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Fusillades: un tragique retour à la «normale»

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Aux États-Unis, alors que l’espoir d’une fin de la pandémie apparaît à l’horizon, deux fusillades rappellent la triste réalité d’une autre épidémie meurtrière.

Pendant cette année anormale chez nos voisins du Sud, on avait constaté une réduction significative des fusillades de masse, mais la normalité semble vouloir reprendre sa place.

À Atlanta, un forcené a tué huit personnes, dont six femmes asiatiques. À Boulder, au Colorado, un homme qui déambulait avec une arme militaire bien en vue a abattu dix personnes dans un supermarché.

Et le cycle reprend

Ces événements ont été suivis du cycle habituel, où le choc de l’horreur cède rapidement la place à des réactions aussi contrastées que prévisibles dans les deux univers parallèles de la politique américaine. À droite, les chaînes d’information ont presque passé sous silence ces deux drames, préférant déblatérer ad nauseam sur une mini-gaffe de Joe Biden ou sur « l’annulation » du Dr. Seuss. Les politiciens républicains offrent leurs pensées et prières, et rappellent que le droit de porter une arme semble plus important pour eux que le droit de vote.

À gauche, les deux tueries occupent tout l’espace médiatique et on dépoussière les projets de loi pour généraliser la vérification d’antécédents et interdire la vente d’armes d’assaut semi-automatiques. Comme dans le passé, on entend les mêmes refrains. « Il faut faire quelque chose. » « Cette fois sera la bonne. »

La conclusion de ce cycle est malheureusement plutôt prévisible : rien ne sera fait.

Inaction garantie ?

On a tellement entendu dans le passé que « cette fois sera la bonne » que beaucoup d’Américains sont résignés à l’inévitabilité des tueries de masse.

Après les tueries de Columbine, Aurora, Sandy Hook, Las Vegas, Parkland, El Paso, et j’en passe, l’horreur était telle qu’on croyait de nouvelles réglementations incontournables. Chaque fois, la puissance du lobby des armes à feu et l’illusion répandue que le port d’arme est un droit fondamental se sont mélangées à la couardise de nombreux politiciens pour garantir l’inaction.

Aujourd’hui, les conditions pourraient être en place pour un renversement de cette tendance.

Et si cette fois était la bonne ?

Au Colorado, où la culture des armes à feu est solidement implantée, de plus en plus de politiciens favorables à un resserrement des contrôles parviennent à conserver de solides majorités. La résistance de l’électorat au changement n’est pas absolue. À Washington, la débandade de la National Rifle Association, qui a longtemps fait la pluie et le beau temps dans les coulisses du pouvoir, mais qui croule aujourd’hui sous les dettes, représente une ouverture inespérée pour les partisans des contrôles.

De surcroît, la présence d’un président moins polarisant que ses prédécesseurs et plus familier avec les rouages du Congrès pourrait faire basculer certains démocrates et républicains modérés en faveur des contrôles.

Il n’est pas interdit d’espérer que de nouvelles interventions politiques puissent ralentir l’accumulation tragique des tueries de masse. D’ici là, le retour de la « normalité » viendra avec le retour des tueries de masse et de l’inaction politique.