/world/usa
Navigation

La violence par armes à feu, l'autre épidémie américaine

Coup d'oeil sur cet article

Deux fusillades récentes ont remis sur le devant de la scène la violence par armes à feu aux États-Unis, un phénomène qui n'a pas disparu pendant la pandémie de coronavirus, alimenté par une hausse marquée des ventes d'armes à feu en 2020.

• À lire aussi: Les tueries aux États-Unis, un fléau invincible

• À lire aussi: Après une nouvelle tuerie, Biden réclame l’interdiction des fusils d’assaut

• À lire aussi: Dix morts, dont un policier, dans un massacre dans un supermarché du Colorado

Port du masque, fermeture des restaurants, des écoles et universités, restrictions de sortie... La COVID-19 a chamboulé la vie des Américains sans toutefois endiguer les actes de violence. Plusieurs grandes villes, dont la capitale fédérale Washington, ont ainsi enregistré une hausse des homicides l'année dernière.

Selon les chiffres compilés par l'organisation Gun Violence Archive, les armes à feu ont fait 43 536 morts en 2020 dont 19 380 par homicide, un record pour cette catégorie depuis 2014. Il y a eu 611 «fusillades de masse», qui comptent au moins quatre victimes, en 2020, contre 417 l'année précédente. 

  • Écoutez le chroniqueur de politique internationale Loïc Tassé avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:  

Et depuis le 1er janvier, plus de 4000 personnes ont déjà été tuées par une arme à feu.

«Depuis un an, les communautés n'ont pas seulement souffert de la pandémie et de ses conséquences financières, mais aussi de la violence par armes à feu, une crise de santé publique qui a explosé dans toutes ses formes», a expliqué mardi la directrice générale du Giffords Law Center to Prevent Gun Violence, Robyn Thomas, lors de son audition au Sénat, citant notamment les suicides et les actes de violences domestiques.

L'année 2020 a également été marquée par un mouvement de colère historique contre le racisme après la mort de George Floyd, un Afro-Américain asphyxié par un policier blanc lors de son arrestation fin mai à Minneapolis.

Les manifestations se sont multipliées aux États-Unis et dans le monde, alimentant aussi les tensions entre les communautés et les ventes d'armes personnelles, qui ont flambé au printemps. Selon une étude du Washington Post, 23 millions d'armes ont été achetées en 2020, dont 2,5 millions en juin.

«Quand les Américains sont inquiets pour leur sécurité personnelle, ils achètent des armes à feu», résumait l'Institut Brookings dans une étude parue en juillet dernier. «Ces inquiétudes sont généralisées depuis le mois de mars, d'abord à cause de la pandémie de COVID-19 puis à cause des troubles sociaux qui ont suivi la mort de George Floyd», expliquait l'étude.

Légiférer s'annonce difficile

En 2017, un sondage de l'institut indépendant Pew Research Center affirmait que 42% des adultes américains possédaient au moins une arme chez eux.

Les deux récentes tueries en Géorgie et dans le Colorado ont relancé les appels à une législation plus stricte sur les ventes d'armes à feu, notamment sur le contrôle des antécédents judiciaires des acheteurs et le délai d'attente avant la transaction, qui existe déjà dans plusieurs États.

Le tueur d'Atlanta a acheté son arme quelques heures seulement avant de tuer huit personnes le 16 mars. Le même jour, l'auteur de la fusillade à Boulder achetait le fusil semi-automatique avec lequel il est soupçonné d'avoir tué lundi dix personnes, dont un policier dans un supermarché.

«Ça vaut la peine de demander si les délais d'attente auraient pu éviter cette tragédie en Géorgie», affirmait sur Twitter Igor Volsky, directeur général de l'association anti-armes Guns Down America, au lendemain du drame d'Atlanta.

Ces délais «empêchent les achats et les actes de violence impulsifs», avançait-il.

Les démocrates, au pouvoir au Congrès et à la Maison-Blanche, ont proposé de durcir la législation, un sujet auquel près des deux tiers des Américains se disaient favorables en 2019, selon l'institut Pew.

Mais cette hypothèse reste improbable compte tenu de la forte opposition des défenseurs du droit à posséder une arme, garanti par le deuxième amendement de la Constitution, et de la mince majorité démocrate au Sénat, qui rend difficile l'adoption de toute législation sans convaincre au moins 10 élus républicains.

Le sénateur républicain Ted Cruz a annoncé la couleur mardi en fustigeant «l'objectif politique» de la majorité, qui veut selon lui «prendre les armes des citoyens qui respectent la loi».

Un autre sénateur républicain, John Kennedy, a fait une comparaison osée avec les automobilistes responsables d'accidents mortels en état d'ébriété. «La réponse n'est pas de se débarrasser de tous les conducteurs sobres», a-t-il affirmé.