/misc
Navigation

Les Maisons des aînés et «l’explosion de la caisse»

Marguerite Blais
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin « Il n’y a rien de trop cher pour nos aînés actuellement. » – Marguerite Blais

Coup d'oeil sur cet article

Un « Québec gris » : le péquiste Martin Ouellet a choisi cette image énigmatique pour décrire le budget 2021-2022.

Il voulait sûrement dire conservateur, peu imaginatif, ce que plusieurs ont du reste reproché au travail du ministre des Finances, Eric Girard.

Mais « gris » pourrait aussi faire référence aux personnes âgées.

Car dans l’avalanche de chiffres dévoilés jeudi, il faut souligner l’appui renouvelé et accru au concept de « Maison des aînés ».

Le gouvernement y investira 2,6 milliards de dollars d’ici 2022-2023. D’ici 2022, c’est 3044 places qui seront développées. Un peu plus que la promesse initiale de 2600.

Pari critiqué

Le pari est ambitieux et très critiqué par les oppositions qui demandent carrément un arrêt de ce projet considéré trop coûteux, centré sur le béton et non sur les soins à domicile.

À QUB radio, mercredi, Marguerite Blais, ministre responsable des Aînés, s’indignait : « On dirait qu’on est né pour un petit pain, on dirait qu’on n’est pas capable d’avoir de l’ambition au Québec ! »

Depuis des années, on a fortement critiqué la manière dont on traite nos vieux dans les résidences. (Excluons les dérapages de la pandémie, pour lesquels Mme Blais a finalement accepté une part de responsabilité.)

La ministre dit qu’enfin, un gouvernement s’attaque à ce problème : « Ce ne sont pas des maisons de luxe, une personne possédant une chambre, une douche, appelez-vous ça du luxe ? »

Dans le passé, souligne-t-elle, le Québec a eu la « grande ambition » de réaliser les Centres de la petite enfance. « On voit que ça a porté [ses] fruits. » Les Maisons des aînés sont de la même catégorie, plaide-t-elle.

Quand on lui demande si les Maisons des aînés sont trop chères, Mme Blais répond : « Il n’y a rien de trop cher pour nos aînés actuellement. »

Exploser

Les Maisons des aînés, c’est « un concept brillant », admettait l’économiste Pierre Fortin, à QUB radio, jeudi, mais il faudrait « éviter que ça fasse exploser la caisse » !

Améliorer la qualité des soins et la beauté des aménagements est à ses yeux une excellente chose, mais cela peut coûter cher.

Fortin a rédigé, à titre de bénévole, un rapport pour l’entreprise Medifice, qui exploite des bâtiments dans le secteur de la santé.

Il écrit que les Maisons des aînés feront « aug-
menter le coût direct de construction par lit de 40 %, soit de 362 500 $ à environ 500 000 $ ». Peut-être même 600 000 $, ajoutait-il en entrevue.

L’État, au lieu de construire et d’être propriétaire, devrait conclure des partenariats avec des privés. Comme locataire, il ferait d’importantes économies : le coût de construction par lit chuterait : entre 210 000 $ et 300 000 $, soutient l’ancien prof à l’UQAM.

Selon les prévisions démographiques, il aurait fallu développer 2600 places en hébergement pour personnes âgées chaque année, non pas en quatre ans ! « On est déjà quatre fois en retard sur la vitesse à laquelle il faut procéder. »

Il faut à son sens trouver une manière de réduire les coûts, car viendra un temps où l’État pourrait être contraint de réduire le taux d’hébergement. On aurait alors « des pénuries épouvantables, comme on est en train d’en avoir dans les Centres de la petite enfance ».

Appelons ça le dilemme du CPE.