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Il faut cibler les trafiquants d’armes à feu

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Pour une rare fois depuis les 30 dernières années, le gouvernement fédéral a réussi à faire l’unanimité sur l’épineux sujet des armes à feu. Toutes les factions intéressées à la question s'accordent pour dire qu’il fait clairement fausse route.

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Cependant, il est paradoxal et ironique de voir que les parties partagent une même insatisfaction, mais pour des raisons diamétralement opposées. Certains trouvent que c’est trop, alors que, pour d’autres, ce ne sera jamais assez.

Crime organisé

Qu’en est-il vraiment? La réalité, c’est que la presque totalité des armes à feu utilisées dans des activités criminelles le sont par des membres du crime organisé. Ils se servent d'armes illégales, acquises illégalement et provenant de l’autre côté de la frontière par la contrebande. 

Tant que les Américains auront le droit inaliénable de porter les armes sans restrictions, notre problème ne se réglera pas. Simplement, force est de constater que la problématique ne se situe pas chez les chasseurs, les collectionneurs et les tireurs qui, à 99%, respectent déjà nos lois strictes. 

Depuis des décennies, on manipule l’opinion publique, pour des raisons idéologiques, en ne citant en exergue que les quelques drames épouvantables et horribles de notre histoire. Tout cela sans grand succès, il faudra bien se l’avouer un jour. 

Mes diverses expériences policières au pays et à l’étranger m’ont convaincu d’une chose: il faut se méfier des apparences et se dissocier des idéologies. Les solutions résident très souvent dans une analyse pragmatique et objective de la situation.

Mauvaise cible

Dans le cas qui nous concerne, la situation réelle et factuelle est victime de la lâcheté de nos décideurs politiques. Toutes les énergies et les ressources légales sont dirigées vers des gens ayant été scrutés à la loupe par les corps de police responsables de la délivrance des permis d’armes à feu. 

De plus, préalablement à ces vérifications, ces mêmes hommes et femmes ont dû suivre et réussir des formations exhaustives mises en place par nos gouvernements. Du point de vue pratique, il est bien plus facile de légiférer envers des gens sélectionnés et formés plutôt que de s’attaquer aux gangs de rue, aux motards et à la mafia qui, eux, sont la cause de la presque totalité de ces fusillades, de ces blessés, de ces morts et, surtout, des innocentes victimes comme Meriem Boundaoui, lâchement assassinée en pleine rue. 

Alors, quelle est la solution juste, efficace, rationnelle et réaliste? Elle réside dans le fait que nos gouvernements doivent se départir de leurs œillères et faire converger tous leurs pouvoirs et ressources là où le bât blesse véritablement. Il faut absolument cibler les trafiquants d’armes à feu qui, eux, rendent possible l’acquisition illégale de ces armes. 

Il faudra aussi avoir la ferme volonté politique de cibler certaines réserves autochtones qui – sous le joug d’une poignée de criminels – sont directement impliquées dans divers trafics, dont celui de l’armement, par leur emplacement géographiquement stratégique et par le fait que les corps de police se font interdire l’accès à ces territoires, encore une fois pour des raisons éminemment politiques. 

Des ressources sur le terrain

En complément à cette solution, il faudra que nos politiciens aient le courage, en cette ère de contestations et de revendications, de tenir tête aux mouvements très minoritaires, bruyants et extrémistes qui prônent le «définancement» de la police. Faire mieux et plus avec moins, ce n’est rien d’autre qu’une belle et naïve utopie qui ne fera qu’exacerber une situation déjà très préoccupante. 

On aura beau avoir toutes les doléances que l’on veut, qui d’autre que la police pourra retirer de la rue ces armes illégales utilisées dans les crimes? Personne. Il faudra donc que les unités d’enquête sur les armes à feu soient permanentes, mixtes, financées à la hauteur du problème, et que leurs effectifs ne soient pas réquisitionnés chez d’autres unités tout aussi importantes pour l’application de la loi. 

Avec tous les horribles féminicides qui affligent notre société, serait-il envisageable, par exemple, de couper des policiers ou des policières qui enquêtent sur la violence conjugale? Certainement pas! Il faudra donc inévitablement embaucher.

Le gouvernement fédéral de Justin Trudeau, en resserrant encore une fois inutilement les lois déjà très sévères et efficaces contre les chasseurs et les tireurs sportifs, et en ne ciblant pas spécifiquement les trafiquants, le crime organisé et les gangs de rue, ne fait rien d’autre que de permettre la prolifération des armes à feu illégales, celles qui sont à 99% utilisées dans les drames qui affligent notre société.

En abolissant les peines minimums obligatoires pour une panoplie d’infractions en matière d’armes à feu, en stigmatisant les honnêtes citoyens détenteurs de permis et en adoptant des lois électoralistes qui manipulent l’opinion publique sur le plan émotionnel, le premier ministre Trudeau se comporte comme le capitaine du Titanic. Il fait jouer l’orchestre pendant que le bateau coule.

André Gélinas
Sergent-détective (retraité)
Division du renseignement
Service de police de la Ville de Montréal

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