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Carne y Arena: une expérience saisissante

Carne y Arena
Photo courtoisie, Centre Phi L’expérience immersive Carne y Arena transporte le spectateur dans le désert qui sépare le Mexique et les États-Unis, aux côtés d’un petit groupe de migrants.

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Après avoir fait sensation au Festival de Cannes en 2017, l’œuvre immersive de réalité virtuelle Carne y Arena est présentée à l’Arsenal art contemporain de Montréal jusqu’au 11 juillet. Le Journal a eu la chance de visiter cette installation conceptuelle hors du commun, qui plonge le spectateur dans le désert de Chihuahua, aux côtés de migrants qui tentent d’entrer clandestinement aux États-Unis.

Le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu pendant le tournage de <i>Carne y Arena</i>.
Photo courtoisie, Centre Phi
Le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu pendant le tournage de Carne y Arena.

On nous avait prévenus que la visite de l’installation Carne y Arena, conçue par le cinéaste mexicain Alejandro González Iñárritu (Birdman, Le Revenant), offrait une expérience unique qui n’a rien à voir avec ce qu’on a l’habitude de voir en réalité virtuelle. On ne s’attendait toutefois pas à être aussi bouleversé par cette immersion saisissante dans la réalité d’un petit groupe de migrants du Mexique et d’Amérique centrale qui tente de traverser la frontière américaine. 

L’expérience débute dans une sorte de chambre froide où l’on nous demande d’enlever nos souliers et nos chaussettes. Le plancher est glacial. Des chaussures usées à la corde qui ont été retrouvées dans le désert ont été déposées dans la pièce. Pendant de longues minutes, on se surprend à imaginer le parcours douloureux de ces migrants qui ont dû abandonner leurs souliers (et probablement bien plus), pendant leur traversée du désert. Puis, un signal sonore nous invite à nous diriger vers la pièce suivante.

Nous voilà ensuite dans un grand espace sombre, revêtu de sable. Un employé nous accueille pour nous remettre les lunettes de réalité virtuelle, des écouteurs et un sac à dos. En l’espace de quelques secondes, nous voilà plongés au cœur du désert en compagnie des migrants. Des bruits d’hélicoptères se font bientôt entendre, puis des soldats américains surgissent de l’ombre en pointant leurs fusils en notre direction. L’effet est saisissant. Nous ne faisons pas qu’assister à cette scène d’arrestation violente. Nous sommes là, dans le désert, au milieu des migrants terrifiés. 

Après avoir vécu ce choc, nous sommes finalement invités à parcourir la troisième et dernière pièce de l’installation, un grand corridor dans lequel on peut prendre le temps de lire et de visionner les témoignages d’une dizaine de migrants qui ont été interviewés pour la réalisation de cette œuvre. 

De Cannes à Montréal

C’est au Festival de Cannes, en mai 2017, que Myriam Achard, du Centre Phi, a découvert pour la première fois l’installation Carne y Arena. L’expérience l’a bouleversée, même si elle baigne depuis longtemps dans le domaine de la réalité virtuelle.

« J’ai pleuré pour la première fois avec un casque de réalité virtuelle quand j’ai vu cette œuvre, témoigne-t-elle. Pour moi, ç’a été un moment très fort. Ce que cette création m’a fait vivre, c’est que je suis passée en quelques secondes de spectatrice d’un groupe de gens qui se déplacent dans le désert au sentiment d’être avec eux. La première fois que j’ai vu Carne y Arena, je me suis jetée par terre. Il y a peu d’œuvres en réalité virtuelle qui m’ont fait vivre cela. » 

Myriam Achard s’est aussitôt donné la mission de faire venir cette exposition à Montréal. Première étape : réussir à entrer en contact avec Alejandro González Iñárritu : « Après des mois à essayer de lui parler, on a réussi à inviter quelqu’un de son équipe à venir voir ce qu’on faisait au Centre Phi, à Montréal, relate-t-elle. Cette personne-là a aimé ce qu’elle a vu et s’est proposé de devenir notre ambassadeur auprès d’Alejandro. Quelques semaines plus tard, il nous a rappelés pour nous proposer d’aller rencontrer Alejandro. L’entretien devait durer 30 minutes, mais on est finalement restés plus d’une heure et demie avec lui. À la fin de l’entretien, il nous a dit : j’ai confiance. Je sais que vous allez bien faire les choses et prendre soin de mon œuvre. »

Carne y Arena
Photo courtoisie, Centre Phi

Moins d’une dizaine de villes ont eu la chance d’accueillir Carne y Arena jusqu’à maintenant. Après avoir été dévoilée à Cannes, l’installation originale a été présentée à Milan, Amsterdam, Mexico, Los Angeles et Washington. La nouvelle version de l’œuvre, optimisée par le Centre Phi, a été lancée à Denver l’automne dernier. Montréal est sa seconde escale. 

« On est en discussion avec de nombreuses villes à travers le monde, au Canada et au Québec, indique Myriam Achard. Ça serait extraordinaire de pouvoir présenter l’exposition dans au moins une autre ville au Québec pour ensuite pouvoir sortir de la province et aller ailleurs au Canada. Les États-Unis, l’Europe et l’Asie vont suivre. On travaille sur un horizon de cinq ans. » 


♦ Carne y Arena est présenté par le Centre Phi à l’Arsenal art contemporain depuis le 17 mars. L’installation affiche déjà complet jusqu’à la fin juin. Des supplémentaires ont récemment été ajoutées jusqu’au 11 juillet.