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Affaire Attaran: un double manquement éthique

Affaire Attaran: un double manquement éthique
Photo d'Archives, Agence QMI

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Les récents propos du professeur Amir Attaran voulant que le Québec, son gouvernement et bon nombre de ses citoyens soient racistes, ainsi que le refus par l’Université d’Ottawa de condamner ces propos, ont été analysés sous divers angles.

L’une des perspectives qui méritent d’être empruntées est l’éthique, qui consiste à déterminer quelles valeurs sont en jeu et trouver un équilibre justifiable.

  • Écoutez l'entrevue de Gabrielle Lemieux, éthicienne, avec Sophie Durocher sur QUB Radio :

Trouver l’équilibre

Le professeur Attaran a publié ses déclarations polarisantes sur les réseaux sociaux, plus précisément sur Twitter. S’appuyant sur ce fait, le recteur de l’Université, M. Jacques Frémont, a refusé de sanctionner le professeur et de condamner ses propos. Le professeur aurait agi en son nom et hors des murs de l’Université : son employeur serait donc incapable de justifier une sanction. Faux.

Tout employé a une obligation de loyauté envers son employeur, laquelle s’accompagne d’un devoir de réserve. Ces principes sont un pilier de la relation de confiance devant unir employeur et employé et continuent à s’appliquer à l’extérieur du cadre du travail. 

Il s’agit d’équilibrer ces obligations avec la liberté d’expression dont jouit tout citoyen. Celui qui, comme le professeur Attaran, ne cherche ni ne respecte cet équilibre manque gravement à ses obligations éthiques. 

De surcroît, le pseudonyme utilisé par le professeur Attaran sur Twitter est @profamirattaran et comprend, dans la description du profil, une référence claire à son lien d’emploi avec l’Université d’Ottawa. Cette association vient ébranler l’argument voulant qu’Attaran n’ait publié ses propos qu’en son nom personnel. 

Les valeurs organisationnelles 

Pour trouver un équilibre dans cette situation, les valeurs organisationnelles de l’Université d’Ottawa devraient nous servir de point de repère. 

L’histoire et le contexte spécifiques aux universités nous indiquent l’importance qu’elles soient autonomes par rapport à la société et que les membres de la communauté universitaire profitent d’une liberté académique considérable. C’est pourquoi la liberté académique est une valeur fondamentale de l’Université d’Ottawa. 

Mais ce n’est pas la seule. Dans la tourmente, le recteur Jacques Frémont a d’ailleurs référé à d’autres valeurs organisationnelles : rigueur, nuance, tolérance. Comment alors déclarer qu’une seule valeur prime et primera toujours sur toutes les autres ? On semble vouloir éviter la sérieuse réflexion éthique qui s’impose et c’est un autre grave manquement à ses obligations institutionnelles.

Un raisonnement malheureux

Ce manquement institutionnel de l’Université d’Ottawa s’additionne d’un raisonnement douteux. En effet, comment soutenir à la fois qu’aucune sanction n’est possible parce que les propos ont été tenus sur les réseaux sociaux et que la liberté académique excuse de tels propos ? Au final, c’est un raisonnement fort malheureux, car il mine la confiance de la communauté et de la population envers l’Université d’Ottawa.

Affaire Attaran: un double manquement éthique
Photo courtoisie

Gabrielle Lemieux
Maîtrise en administration publique
Éthicienne
Montréal