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Enseigner en Ontario à partir de Montréal

Maude Boyer a fait le choix de l’école virtuelle pour des raisons de santé et financières

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Photo Agence QMI, Joël Lemay Maude Boyer enseigne en ligne à des élèves du secondaire de la région d’Ottawa depuis le début février.

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Maude Boyer enseigne chaque jour à des élèves ontariens à l’écran, à partir de Montréal. Les risques de contracter la COVID-19 en classe et une rémunération peu avantageuse l’ont convaincue bien malgré elle de tourner le dos au réseau scolaire québécois.

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« J’ai 25 ans d’expérience et une maîtrise, mais quand je fais de la suppléance, je suis payée comme si je sortais de l’université. On me paie un salaire ridicule, plus bas qu’à mon échelon salarial, et en plus, il y a des risques pour ma santé. À un moment donné, ça va faire », lance cette enseignante de 59 ans. 

  • Écoutez l'entrevue de l'enseignante Maude Boyer avec Sophie Durocher sur QUB Radio :   

Mme Boyer a enseigné pendant de nombreuses années dans des écoles internationales à l’étranger avant de revenir s’établir à Montréal, en 2018.

Avant de faire le saut pour l’Ontario, elle a fait plusieurs remplacements comme enseignante de français et en classe d’accueil.

« J’ai malheureusement déchanté. Avec mes nombreuses années d’expérience et une maîtrise, il a fallu que je suive ce parcours du combattant des profs à statut précaire où, comme suppléant, on commence en bas de l’échelle », écrit-elle dans une lettre d’opinion publiée sur notre site internet.

Pendant la pandémie, Mme Boyer a entrepris des démarches pour enseigner en Ontario. Avec la COVID-19 qui s’est frayé un chemin dans des centaines d’écoles depuis la rentrée, elle était de moins en moins à l’aise d’être en contact chaque jour avec plusieurs groupes d’élèves. « Je me demandais quand mon tour viendrait », laisse-t-elle tomber.

Enseignement virtuel et écart salarial

Depuis le 1er février, Maude Boyer enseigne cinq heures par jour à l’écran à des élèves du secondaire de la région d’Ottawa. En Ontario, l’école virtuelle est offerte sur une base volontaire, alors qu’au Québec, elle est réservée uniquement aux élèves qui ont un billet médical.

Les salaires des enseignants y sont aussi beaucoup plus élevés. L’écart est d’environ 18 000 $ après 15 ans d'expérience mais il est encore plus grand après 10 ans d’ancienneté : plus de 33 000 $ (voir encadré plus bas). 

« Mon cœur voudrait enseigner au Québec, mais ma raison me dit que je mérite mieux », affirme Mme Boyer.

Cette enseignante d’expérience ne sait toutefois pas encore ce qu’elle fera, une fois la pandémie terminée. « J’aimerais poursuivre avec le programme en ligne », dit-elle, tout en étant consciente que l’enseignement en présence risque de lui manquer éventuellement.

« Se sacrifier pour la cause »

Peu importe ce qu’elle décidera, Maude Boyer déplore qu’au Québec des enseignants doivent « se sacrifier pour la cause », alors que les conditions de travail s’alourdissent « pour un salaire de moins en moins compétitif ».

« Il faut améliorer les conditions de travail des enseignants, si on veut les garder dans nos écoles », conclut-elle.

Pas de surprise dans les rangs des syndicats  

Des syndicats qui représentent les enseignants ne sont pas surpris de constater que des profs délaissent le Québec pour l’Ontario, même si le phénomène a diminué au cours des dernières années avec la pénurie.

«Le salaire joue pour beaucoup», lance Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), qui est présentement en négociation avec le gouvernement Legault pour le renouvellement des conventions collectives.

«Je ne suis aucunement surprise, ajoute-t-elle. Pourquoi un enseignant qui ne veut pas courir le risque qu’on vit présentement dans nos écoles resterait au Québec s’il peut être mieux payé en enseignant à distance en Ontario ?»

Selon Statistique Canada, les enseignants québécois sont les moins bien payés au Canada à leur début de carrière et après 10 ans d’ancienneté.

Profs exilés en baisse

Au cours des dernières années, le nombre d’enseignants québécois qui ont fait le saut pour l’Ontario est toutefois en diminution.

En 2015, on comptait 126 nouveaux profs dans le réseau scolaire ontarien qui ont été formés au Québec comparé à 63 en 2020, selon l’Ordre des enseignantes et enseignants de l’Ontario.

Au conseil scolaire catholique Mon Avenir, qui est basé à Toronto, on indique que l’embauche d’enseignants québécois a diminué depuis que la pénurie se fait sentir aussi au nord de la frontière séparant les deux provinces. 

Le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est, qui est situé à Ottawa, indique toutefois qu’il «attire davantage, d’année en année, de main-d'œuvre provenant du Québec, notamment en raison de ses programmes d’enseignement novateurs». 

Démissions en hausse

De son côté, la FSE rapporte une augmentation des démissions dans les centres de services scolaires depuis janvier.

«Ça va être problématique pour la rentrée de 2021», affirme Mme Scalabrini, qui presse le gouvernement Legault d’envoyer «des signes positifs» à la table de négociation : «Est-ce qu’on peut envoyer le message que c’est vrai, que l’éducation est une priorité et qu’on veut respecter ces gens-là, si on est un service essentiel ?»

ÉCART SALARIAL ANNUEL ENTRE LES PROFS DU QUÉBEC ET DE L’ONTARIO 

Début de carrière  

  • Québec : 44 993 $  
  • Ontario : 53 606 $   

Après 10 ans d’expérience  

  • Québec : 65 712 $  
  • Ontario : 98 936 $   

Après 15 ans d’expérience  

  • Québec : 80 917 $  
  • Ontario : 98 936 $   

À L’ÉCHELLE CANADIENNE, LES ENSEIGNANTS QUÉBÉCOIS SONT :  

  • Les moins bien payés en début de carrière ;             
  • Les moins bien payés après 10 ans d’expérience ;             
  • Les moins bien payés, après le Nouveau-Brunswick, au maximum de l’échelle salariale.                    

 Source : Statistique Canada

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