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Équateur-Québec

Le 11 avril prochain, les électeurs équatoriens devront trancher entre Guillermo Lasso (à droite), banquier et ex-ministre néolibéral, et Andrés Arauz (à gauche), ex-ministre et ex-directeur de la Banque centrale sous le gouvernement socialiste de Rafael Correa, arrivé en tête aux élections de février dernier.
Photo AFP Le 11 avril prochain, les électeurs équatoriens devront trancher entre Guillermo Lasso (à droite), banquier et ex-ministre néolibéral, et Andrés Arauz (à gauche), ex-ministre et ex-directeur de la Banque centrale sous le gouvernement socialiste de Rafael Correa, arrivé en tête aux élections de février dernier.

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La nouvelle situation politique en Équateur, celle d’un ballotage entre un parti de gauche arrivé en tête au premier tour avec 32,72% des votes et un parti de droite arrivé deuxième avec 19,74% des voix, a de quoi susciter notre intérêt à plus d’un titre. Entre autres parce qu’elle présente une certaine similitude avec le Québec, où deux partis, l’un de centre-gauche, le Parti québécois, l’autre se présentant comme la «vraie gauche», Québec solidaire, s’affrontent depuis quelques années, ce dernier cherchant à tout prix à rayer de la carte le parti social-démocrate (PQ) plutôt que de chercher une alliance qui mènerait vers le pouvoir les forces progressistes.

En Équateur, lors des élections présidentielles qui ont eu lieu le 7 février dernier, les deux partis dits de gauche se sont affrontés. Celui que dirige l’économiste Andrés Arauz, le parti Union de l’espérance (UNES), est le digne successeur de l’ex-président socialiste Rafael Correa, qui, pendant son mandat, a transformé son pays avec des politiques basées sur la redistribution des richesses. La gouvernance de Rafael Correa a suscité la colère de l’empire états-unien, on s’en doute. C’est même la preuve sine qua non d’un programme de gauche progressiste. Si ça ne choque pas le gendarme états-unien et ses différents organes de contrôle, comme le Fonds monétaire international, c’est que ce n’est pas vraiment progressiste, pourrait-on affirmer sans risquer de se tromper. 

L’autre parti, Pachakutik, dirigé par Yaku Pérez, se veut écologiste de gauche. Il a une longue feuille de route où s’accumulent les défaites. Il a fait de Rafael Correa et d'Andrés Arauz ses principaux ennemis. Il est arrivé troisième aux élections avec 19,39% des voix, derrière mais tout près du parti de droite de Guillermo Lasso, et Pachakutik est donc exclu du ballotage. Pérez a fait de la défense de l’environnement et des populations indigènes sa marque de commerce. Ce qui peut paraître noble en soi. D’ailleurs, en 2017, ce métis écolo a changé son nom: de Carlos Ranulfo Pérez Guartambel, il est passé à Yaku Pérez. Ça lui fait ainsi une plus belle jambe pour attaquer ses adversaires de gauche, même l’ex-président bolivien Evo Morales, qu’il accuse d’être un faux Indien: «Evo est biologiquement indigène, mais, sur le plan identitaire, il s’est blanchi, colonisé, il ne sent pas ou ne comprend pas la cosmovision indienne.»

Pendant le mandat de Rafael Correa, Yaku Pérez a été impitoyable envers celui-ci parce qu’il utilisait les dividendes de l’exploitation pétrolière et gazière du pays pour implanter d’audacieux programmes sociaux, en matière d’éducation, de santé et de logement, et diminuer la pauvreté. Il l’accusait d’être «extractiviste». Une question qui nous est familière si on se souvient des débats houleux au sein du PQ au sujet des ressources pétrolières de l’île d’Anticosti, dans le golfe du Saint-Laurent. On laissait entendre qu’avec l’exploitation de ces gisements, le Québec pourrait atteindre l’autonomie énergétique et ne plus être obligé d’acheter des millions de barils de pétrole de l’Algérie. Le projet a finalement été abandonné.

Mais là où le bât blesse, c’est que Pachakutik reçoit du financement de la part d’ONG états-uniennes comme la New Endowment for Democracy (NED) et le National Democratic Institute for International Affairs. Ces organismes ne sont surtout pas neutres et cherchent à implanter partout dans le monde leur vision de la démocratie, surtout là où sont implantés des gouvernements de gauche. Si on revient à la situation du Québec, on peut penser que les fédéralistes ont tout intérêt à diviser les forces progressistes en faveur de notre indépendance. Diviser pour maintenir le statu quo. D’ailleurs, aux dernières élections, plusieurs candidats libéraux ont été élus grâce à cette division des forces progressistes.

Le 11 avril prochain, les électeurs équatoriens devront trancher entre Guillermo Lasso, banquier et ex-ministre néolibéral, et Andrés Arauz, ex-ministre et ex-directeur de la Banque centrale sous le gouvernement socialiste de Rafael Correa, arrivé en tête aux élections de février dernier. Si Arrauz est élu, grâce à l’addition de toutes les forces progressistes, la face de l’Amérique latine sera changée et l’Équateur ira rejoindre de nouveau le camp des pays progressistes. Puisse ce vent de changement arriver jusqu’à nous, au Québec.