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D’un genre à l’autre

Film Miss
Photo courtoisie L’acteur Alexandre Wetter dans une scène de la comédie dramatique Miss.

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Le cinéaste franco-portugais Ruben Alves cherchait depuis longtemps une façon originale d’aborder dans un de ses films des thèmes qui le fascinent comme l’identité sexuelle et l’androgynie. C’est en rencontrant l’acteur et ancien mannequin Alexandre Wetter que le déclic s’est fait dans sa tête.

Ruben Alves, qui travaillait à l’époque sur une idée de série télé sur la transidentité, cherchait des témoignages de gens qui pourraient l’inspirer. C’est à ce moment qu’il est tombé sur le profil Instagram d’Alexandre Wetter, un ex-mannequin androgyne qui s’est fait connaître il y a quelques années en défilant notamment pour Jean Paul Gauthier. 

« J’ai tout de suite été fasciné par la liberté qu’avait Alexandre de naviguer entre les genres, » détaille Ruben Alves dans une entrevue virtuelle accordée au Journal en janvier dernier.

« C’est un garçon, mais en même temps, il défile en femme, et il le fait de façon très positive. Quand j’ai rencontré Alexandre, je me suis dit : c’est ça le film que j’ai en tête depuis des années. Je voulais parler d’identité. Mais je ne trouvais pas la bonne façon de le faire. Alexandre est terriblement de notre époque. Il ne veut pas faire le choix entre être un garçon et une fille. C’est un garçon, et il l’assume. Mais il a aussi en lui une féminité qu’il endosse totalement sans pour autant vouloir devenir une femme. »

Ruben Alves
Photo d'archives
Ruben Alves

« Un diamant brut »

Inspiré par sa rencontre avec Alexandre Wetter, Ruben Alves (La cage dorée) a commencé à imaginer le scénario de Miss, son nouveau film, qui relate le parcours atypique d’un jeune homme qui rêve depuis sa tendre enfance de devenir Miss France. À 24 ans, il décide enfin de se lancer en s’inscrivant au célèbre concours, tout en cachant évidemment son identité de garçon.  

Alexandre Wetter ayant inspiré le sujet du film, il était tout naturel que Ruben Alves lui confie le rôle principal de Miss. Et ce, même si Wetter n’avait alors pratiquement aucune expérience comme acteur.

« Il avait fait un peu de figuration, mais, c’est vrai, n’avait jamais joué, témoigne le cinéaste. C’était donc un challenge pour lui et pour moi. Mais j’avais l’instinct que ça pouvait marcher. Parce que c’était lui le personnage. Pour le reste, il suffisait d’y mettre le travail nécessaire. Il a été coaché pendant deux mois pour la technique. Mais l’essentiel, il l’avait déjà et c’était la vérité. Il avait ça dans ses yeux. Chaque moment qu’il jouait, il ressentait tout. Je devais même le freiner parce qu’il allait parfois trop loin dans l’émotion. C’était comme un diamant brut que j’avais devant moi. » 

Il fallait aussi réussir à convaincre les gens de l’organisation de Miss France de pouvoir utiliser leur marque. Or, à sa grande surprise, Ruben Alves a pu compter sur leur entière collaboration. 

« Je suis allé frapper à leur porte pour leur expliquer que j’avais eu l’idée de faire un film sur un garçon qui veut devenir Miss France, relate Alves. Ils ont paru étonnés au départ, mais ils m’ont ouvert leur porte. Ils ont été adorables. Leur ouverture d’esprit a été assez cool. »

« En fait, je dirais que le plus gros défi pour l’écriture du film a été de ne pas trop m’autocensurer, ajoute le cinéaste. Parce qu’aujourd’hui, on ne peut plus rien dire. Les luttes qu’on fait pour nos libertés se retournent un peu bizarrement contre nous. J’ai un peu peur de cette espèce de communautarisme dangereux. J’ai dû me reprendre à quelques reprises parce que je sentais que je faisais attention à ce que je disais et écrivais. Cette tentation de s’autocensurer est très dangereuse ». 


Le film Miss, à l’affiche depuis hier.