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Dany Laferrière et le Québec

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Dans le baromètre des meilleurs romans québécois de l’histoire, publié lundi dans Le Journal, d’après un sondage Léger, Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer de Dany Laferrière arrive en 17e position.

Entre Le Survenant de Germaine Guèvremont et L’avalée des avalés de Réjean Ducharme.

C’est dire à quel point monsieur Laferrière occupe une place de choix dans le cœur des Québécois. C’est pour ça que j’ai été très surprise d’entendre ce que Laferrière dit du Québec... quand il est en France.

  • Écoutez la chronique de Sophie Durocher sur QUB radio:

GAGNON ACADÉMIE

Dany Laferrière, qui est maintenant membre de l’Académie française, était invité à l’émission littéraire La grande librairie en avril 2020. Il était là pour parler de son roman L’exil vaut le voyage.

L’animateur, François Busnel, lui a demandé :

« Vous écrivez également, et ça, c’est très surprenant : “Quand j’arrive dans une nouvelle ville, je vais d’abord au cimetière et ensuite dans une librairie”. Qu’est-ce que vous allez faire dans un cimetière ? »

Dany Laferrière répond :

« Pour savoir comment une ville vibre, pour savoir si cette ville accepte les étrangers, où ils placent leurs morts... vous allez voir si les gens s’épousent entre eux. 

« Quand, par exemple, au Québec, les Gagnon s’épousent entre eux, la mère s’appelle Gagnon et le mari s’appelle Gagnon, et les enfants épousent un autre et quand en fin de compte ils forment, ce qu’on appelle au Québec, un tricotage serré de la famille... on a l’impression que cette société n’a pas évolué vers l’Autre. »

Dany Laferrière nous présente en France comme une terre de consanguins ! 

Ce n’est pas très gentil. D’autant plus qu’un homme et une femme peuvent très bien porter le même nom de famille, mais ne pas venir de la même famille. Tiens, par exemple, selon le site loophaiti.com, « le nom de famille le plus courant en Haïti est Jean. Il est porté par 668 437 citoyens, soit 1 personne sur 16 ».  

Michaëlle Jean et Wyclef Jean portent le même nom de famille. Cela signifie-t-il que « Haïti n’a pas évolué vers l’Autre » ? 

Mais attendez, ce n’est pas tout. Voici la suite de l’intervention de Dany Laferrière : « Souvent, ça se reflète aussi sur la librairie... les gens qui se font des enfants entre eux finissent par lire les mêmes livres ».

Misère ! Quel ton condescendant ! Est-ce que vous nous reprochez de « lire les mêmes livres » quand on lit VOS livres, Monsieur Laferrière ?

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

MERCI MONSIEUR

Cette entrevue surprenante de Dany Laferrière a refait surface récemment sur le site Tolerance.ca, de Victor Teboul, un Néo-Québécois.

Et voici ce qu’écrit monsieur Teboul : « J’ai été surpris que François Busnel, qui a invité plusieurs fois le romancier à son émission, l’ait présenté non pas comme un auteur québécois, mais comme un auteur ‘‘français’’, sans que notre académicien ne s’y objecte ».

Ce n’est pas un Québécois « de souche » qui reproche à Dany Laferrière de dépeindre les Québécois comme étant fermés à l’Autre et qui lui reproche de ne pas se définir comme Québécois : c’est un immigrant ! Merci Monsieur Teboul d’avoir relevé ces propos de Dany Laferrière. 

Pourquoi ces mots méprisants pour le Québec qui l’a pourtant accueilli les bras ouverts ?