/finance
Navigation

Les gangs de rue profitent de la PCU

fournisseur
Photo d'archives Un fournisseur de gang de rue est amené au poste de police.

Coup d'oeil sur cet article

La fraude à la Prestation canadienne d’urgence (PCU) est en train de virer au scandale national. Pendant que les victimes gaspillent des centaines d’heures pour régler leur dossier, les criminels sablent le champagne !

Des sources policières et gouvernementales m’ont confirmé que des membres de gangs de rue et de bandes criminelles organisées sont soupçonnés d’avoir siphonné des dizaines de millions de fonds publics. En quelques clics, ils ont usurpé l’identité d’honnêtes citoyens pour demander des chèques de la PCU à leur insu. 

« Se réinventer » est devenu une expression à la mode en temps de pandémie, et les criminels l’ont bien compris. 

Avec la paralysie du transport aérien, le confinement des populations, la fermeture des frontières, tout est plus compliqué pour écouler de la drogue ou vivre du proxénétisme. Il fallait donc trouver de nouvelles sources de revenus... Voilà qu’est arrivée la PCU ! 

Victimes impuissantes

Il n’y a pas une journée qui passe sans qu’une victime de fraude à la PCU ne m’écrive. Cette semaine, Pauline Lambert m’a raconté son calvaire. Cette résidente de la capitale nationale a passé 200 heures au téléphone pour régler son dossier avec l’Agence du revenu du Canada.

« En plus, j’étais en burn-out. Je n’avais vraiment pas la force de me battre contre la machine », m’a raconté la femme de 57 ans. Elle a réalisé qu’un fraudeur avait encaissé la PCU en son nom lorsqu’elle a, elle-même, complété une demande de chômage cet hiver. « C’est inimaginable comment le gouvernement traite le monde. Je suis honnête, et j’ai l’immense fardeau de prouver que je n’ai jamais demandé de PCU. » 

Manque de téléphonistes, labyrinthe bureaucratique, paperasse interminable... L’enfer de Pauline, c’est celui que traversent des milliers de Canadiens. Ils sont travailleurs, adolescents, retraités ou handicapés. 

Jeudi dernier, la vérificatrice générale a été cinglante à l’égard de la gestion du programme. 

« Nous avons [...] constaté que, vu l’information dont disposait l’Agence du revenu du Canada, elle aurait pu adopter un contrôle de détection des demandes suspectes dès le lancement de la prestation », a-t-elle relevé. 

Selon son rapport, au moins 30 000 demandes frauduleuses ont été détectées entre la mi-mai et le 30 novembre dernier. Ce n’est peut-être que la pointe de l’iceberg.

Graves erreurs

Vrai, il fallait aider rapidement nos concitoyens qui avaient perdu leur emploi dès le début de la crise. Quelque 8,9 millions de Canadiens ont reçu près de 74 milliards de dollars via la PCU.

Mais la vétusté des systèmes informatiques du gouvernement, couplée à l’absence d’un minimum de vérifications, a transformé ce programme d’aide en bar ouvert pour les fraudeurs.  

Facile d’obtenir l’aide

Ottawa aurait dû se garder une gêne avant d’insister sur le fait que le processus de réclamation était extrêmement simple... Parce que justement, il était beaucoup trop facile à arnaquer. Pas besoin d’un bac en génie informatique pour frauder, seulement quelques renseignements personnels facilement accessibles par un groupe mal intentionné, comme un gang de rue, et le tour est joué ! 

Et si le premier ministre était lui-même victime d’une telle fraude ? Après tout, personne n’est à l’abri. Je ne suis pas certain qu’il aurait envie de passer 200 heures à régler un dossier au téléphone. Ce qui est la réalité de milliers de Canadiens !