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Équilibre budgétaire: le sentier sera sinueux

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Toutes les veilles de budget sont marquées par un effort poétique des ministres de faire image avec de « nouvelles chaussures ».

Hier, Eric Girard a – involontairement – réussi le tour de force d’ajouter à la métaphore du jour.

S’étant acheté des espadrilles en ligne, il les déballa devant la boutique Le coureur nordique de Québec, en compagnie des sympathiques propriétaires.

Mauvais souliers

L’image souhaitée : exhiber des chaussures de course en sentier pour faire comprendre qu’il comptait s’engager sur le « sentier de l’équilibre budgétaire ». Le proprio Jimmy Gobeil fut franc et précisa au ministre qu’il s’était plutôt doté de beaux Asics conçus... pour courir sur la route !

Titre de la dépêche du collègue Vincent Larin, de QMI ? « Le ministre Girard mal chaussé pour le retour à l’équilibre budgétaire ».

Le ministre, bon joueur, s’en amusa. C’était la preuve que tout cela était « non scripté ». En fait, il venait d’illustrer à merveille ce qui s’en vient.

L’équilibre

Malgré les quelque 15 milliards $ de déficits à venir cette année, le gouvernement caquiste compte revenir à l’équilibre budgétaire ; du moins, en conserver le discours.

L’environnement rhétorique a toutefois énormément évolué depuis les années 1990 où le chef du PLQ Daniel Johnson affirmait que le déficit zéro était « un préalable à toute autre forme d’action politique ».

L’équilibre budgétaire, on en a beaucoup parlé pendant les années 1980. Il fut réalisé dans les années 1990 : à Ottawa avec Paul Martin (aux dépens des provinces). À Québec avec Lucien Bouchard (ce qui fera éclater la coalition souverainiste entre lucides et solidaires).

Les groupes de jeunes, à l’époque, réclamaient, au nom des « générations futures », la fin des déficits récurrents et une réduction de l’endettement.

Cette philosophie fut coulée dans la Loi sur l’équilibre budgétaire et, plus tard, dans celle sur « la réduction de la dette et instituant le Fonds des générations ».

Sentier « ajustable »

Nos gouvernements ont depuis eu à naviguer avec ces balises. Il est là, le sentier, vous me direz.

Mais qu’il est devenu sinueux à force d’être ajusté.

À l’article 2.2 de celle sur l’équilibre budgétaire, on précise par exemple que pour 2012-2013, il faut exclure les coûts de la fermeture de Gentilly-2.

L’article 10 permet certes à un gouvernement de faire des déficits « pour plus d’une année financière » s’il y a une « catastrophe ayant un impact majeur sur les revenus ou les dépenses ».

À l’article suivant cependant, on impose au gouvernement de les résorber, « au cours d’une période maximale de cinq ans ».

« Équilibre budgétaire » est presque devenu un gros mot avec la rigueur de l’ère Couillard de 2015. Mais aussi avec le pari remporté par Justin Trudeau, la même année, de promettre des déficits.

Après la pandémie, on peut d’ores et déjà prévoir que les partis d’opposition se concurrenceront pour proposer un retour à l’équilibre le plus éloigné possible.

Même l’ancien ministre libéral des Finances, Carlos Leitao, me disait récemment en entrevue à QUB radio que cinq ans, c’était trop rapide. Sans report, il craignait l’« austérité » de la part de la CAQ !

Eric Girard a besoin d’être bien chaussé, le débat s’annonce « marathonesque ».