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Cruauté à domicile

<strong><em>Dans les pas d’une poupée suspendue</em><br>Frédérick Durand</strong><br>Tête première<br>272 pages
Photo courtoisie Dans les pas d’une poupée suspendue
Frédérick Durand

Tête première
272 pages

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Le titre annonce le programme et la couverture donne l’ambiance : on aura de vrais frissons en lisant Dans les pas d’une poupée suspendue.

Frédérick Durand, professeur de littérature et auteur prolifique, dit de son dernier roman que c’est un thriller en surface. Ce qui compte est dessous, soit la psychologie du personnage central, le jeune Robert Vallet.

Mais les images portées par Dans les pas d’une poupée suspendue sont si fortes, voire dérangeantes, qu’on est d’abord saisi par l’histoire cauchemardesque qui est racontée.

Robert, adolescent attardé et pas très beau, étouffé par sa mère maintenant décédée, hérite à sa grande surprise de la résidence de son oncle Hervé – pas tellement plus vieux que lui. 

Hervé, 33 ans, vient de mourir subitement. Dès son adolescence, c’était déjà un gars particulier, attiré par le macabre et l’érotisme sadique, comme l’avait constaté le petit Robert qui avait fouillé dans ses affaires.

Après avoir gagné une fortune considérable à la loto, Hervé s’était détaché de sa famille. Mais en rédigeant son testament peu de temps avant sa mort, il s’est souvenu de son neveu.

Une vaste maison, à l’architecture complexe, attend donc celui-ci, avec une demande de l’oncle : ne pas la vendre avant de l’avoir parcourue de la cave au grenier.

Robert va découvrir là une espèce de musée des horreurs : des sculptures, des tableaux, des livres consacrés à ce que l’humain peut concevoir de plus effroyable, sans oublier les masques, les crânes, les instruments de torture... Les descriptions de Frédérick Durand sont précises et foisonnantes.

Ce sont pourtant les phrases les plus sobres qui portent. Après tant d’atroces détails, un simple « C’est à ce moment qu’il entendit la porte se refermer » fait sursauter. Durand, qui connaît les astuces littéraires, sait distiller ses effets.

Il pousse aussi les lecteurs, et les lectrices en particulier, au malaise. L’oncle Hervé se délectait des fantasmes sexuels asservissant les femmes et ils ne nous sont pas épargnés. Robert est à la fois attiré et rebuté par ce qu’il découvre.

Mais il reste dans la maison, en se répétant de calmer son imagination : ne s’agit-il pas que d’un simple décor mis en place par un oncle extravagant ?

Le meilleur du pire

Et puis même si l’esprit des lieux est bien malsain, qu’est-ce qui l’attend sinon ? Retourner comme commis au supermarché où son patron le houspille et l’intimide, et où les employés, surtout les deux jolies caissières, se moquent de lui ? Retrouver son appartement minable, son quotidien terne et sans horizon ? Ce contraste est bien mis en scène par l’auteur.

C’est ainsi qu’en dépit de ses résistances, Robert se laisse prendre par les sortilèges de l’endroit. On va ainsi plonger dans l’autre face du jeune homme intimidé et insignifiant. 

Et comme lui devant la curieuse maison, on est tiraillé entre la curiosité et la répulsion envers ce troublant roman. Son propos est trop cruel pour plaire à tous, mais pour qui aime le genre, ça marche. Terriblement.