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Un polar historique troublant

Fabiano Massimi
Photo courtoisie Fabiano Massimi

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Si on pensait qu’il n’y avait plus grand-chose de nouveau à raconter sur Hitler, l’Italien Fabiano Massimi se charge de nous prouver le contraire avec L’ange de Munich, qui dévoile un épisode de sa vie assez peu connu.

Munich, 19 septembre 1931. Dans un immeuble du très chic quartier de Bogenhausen, le cadavre d’une jeune femme vient d’être découvert, un pistolet Walther PPK à ses côtés. À première vue, tout porte à croire qu’elle s’en serait servi pour se tirer une balle dans la poitrine. Et pour corroborer cette version des faits, la chambre à coucher dans laquelle son corps a été retrouvé était fermée à clé de l’intérieur. Était, parce que la serrure a depuis été forcée. 

En temps normal, face à tant d’évidences, l’enquête aurait sûrement été bouclée sur-le-champ. Mais ici, il n’y a absolument rien de normal. À commencer par l’appartement où tout s’est joué. Roulement de tambour, il appartient à nul autre que Adolf Hitler. Et devinez ce qui lui appartient aussi ? Eh oui, le pistolet. Quant à la victime, Angela « Geli » Maria Raubal, elle était rien de moins que sa chère nièce adorée. 

Avec un Hitler sur la sellette, c’est à se demander pourquoi à peu près personne n’a entendu parler de cette affaire avant que l’Italien Fabiano Massimi n’en tire le roman policier L’ange de Munich.

« Moi aussi je ne la connaissais pas, explique Fabiano Massimi, qu’on a pu joindre au téléphone chez lui, à Modène. Du moins, jusqu’en juillet 2018. Cet été-là, j’ai lu Munich de Robert Harris, un roman historique qui se penche sur les jours qui ont précédé les accords de Munich et qui, à un moment, mentionne l’existence de Geli et de sa chambre, conservée comme un mausolée. Ce moment, il a changé ma vie. J’ai toujours voulu écrire, mais il y a déjà tellement de bons livres que je me disais : “Pourquoi en écrire un de plus ?” J’ai donc toujours cherché une raison valable de le faire et grâce à Geli, je l’ai trouvée. Je ne savais rien d’elle et en posant la question autour de moi, je me suis rendu compte que j’étais loin d’être le seul. Alors j’ai voulu raconter son histoire pour qu’elle ne soit pas oubliée, pour que Geli ne soit plus complètement effacée de l’Histoire. »

Un destin écourté

Dans la « vraie vie », Fabiano Massimi est bibliothécaire. Ce qui veut dire qu’il est capable de trouver à peu près tout ce qu’il veut dans les livres. « En quelques mois, j’ai ainsi pu récolter énormément d’informations sur Geli, faire des liens et établir une chronologie, précise-t-il. À l’heure actuelle, j’ai probablement plus de livres sur Geli que n’importe qui au monde ! Ça a été très dur pour mon épouse, car durant tout ce temps, ce n’était que Geli ci, Geli ça. J’étais complètement obsédé par elle ! Geli était une femme fascinante, et elle le savait. D’ailleurs, de son vivant, beaucoup de gens l’enviaient. Mais à cause de l’amour ambigu que son oncle Adolf lui portait, elle vivait dans une cage dorée et avait compris que jamais il ne la laisserait partir avec un autre. »

Si on lui en avait laissé le temps, Geli aurait donc peut-être trouvé le moyen d’échapper à la vigilance des sbires d’Hitler pour aller rejoindre à Vienne son petit ami Emil Maurice, qui aurait été l’un des premiers membres du parti nazi. « C’est vraiment triste parce que ces deux-là s’aimaient, ajoute Fabiano Massimi. On a une lettre qui l’atteste. » 

Mais tel qu’on le sait déjà, Geli va mourir le 19 septembre 1931. Elle n’avait que 23 ans. Et pour celles et ceux qui se le demandent, Hitler était absent au moment des faits.

Entre fiction et réalité

En gros, presque tout ce qu’on peut lire dans L’ange de Munich est vrai. « Si on se fie aux documents, beaucoup de choses bizarres se sont produites après la mort de Geli, poursuit Fabiano Massimi. Il n’y a pas eu d’autopsie, sa dépouille a été envoyée à Vienne sans motif valable, toutes les photos prises par les enquêteurs ont brûlé dans un incendie... C’est comme si on avait cherché à la faire disparaître une deuxième fois. » 

Pour tenter de faire la lumière sur cette affaire, le commissaire Siegfried Sauer et son adjoint Helmut Forster ont rapidement été mandatés. Tous deux de la police criminelle de Munich, ils ont réellement existé et réellement enquêté sur la mort de Geli. Grâce à Fabiano Massimi, on pourra ainsi les voir à l’œuvre... et voir aussi à quel point l’époque était aux mensonges et aux faux-semblants. 

Il en résulte un polar palpitant qui, en plus de rendre enfin justice à Geli, nous en apprend beaucoup sur le futur Führer. 

L’ange de Munich<br/>
Fabiano Massimi<br/>
Éditions Albin Michel<br/>
560 pages
Photo courtoisie
L’ange de Munich
Fabiano Massimi
Éditions Albin Michel
560 pages