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Vote par Internet: une occasion ratée

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En situation de pandémie, il aurait été intéressant de faire des expériences de vote par internet.

Ça n’aura malheureusement pas lieu.

Les élections municipales de novembre auraient représenté une occasion en or.

L’opposition libérale l’a d’ailleurs réclamé lors des débats sur le projet de loi 85, adopté à toute vapeur pour « faciliter le déroulement de l’élection générale municipale du 7 novembre 2021 ».

La loi, qui deviendra caduque le lendemain de l’élection, allonge la période électorale d’une semaine et accorde d’importants pouvoirs d’exception au Directeur général des élections du Québec (DGEQ).

Pourquoi pas le vote électronique­­­ ?

Attentisme

Le DGEQ Pierre Reid a préféré l’attentisme. Encore une fois.

Il a estimé qu’il ne serait pas « réaliste » de faire voter, ne serait-ce que certaines catégories d’électeurs, par internet. Même de tenir des projets pilotes.

Le gouvernement s’est rangé à cette position.

Les libéraux s’inquiètent à juste titre de l’effet de la COVID sur la participation électorale.

Aux scrutins municipaux, les taux sont bas : 44,8 % en 2017, selon les chiffres du DGEQ. Un recul de 3,2 % par rapport à 2013.

Il faudra trouver des manières de stimuler la participation, car comme l’élue libérale (elle-même ancienne préfète de Vaudreuil) Marie-Claude Nichols le note : « À un moment donné, le résultat du vote ne sera pas représentatif ».

C’est entre autres ce qui minait les résultats des élections scolaires.

« Courte majorité »

Le DGEQ ne part pourtant pas de rien. Le 11 juin 2020, il déposait un rapport de près de 250 pages intitulé « Vote par Internet – Étude en contexte québécois ».

Il y soulignait toutes sortes de vertus : améliorer l’accès au vote, notamment aux Québécois à l’étranger et aux handicapés, entre autres.

L’opinion publique, affirmait­­­-il du reste, était trop divisée à ce sujet. Il se basait sur un sondage commandé à l’automne 2019 pour dire que seule une « courte majorité » appuyait ce vote.

Pourtant, 57 % des répondants s’étaient globalement dits ouverts à voter via internet. Chez les jeunes électeurs (18 à 34 ans), l’appui grimpait à 76 %.

Hier à Qub, la porte-parole du DGEQ admettait que depuis­­­ la pandémie, les Québécois­­­ se sont familiarisés avec Zoom et autres bidules web. La COVID a contraint les plus farouches.

La libérale Monique Sauvé le soulignait d’ailleurs avec autodérision en chambre la semaine dernière : « Si moi, j’ai réussi à abattre ces obstacles et [...] participer à toutes les conférences avec ces outils de technologie [...] la majorité de la population pourrait certainement envisager le vote électronique ».

Certes, ce type de scrutin pose plusieurs problèmes : il peut mettre à risque le secret du vote ; la compilation des données aussi est remise entre les mains d’informaticiens. Il n’y a rien comme les bulletins papier pour la transparence du vote, j’en conviens.

Mais après avoir étudié de nombreuses expériences étrangères de vote par internet dans le reste du Canada, en Estonie, en France, en Norvège, en Suisse et en Australie, le DGEQ concluait en... réclamant un autre mandat aux parlementaires pour faire un autre rapport.

« Des projets pilotes pourraient aussi avoir lieu lors d’élections municipales », écrivaient-ils pourtant à la fin de son étude de 2020. Justement, pourquoi ne pas aller de l’avant ?