/news/currentevents
Navigation

Payés 5000$ par jour pour importer des armes à feu

Des trafiquants qui approvisionnent Montréal passent par la réserve d’Akwesasne

Coup d'oeil sur cet article

Les trafiquants d’armes qui approvisionnent les gangs de rue de Montréal peuvent gagner plus de 5000 $ par jour en traversant la frontière américaine avec des pistolets, mitraillettes et munitions.

Une enquête de l’émission J.E, qui sera diffusée ce soir à 21 h à TVA, permet de mesurer l’ampleur du trafic d’armes au Québec. 

Pour une rare fois, des sources clés du milieu criminel décrivent en détail « la route des armes », un réseau emprunté chaque semaine par les contrebandiers pour acheminer illégalement leur marchandise à partir des États-Unis jusqu’aux membres de gangs de rue.

Une source du milieu criminel s’est confiée à <em>J.E</em> pour donner des détails sur la route des armes.
Photo TVA Nouvelles
Une source du milieu criminel s’est confiée à J.E pour donner des détails sur la route des armes.

Selon nos sources, qui ont témoigné en échange de l’anonymat, la principale porte d’entrée demeure le territoire d’Akwesasne. Cette réserve autochtone est à cheval sur la frontière canado-américaine, à l’extrémité ouest du Québec.

De là, les armes suivent un parcours bien établi vers des caches appelées back rooms, stratégiquement dispersées autour de Montréal, avant de se retrouver entre les mains de criminels associés aux gangs de rue.

500 à la fois

Une des saisies faites récemment par l’Agence des services frontaliers du Canada.
Photo TVA Nouvelles
Une des saisies faites récemment par l’Agence des services frontaliers du Canada.

« Il y a des runners qui vont amener ça pour de l’argent. Il y en a qui vont faire jusqu’à 5000 $ par jour [pour passer la frontière] », affirme une source en contact avec les contrebandiers, qui témoigne dans le cadre de l’émission.

Et la demande serait actuellement à la hausse en raison notamment de la recrudescence des affrontements entre gangs dans le nord-est de Montréal. 

« C’est comme un magasin. Ça roule. Ça peut entrer à coups de 100 par semaine... parfois, jusqu’à 500 la shot », précise cette même source.

C’est sans doute l’une de ces armes qui a été utilisée le 5 février, dans le quartier Saint-Léonard, quand une adolescente de 15 ans, Meriem Boundaoui, a été tuée par erreur. 

Meriem Boundaoui, 15 ans, a été tuée par erreur le 5 février par peut-être une de ces armes.
Photo courtoisie
Meriem Boundaoui, 15 ans, a été tuée par erreur le 5 février par peut-être une de ces armes.

Sa sœur, Safia, qui s’est confiée à J.E, dit espérer que la mort de Meriem aura un impact politique. 

« J’espère que sa mort va influencer et arrêter ce massacre, ce scandale. J’espère au fond de mon cœur que monsieur [Justin] Trudeau et les responsables du gouvernement vont se réveiller pour arrêter ça », lance-t-elle.


Le 5 mars, William Rainville, un jeune homme de 24 ans apparemment sans histoire, a été arrêté à Dundee, en Montérégie, en possession de 249 armes de poing qui auraient été importées illégalement. L’émission J.E dévoilera ce soir combien il aurait été payé pour faire entrer ces armes au pays.

  • Écoutez la chronique de Félix Séguin au micro de Richard Martineau sur QUB radio:  

«J.E» se penche sur les fusillades dans la région de Montréal  

Les fusillades se multiplient dans la région de Montréal et peuvent même coûter la vie à des innocents, comme ce fut pour le cas pour Meriem Boundaoui, cette adolescente de 15 ans qui a été tuée par balle en février dernier dans l’arrondissement de Saint-Léonard.

Pour conclure sa saison ce jeudi, l’émission J.E revient sur la mort tragique de la jeune femme, dans le contexte où des milliers d’armes à feu illégales sont en circulation dans la région métropolitaine. L’équipe s’intéresse à la facilité avec laquelle les criminels, notamment les gangs de rue, se les procurent, ainsi qu’aux vendeurs qui opèrent en toute impunité.

Les Montréalais qui ont l’impression que les crimes liés aux armes à feu explosent ne se trompent pas. « On parle d’une hausse de 15 % en 2020 des crimes commis avec des armes à feu comparativement à l’année précédente », a rappelé l’animateur de J.E, Félix Séguin.

Les secteurs chauds comme Montréal-Nord, Rivière-des-Prairies et Saint-Léonard retiennent l’attention pour ce qui est des crimes liés aux armes à feu. Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a même mis en place récemment l’Équipe dédiée à la lutte contre le trafic d’armes (ELTA).

« Lors de cette émission, on va essayer de comprendre le chemin que prennent les armes pour aboutir dans les mains des gangs », a indiqué le journaliste d’enquête, en précisant que son collègue Denis Therriault s’est entretenu notamment avec des membres de la famille de Meriem Boundaoui.

J.E s’est aussi rendu sur la réserve mohawk d’Akwesasne « pour voir combien d’armes y transitent et comment c’est facile ».

« On comprend enfin combien il y a d’armes en circulation autour et à Montréal, et de fort calibre, et on constate que c’est extrêmement accessible. En fait, c’est beaucoup plus accessible que l’on pense », a résumé M. Séguin, parlant de milliers d’armes et de nombreux caches pour les entreposer avant qu’elles n’aboutissent dans les mains des criminels.

« On présente cette émission dans l’optique qu’il y a deux coupables, celui qui tire et celui qui vend les armes. On n’a pas encore beaucoup entendu parler de ceux qui vendent les armes », a conclu M. Séguin, disant qu’il n’a jamais reçu autant d’appels touchant à des coups de feu entendu dans la métropole.