exercice illégal de la médecine », a affirmé sans détour la juge Nathalie Duschesneau mardi, au palais de justice de Montréal.

Pour la magistrate, et comme l’affirmait le Collège des médecins, Maison Jacynthe, le naturopathe Christian Limoges ainsi que sa clinique, L’Aube, ont « agi de façon à donner lieu de croire [qu’ils sont] autorisés à faire un acte réservé [aux médecins] ».

  • Écoutez la chronique de Madeleine Pilote-Côté, chroniqueuse d’opinion au Journal de Montréal et de au Journal de Québec   

Les infractions qui leur étaient reprochées remontent à 2018, quand l’actrice avait mis en ligne deux vidéos concernant l’irrigation du côlon. D’un ton assuré, on y voit M. Limoges parler à Mme René de divers problèmes de santé. Dans un langage médical, le naturopathe explique alors les causes de ces problèmes, avant de suggérer à plusieurs reprises un traitement.

« C’est poser un diagnostic, a dit la juge. Le ton assuré et affirmant pourrait laisser croire qu’il a autorité pour suggérer un traitement. »

« Détox »

Au procès, Jacynthe René avait témoigné, affirmant qu’elle n’avait jamais eu l’intention de se faire passer pour une médecin. Des avertissements étaient également visibles sur son site web.

Or, malgré toutes ses bonnes intentions, elle a quand même donné des conseils et des recommandations dans les deux vidéos Facebook en cause à « caractère scientifique », dans lesquelles elle parle de programmes de « détox ».

« Elle ne s’est pas limitée à son rôle de simple animatrice, a constaté la juge Duschesneau. Elle est consciente des limites permises, mais force est de constater qu’elle les a dépassées. »

Et même si personne n’avait l’intention de tromper le public, cela n’était pas une défense admissible pour ce type d’accusation pénale.

« L’utilisation répétée de termes médicaux donne une apparence de légitimité », a noté la juge. 

Cette dernière a toutefois précisé que le procès ne se penchait que sur les deux vidéos, et non sur le modèle d’affaires de la comédienne, dont l’entreprise prône des conseils beauté, les produits naturels, une bonne santé et le bien-être.

« Relativiser »

Peu après le verdict, Jacynthe René a mis en ligne une vidéo pour tenter de minimiser la gravité de l’affaire.

« Je souhaite dédramatiser la situation, on a bel et bien reçu un ticket, il faut juste relativiser, a-t-elle dit. À ma grande surprise, je suis reconnue coupable [...] alors qu’on parlait de détox. »

Elle rappelle par la suite avoir produit des centaines de vidéos, et que seules deux d’entre elles sont litigieuses. L’artiste dit ensuite avoir « démêlé » ce qu’elle peut dire ou pas, tout en se disant désolée d’avoir commis une faute pénale.

« J’espère travailler en étroite collaboration avec le Collège des médecins pour savoir comment vous présenter la salade, entre autres, sans dépasser la loi, a-t-elle affirmé. Je suis désolée si j’ai donné lieu de croire que j’étais apte à pratiquer la médecine. »

Maison Jacynthe reviendra à la cour en mai, pour la sanction. Les amendes peuvent aller jusqu’à 62 500 $ quand un individu est déclaré coupable, tandis que le montant est doublé pour les entreprises.