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Racisme au Québec: roues, chaines ou huile?

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Photo Agence QMI, Toma Iczkovits

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Je comprends et partage le refus de la CAQ de parler de «racisme systémique». Je considère pourtant qu’elle ne le fait pas pour les bonnes raisons. Elle le fait par fierté nationaliste. Mais l’amour peut rendre aveugle... l’amour de soi comme des autres. Il faut le faire pour mieux s’attaquer au problème. Le concept a son utilité. Ceci dit, il ne devrait jamais servir à rendre coupable quelque collectivité que ce soit sans preuve.

Ce qu’est au juste un «système»

Un système est une organisation visant un but. Une machine, si on veut. Votre système de son vise à produire du son. Notre système de justice vise à produire de la justice. Et System of a Down... vous comprenez l’idée. Le système se trouve seulement dans l’ensemble des processus qui font que ces éléments mis ensemble (input) vont créer l’effet désiré (output). Il n’existe pas dans chacun des éléments pris isolément : autrement moi, en tant que médecin, je serais déjà le système de santé au complet.

Peut être dit «systémique», donc, ce qui est intégré dans les règles de fonctionnement d’un système. Au Canada, le traitement des Autochtones est l’exemple classique d’un racisme systémique. En négatif : les pensionnats. En positif : les exclusions des territoires des réserves de certaines taxes de vente. (On pourrait parler de «discrimination ethnoculturelle» positive – le nom du racisme après le dépassement de l’idée qu’il existe différentes races humaines.) Le but était, dans le premier cas, d’assimiler; dans le deuxième, il est de donner certains avantages considérés pertinents.

En résumé, pour savoir si un racisme peut être dit systémique, il faut se demander si le système dont on parle reproduirait des comportements racistes même s’il était composé en totalité de personnes non racistes. Si la réponse est oui, le système est raciste.

Racisme culturel : le grand oublié

Je ne dis pas que tout le reste devrait être considéré comme du racisme personnel. Il existe bel et bien du racisme personnel, c’est-à-dire défendu par une personne. Mais il sort rarement de nulle part. Il est souvent transmis et appris. Il n’en devient pas pour autant systémique, mais on pourrait le dire «culturel» au sens large du terme. La culture d’une organisation est son ambiance, ce dont s’imprègnent ses membres à leur insu. Par exemple, la culture d’entreprise des géants du Web que sont les GAFAM encourage la créativité compétitive.

On peut dire que tout racisme personnel est toujours en partie culturel. Mais certains le sont plus que d’autres. On peut très bien imaginer la future Commission se pencher sur certains corps professionnels dont l’opinion populaire aurait l’impression qu’ils mènent mystérieusement à plus de pratiques racistes que d’autres – pour voir s’il n’y a pas une explication derrière ce mystère. Il est probable que ce racisme ne soit pas écrit, qu’il ne soit dit qu’à demi-mot, qu’il soit enseigné par imitation plus qu’autrement.

À chaque racisme sa solution

L’importance de distinguer ces différentes formes du racisme, c’est que chaque forme demande sa propre solution. Le racisme systémique se brise en changeant les chaines qui relient les roues dentées de l’assemblage. Le racisme personnel se brise en changeant ces roues dentées. Le racisme culturel se brise en changeant l’huile qui lubrifie l’ensemble, qui recouvre tout, mais qu’on ne peut jamais saisir tout à fait.

Pour finir, un message à ceux qui, par «racisme systémique québécois», voudraient dire que l’État-nation québécois est raciste. Avec ces définitions, il vous faudrait démontrer que ses lois sont à l’origine de discriminations ethnoculturelles [négatives; les positives sont nécessaires – par exemple, l’intégration des nouveaux arrivants]. Je vous conseille donc plutôt de défendre l’hypothèse d’un racisme culturel québécois. Le projet est ambitieux, mais déjà plus réaliste. Ce racisme-là pourrait être dit «national». Il suffirait, pour le prouver, d’établir que 50%+1 des Québécois sont racistes. Bonne chance.