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Terrains contaminés de l’État: pas de cible avant l’an prochain

Québec veut prioriser la décontamination de ses terrains les plus dangereux sans se fixer d’objectif précis

mine Siscoe
Photo courtoisie Le site de l’ancienne mine Siscoe, en Abitibi, qui fait l’objet de travaux de restauration depuis 2014.

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Le gouvernement change sa stratégie pour restaurer les terrains contaminés sous sa responsabilité en s’attaquant d’abord aux sites dangereux, mais n’établira pas de cibles avant l’an prochain. 

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Comme le révélait notre Bureau d’enquête cette semaine, Québec a complètement raté sa cible de décontamination des terrains de l’État, sur lesquels certaines écoles ont même été construites.

L’État estimait, en 2012, qu’il en coûterait 2,1 G$ pour les décontaminer. Or, malgré des dépenses de 443 M$, la facture de ce «passif environnemental» est toujours de 2,1 G$ parce que des terrains se sont ajoutés ou de nouvelles analyses ont entraîné une réévaluation des coûts. 

Face à ce constat d’échec, le gouvernement annonce, dans son nouveau budget, qu’il priorisera dorénavant les interventions selon les risques pour la santé humaine et l’environnement.

«[Le gouvernement] s’engage à accorder une priorité d’intervention aux sites qui présentent un niveau élevé», peut-on lire dans le budget caquiste déposé hier.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, en 10 ans, aucun gouvernement n’avait cru bon établir de priorités de décontamination en fonction des risques, ce qu’avait d’ailleurs critiqué la Vérificatrice générale en 2018.

«Toute situation pouvant mettre en danger la santé humaine et l’environnement est traitée promptement et les mesures nécessaires sont prises pour contenir la problématique, le cas échéant», précise tout de même Antoine Tousignant, porte-parole du Secrétariat du Conseil du trésor.

Le gouvernement inclut aussi dans cette liste tous les terrains sous sa responsabilité, mais aussi les sites «probables» dont il devra s’occuper, car les propriétaires sont disparus ou n’ont pas d'argent.

Cela signifie que la somme totale pour la décontamination est de 3 G$ pour quelque 1800 terrains.

Le ministère dont le passif environnemental est le plus lourd est celui des Ressources naturelles avec de nombreuses mines abandonnées. La facture de décontamination totale (terrains réels et probables) est de 1,2 G$.

De son côté, le ministère des Transports compte 504 terrains à restaurer et sa facture est estimée à 95,2 M$. Quant au ministère de l’Éducation, il compte environ 400 terrains dont les coûts de réhabilitation sont estimés à 265 M$, comme nous le révélions cette semaine.

Le gouvernement Legault annonce aussi qu’il accordera une priorité à la réhabilitation de sites industriels à proximité d’un port, un projet qui s’inscrit dans sa Stratégie maritime qui vise le développement économique autour du fleuve Saint-Laurent, notamment.

Pas avant 2022

Or il faudra encore attendre avant de connaître l’objectif de décontamination que le gouvernement se donne. Il est encore à développer des balises qui serviront à déterminer la priorité des terrains à restaurer. Ce devrait être fait d’ici juin.

Mais le plan et les cibles pour chaque ministère ne sont toutefois pas contenus dans le budget présenté hier et ne seront pas élaborés avant la fin de 2022.

La stratégie précise aussi que Québec entend mettre «à la disposition de la population de l’information pertinente quant aux sites contaminés». La VG soulignait d’ailleurs des lacunes importantes sur cette question.

Beaucoup de travail reste effectivement à faire en ce qui concerne la transparence, a pu constater notre Bureau d’enquête.

Le ministère des Ressources naturelles, dont la facture totale de décontamination est estimée à 1,2 G$, fait figure de bon élève en donnant le nom de tous ses sites contaminés. Mais ce n’est pas le cas de tous.

Pas plus tard que cette semaine, le ministère de l’Environnement a refusé notre demande d’accès dans laquelle nous demandions à connaître les sites contaminés dont il est responsable. Sa facture de décontamination est, quant à elle, évaluée à 843 M$.

Selon le ministère, révéler cette information «porterait sérieusement atteinte aux intérêts économiques de l’organisme public ou de la collectivité́ à l’égard de laquelle il est compétent.»

Pourtant, le ministère de l’Éducation a diffusé ces informations à la suite d’une demande d’accès.

- Avec la collaboration de Pascal Dugas Bourdon

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