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Être prêt pour l’après-pandémie

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Photo Fotolia « La nation est plus grosse, moins active, plus dépendante et plus anxieuse qu’elle ne l’était il y a 13 mois. Normal qu’on dorme plus mal. »

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Personnellement, je me trouve vraiment chanceux : je dors mieux et plus que je ne l’ai probablement fait depuis ma petite enfance. 

Il faut dire que j’ai dû donner un sérieux coup de barre. J’ai diminué considérablement ma consommation d’alcool ; je m’interdis de lire des choses sur la pandémie une fois la noirceur arrivée ; depuis quelques semaines, j’essaie d’aller marcher pendant une demi-heure au petit matin ; pour faire encore mieux, il me resterait à couper le sucre. 

Il faut dire aussi que je vais devenir papa dans quelques jours et que mon ami Richard Martineau m’a plusieurs fois supplié d’accumuler le plus de sommeil possible avant de ne plus pouvoir en avoir... chose promise, chose due, mon Richard ! (Sauf que ma blonde à 38 semaines est terriblement jalouse de ma facilité à plonger...) 

Mais, c’est ça. Il fallait agir, parce que j’étais parti complètement dans le sens contraire depuis le début de la première vague. Le pire effet du virus et de la distanciation sociale qu’il faut adopter pour le ralentir, c’est de nous confiner à nos plus mauvaises habitudes. 

Une nation moins en santé 

Il y a la pandémie de COVID-19 qui bouscule nos vies depuis plus d’un an, à laquelle s’ajoute une crise sanitaire sociale et silencieuse qui se déroule derrière les portes closes. La détresse psychologique et la violence conjugale font des victimes, et s’y ajoute une épidémie de troubles du sommeil qui touche un Québécois sur deux, comme le révèle Le Journal cette semaine. 

Plus globalement, toute cette situation aura fait très mal à notre santé collective. La nation dans son ensemble est plus grosse, moins active, plus fixée sur les écrans, plus dépendante de l’alcool et d’autres psychotropes et plus anxieuse qu’elle ne l’était il y a 13 mois. Normal qu’on dorme plus mal. 

C’est sûr que ça va laisser des traces qui ne disparaîtront pas avec le virus, trois semaines après que nous aurons tous reçu nos deux doses de vaccin. Il va falloir réapprendre à vivre sans la pandémie, jouir de nos libertés recouvrées pour adopter les comportements permettant de mieux en profiter. 

Une certaine anxiété sociale se manifestera, même lorsque la troisième vague sera derrière nous. Reprendre tous nos contacts, nos déplacements, les poignées de main parfois moites et les becs parfois mouillés, ça ne sera pas de gaieté de cœur pour tout le monde. Ça ajoutera aux troubles du sommeil de plusieurs. 

Autocompassion 

Ce n’est pas pour rien, quand François Legault et Horacio Arruda nous disent de bouger un peu. Ce n’est pas rien que pour nous changer les idées. C’est pour rester en santé et être prêts pour l’après-pandémie. 

Mais, non, ce n’est pas simple. Les parents, les chefs d’entreprise et les gestionnaires de services publics ont eu beaucoup de raisons de mal dormir depuis un an et, de façon concomitante, pas plus de temps pour pouvoir le faire. C’est le prochain front, après la distanciation et la vaccination : l’autocompassion. Réapprendre à prendre soin de soi. Prendre le temps de le faire. Se dire que c’est correct de ne pas y être toujours arrivé au cours de la dernière année. Trouver le goût de se faire du bien. Se donner une chance de profiter de la croissance et des défis des années à venir. 

Car la confiance en l’avenir, au fond, il n’y a rien de tel pour aider à mieux dormir.