/investigations/sptrades
Navigation

La fin d’un important entrepreneur déchu

La famille Borsellino et Vincent Chiara avalent les restes de l’empire Catania

Projet VillaNova
Photo Pierre-Paul Poulin Dans l’arrondissement montréalais de Lachine, Paolo Catania a perdu ses derniers terrains du projet VillaNova aux mains de ses prêteurs, la famille Borsellino et le Groupe Mach de Vincent Chiara.

Coup d'oeil sur cet article

C’est la fin pour Paolo Catania. L’entrepreneur déchu abandonne aux mains de la famille Borsellino et de Vincent Chiara l’un des plus importants projets immobiliers à Montréal, le VillaNova à Lachine.

Paolo Catania était le dernier grand acteur soupçonné d’avoir participé aux scandales de corruption de la Ville de Montréal à être toujours dans les affaires. Il a fait face à une avalanche de poursuites criminelles et civiles concernant le Faubourg Contrecœur et le mégacontrat des compteurs d’eau, notamment.

Aujourd’hui, les Borsellino et Vincent Chiara (Groupe Mach) prennent le relais de l’entrepreneur. Ces deux promoteurs détiennent déjà des participations ensemble dans de nombreux gratte-ciel au centre-ville.

« En réflexion »

À court d’argent, Paolo Catania leur a cédé ses vastes terrains le 10 mars.

Le nouveau propriétaire, Édifice 303 Saint-Joseph inc., est enregistré au nom de Danny Di Schiavi. Il s’agit du gendre de Joe Borsellino, un des plus importants propriétaires immobiliers à Montréal.

La compagnie s’empare aussi des sites que l’entrepreneur détenait toujours au Faubourg Contrecœur et à Longueuil.

M. Chiara devient pour sa part propriétaire minoritaire de ces actifs. 

M. Catania ne détient plus qu’une participation dans un immeuble de condos en construction au VillaNova. 

Contacté par notre Bureau d’enquête, il a fait savoir qu’il était « en réflexion pour l’avenir », sans autre commentaire.

Prêt de 33 M$

Les sites qu’il délaisse servent à rembourser un prêt de 33 millions $ qu’Édifice 303 Saint-Joseph lui avait accordé. Le 22 décembre, seulement deux semaines après avoir reçu cet argent, il a omis de leur faire un paiement d’intérêt de 54 121 $.

Les Borsellino et M. Chiara n’ont fait ni une ni deux. Dès la période des Fêtes passée, le 5 janvier, un huissier s’est rendu à la résidence de l’entrepreneur dans Outremont pour lui signifier qu’ils comptaient saisir ses terrains.

Le 10 mars, M. Catania a fini par jeter l’éponge et leur a cédé ses derniers actifs, dont le plus important est le projet de quartier résidentiel VillaNova dans l’arrondissement de Lachine.

Pour lui, c’est la fin d’un processus de liquidation judiciaire qui s’étire depuis 2014.

Sous le coup d’accusations criminelles en lien avec le scandale du Faubourg Contrecœur, Paolo Catania était alors incapable d’ouvrir des comptes de banque pour ses compagnies. Afin de poursuivre ses activités, il a dû les placer sous le contrôle d’un syndic.

L’an dernier, le principal créancier garanti de Catania, le prêteur privé Romspen, a voulu se faire rembourser les 24,6 M$ qu’il lui devait toujours.

Ses autres créanciers majeurs, la Ville de Montréal, celle de Longueuil et les gouvernements provincial et fédéral, poursuivaient l’entrepreneur pour récupérer l’argent détourné selon eux dans la collusion et la fraude fiscale. 

Qui est Paolo Catania ?  

Paolo Catania au palais de justice de Montréal, en 2017.
Photo d'archives, Chantal Poirier
Paolo Catania au palais de justice de Montréal, en 2017.

