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Être libre de manifester peu importe votre langue

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L’actualité récente et la discrimination inspirent des milliers de Québécois et de Québécoises à prendre action dans la métropole montréalaise ainsi que dans la Capitale-Nationale. De plus en plus de citoyens, jeunes et moins jeunes, dénoncent ouvertement les problèmes de fond présents dans notre société.

Tout récemment, plusieurs internautes dénoncent le fait que les pancartes soient rédigées en anglais. Quelle audace! Pour eux, la question linguistique importe plus que les messages Stop Asian Hate ou Black Lives Matter, dans une société dont la langue officielle est le français. Ils demandent à ce que les manifestations et plus précisément leurs pancartes, soient en français. 

Leurs commentaires suscitent un sentiment d’opposition « nous » versus « eux », alors que les mouvements Stop Asian Hate et Black Lives Matter, eux, rassemble sans discriminer et prône l’inclusion. 

Québécois pure laine

Il serait intéressant de regarder qui sont ces gens qui critiquent le Québec : sont-ils tous des « Québécois pure laine », ce terme qui, comme l’explique l’anthropologue Serge Bouchard, décrit les Canadiens français issus des Français d’avant la Révolution, des gens plus catholiques et même... « plus Français que les Français »? 

Ceux qui se disent offusqués par des pancartes en anglais prétendent que le Québec sera davantage réceptif aux revendications des manifestants et davantage enclin à écouter leurs messages s’ils étaient véhiculés en français. 

Pourtant, ces revendications linguistiques déplacent le problème de fond, celui de la présence de la discrimination systémique dans notre société, d’une hiérarchisation entre les sous-cultures composant la nation québécoise, vers une problématique de forme : quel vecteur de communication privilégier au Québec? Un français « pure laine » ou un bilinguisme au service d’un message inclusif? 

Liberté

Au diable le fait que le droit de manifestation soit la preuve de base de la liberté d’expression. Une liberté de base fondamentale, parmi tant d’autres, au Québec et au sein de nos valeurs collectives. Cette liberté de s’exprimer contre le racisme et la discrimination systémique est bel et bien réelle, sans égard pour la couleur de peau, l’origine ethnique, le statut social, le genre, l’orientation sexuelle, la religion ou la langue maternelle... ou la langue quotidienne des manifestants. 

Les protestations qui prennent actuellement place dans la métropole sont inédites, quand il en vient à la diversité et l’inclusion au Québec. Ce n’est pas un secret qu’il reste du chemin à faire au Québec en matière de diversité et d’inclusion au sein de la société. En effet, la discrimination existe au Québec : dans la fonction publique, moins de 5% des gestionnaires sont issus de la diversité ethnoculturelle et moins d’1% sont anglophones ou d’origine autochtone. À Montréal, l’écart est bien plus prononcé. 

Alors, quelle sera la prochaine crise? Une crise identitaire parce que le terme Québécois englobe davantage que le simple fait d’être d’origine « blanche, européenne et francophone »? 

Racisme

Le premier ministre lui-même minimise le racisme et discrimination systémique au Québec. Évidemment, admettre que ces derniers existent dans la société ne revient pas à affirmer que les Québécois et les Québécoises sont racistes. C’est plutôt rappeler qu’une problématique existe à ce niveau et qu’il est temps de se conscientiser afin de travailler ensemble à l’échelle de la société pour résoudre le problème. 

Même si François Legault le renie à titre de leader du Québec, il est temps pour lui d’écouter la population et de la mener vers l’avenir. Un avenir où l’ensemble de la population, issue de diverses sphères de la diversité, peut contribuer à l’essor de la société de la province, avec un respect pour l’égalité et sans discrimination. 

Quelle définition souhaitons-nous actuellement donner au terme « nation québécoise » : pour combien de temps allons-nous l’associer étroitement avec la notion de « Québécois pure laine »? 

Quand allons-nous reconnaitre et accepter que la nation québécoise est aujourd’hui riche d’hommes et de femmes aux origines ethniques et linguistiques diverses, mais tous réunis autour de valeurs fortes? Quand serons-nous prêts à créer une société basée sur l’inclusion, ouvertement, dans les faits et dans gestes? 

Comme M. Lesage l’a dit, en pleine Révolution Tranquille : « C’est le temps que ça change. » 

Corey Hoare, M.Sc.
Administrateur du recrutement, secteur universitaire Montréal

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