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GNL Québec hausserait les émissions mondiales de GES et nuirait à la transition énergétique, dit le BAPE

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement démonte l’argument vert du promoteur

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GNL Québec a du plomb dans l’aile : il augmenterait les émissions mondiales de gaz à effet de serre et nuirait à la transition énergétique, conclut le BAPE, qui rejette un argument martelé par le gouvernement Legault. 

• À lire aussi: L'opinion des Québécois vis-à-vis du projet de GNL Québec se détériore

Le Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE) n’adhère pas aux arguments mis en avant par les promoteurs du projet de liquéfaction de gaz naturel.    

  • Écoutez l'analyse de Caroline St-Hilaire et d'Antoine Robitaille avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:   

Ils estiment que ce gaz, vendu en Europe et en Asie, remplacerait le charbon, une affirmation reprise par le premier ministre François Legault. Les commissaires croient plutôt que le projet provoquera « un ajout net d’émissions de GES ».

Le chien de garde de l’environnement rappelle que le projet émettra dans son ensemble – de l’extraction du gaz de schiste dans l’Ouest canadien à son exportation – plus de 45 mégatonnes de gaz à effet de serre (GES) par année. En comparaison, les émissions totales du Québec sont actuellement de 80 mégatonnes.

La planète est gagnante ?

Jeudi dernier, alors que son gouvernement avait le rapport du BAPE en main, le premier ministre continuait de dire que les projets de GNL sont une « énergie de transition » et que la « planète est gagnante » si cela remplace le charbon.

  • Écoutez la réaction de Sylvain Gaudreault, député de Jonquière et porte-parole du troisième groupe d’opposition en matière d’environnement et de lutte contre les changements climatiques   

Les commissaires soulignent plutôt qu’ils « pourraient constituer un frein à la transition énergétique », par exemple en donnant « un débouché pour la production de gaz naturel canadien », ce qui permettrait d’extraire plus d’hydrocarbures du sol.

L’organisme cite l’Agence internationale de l’énergie, qui a « des réserves sur le rôle de l’industrie gazière comme acteur de la transition énergétique, parce que cette industrie est elle-même une source importante d’émissions de GES ».

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, ne veut pas dire aujourd’hui si le projet sera rejeté par son ministère. Mais pour l’instant, trois conditions essentielles à sa réalisation ne sont pas remplies : acceptabilité sociale, des émissions mondiales de GES à la baisse et une participation à la transition énergétique.

Même au point de vue économique, GNL Québec n’est pas si avantageux, dit le BAPE : une fois l’usine construite, c’est surtout l’Ouest canadien qui en bénéficierait grâce à un nouveau débouché pour le gaz naturel.
Photo tirée du Facebook d’Énergie Saguenay
Même au point de vue économique, GNL Québec n’est pas si avantageux, dit le BAPE : une fois l’usine construite, c’est surtout l’Ouest canadien qui en bénéficierait grâce à un nouveau débouché pour le gaz naturel.

Côte difficile à remonter

M. Charette affirme que la balle est maintenant dans le camp des promoteurs, mais la côte sera rude à remonter : ils ont quelques semaines pour le convaincre.

Le ministre Charette doit faire sa recommandation au Conseil des ministres d’ici la fin de l’été.

Les trois partis d’opposition à l’Assemblée nationale – le Parti libéral, Québec solidaire et le Parti québécois – s’y opposent déjà.

Et pour l’acceptabilité, ce n’est pas gagné : le BAPE rapporte « des tensions accrues, la création de clans dans la communauté et une détérioration de la cohésion sociale ». 

De son côté, l’entreprise affirme qu’elle est « lucide » et qu’elle sait bien qu’elle a « des devoirs à faire », mais ne jette pas l’éponge.

Des réactions

« Avec ce rapport dévastateur, le gouvernement a maintenant toutes les informations en main pour refuser sans plus tarder ce projet dépassé. »

– Alice-Anne Simard, DG de Nature Québec

« C’est une autre étape de franchie pour un projet qui ne cesse de s’améliorer depuis 2014. J’ai tout à fait confiance que l’entreprise pourra démontrer son impact positif à l'échelle planétaire. » 

– Richard Martel, député conservateur pour Chicoutimi-Le Fjord

« Ce projet est inacceptable environnementalement, socialement et écologiquement, et il ne reste plus qu’à l’enterrer une fois pour toutes. »

– Patrick Bonin, Greenpeace