  

  • Président de Construction Frank Catania et associés, fondée par son père.   
  • De 2005 à 2012, il participe à près d’une centaine de rencontres avec des élus, des ingénieurs, des fonctionnaires et des dirigeants d’organisations publiques au 357c, un club sélect du Vieux-Montréal.   
  • En 2007, la Société d’habitation et de développement de Montréal, un organisme paramunicipal, vend les vastes terrains du Faubourg Contrecœur à son entreprise. La Ville déduit du prix de vente 14 M$ en frais de décontamination, un montant gonflé par rapport aux coûts réels et révisé à une somme de 5 à 7 M$ deux ans plus tard.   
  • En mai 2012, après une opération de l’Unité permanente anticorruption, Catania est accusé de fraude, d’abus de confiance et de complot en lien avec le scandale du Faubourg Contrecœur.   
  • En juin 2013, Revenu Québec dépose 989 chefs d’accusation contre lui, son entreprise et ses autres dirigeants pour fraude fiscale.   
  • L’entreprise et ses filiales se placent en liquidation judiciaire en 2014 et poursuivent le projet VillaNova dans l’arrondissement de Lachine sous le contrôle d’un syndic.   
  • En mai 2018, Catania est acquitté des accusations déposées contre lui en lien avec le Faubourg Contrecœur. Le juge Yvan Poulin conclut que la preuve du trucage de l’appel d’offres n’a pas été faite.   
  • En août 2019, tous les chefs d’accusation de fraude fiscale tombent d’un coup en raison d’un arrêt Jordan pour délais déraisonnables.   
  • En février 2021, c’est la fin de la liquidation judiciaire de Catania.       

La fin d’une époque à Montréal  

Plusieurs scandales de corruption et de collusion ont frappé la Ville de Montréal au début des années 2000. Les carrières des autres gros noms ayant fait les manchettes durant cette sombre période se sont toutes mal terminées. 

TONY ACCURSO

Projet VillaNova
Photo d'archives, Martin Alarie

  

  • Il dirigeait un vaste empire de la construction et de l’immobilier.   
  • Son témoignage a été un moment clé de la commission Charbonneau, en 2014.   
  • En 2018, il a écopé de quatre ans de pénitencier pour fraude et corruption à Laval, mais il a porté sa cause en appel.   
  • Les gouvernements et la Ville de Montréal réclament plus de 200 M$ à ses entreprises.   
  • L’an dernier, il a entamé des procédures pour les rendre insolvables.   
  • Il a été condamné avec ses compagnies à payer 4,2 M$ d’amendes pour fraude fiscale.        

FRANK ZAMPINO

Projet VillaNova
Photo d'archives, Martin Alarie

  

  • Président du comité exécutif de la Ville de Montréal jusqu’en 2008, il était le bras droit de l’ex-maire Gérald Tremblay.   
  • En 2018, il a été acquitté des accusations de fraude, de complot et d’abus de confiance qui pesaient contre lui.   
  • En 2019, il a bénéficié d’un arrêt des procédures dans son procès pour le trucage allégué de contrats de la Ville.   
  • L’an dernier, il a fait une proposition à ses créanciers en vertu de la loi sur les faillites.   
  • Son avocate lui réclame 771 759 $ d’honoraires et la Ville de Montréal, pas moins de 47,3 M$, selon la liste des créanciers.       

BERNARD POULIN 

Projet VillaNova
Photo d'archives, Agence QMI

  

  • Ancien PDG de la firme de génie Groupe SM, il a été arrêté en 2017 pour sa participation alléguée à un système d’attribution de contrats municipaux en échange de financement politique.   
  • En décembre 2020, il a bénéficié d’un arrêt des procédures à cause du « laxisme » et de la « négligence » des enquêteurs de l’Unité permanente anticorruption (UPAC).   
  • La Ville de Montréal lui réclame 14 M$ solidairement avec d’autres acteurs du scandale des compteurs d’eau.   
  • Il a été mis en faillite par un créancier en juillet 2019.       

ROSAIRE SAURIOL

Projet VillaNova
Photo d'archives

  

  • Ancien vice-président et associé de la firme de génie Dessau. Il a démissionné après son témoignage à la commission Charbonneau.   
  • En 2017, l’ex-ingénieur a plaidé coupable à des accusations de corruption de fonctionnaire dans les contrats publics à Laval.   
  • En 2018, le conseil de discipline de l’Ordre des ingénieurs du Québec l’a condamné à 100 000 $ d’amendes, notamment pour avoir « versé ou s’être engagé à verser » des avantages à un parti politique en échange de contrats à Montréal et Longueuil.