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Félix «achète» la compagnie

Auger-Aliassime
Photos courtoisie Félix Auger-Aliassime arbore l’écusson de A3 Surfaces. En mortaise, le Dr Guy Leblanc, vice-président et porte-parole de l’entreprise.

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À l’époque, la publicité avait fait un malheur. Victor Kiam, le président de Remington, avait tellement aimé les rasoirs qu’il avait acheté la compagnie.

Félix Auger-Aliassime n’est pas Victor Kiam. Il le fait plus discrètement, mais au lieu de se faire payer en cash par la compagnie A3 Surfaces pour afficher son écusson sur sa manche droite, il a investi son cachet et plus dans l’entreprise de Chicoutimi. 

L’histoire est complètement, totalement, absolument et spectaculairement invraisemblable. 

N’empêche que vendredi à Miami, avant son match dans ce grand tournoi à un pas d’un Grand Chelem, il a pris le temps d’envoyer une photo au docteur Guy Leblanc, un des gros actionnaires de A3S. Avec l’écusson sur la manche, bien entendu. Après tout, c’est maintenant un peu la compagnie de Félix.

UNE DÉCOUVERTE... AU CÉGEP

Vous ne comprenez rien à l’histoire ? C’est normal. C’est trop capoté. 

Elle commence au cégep de Jonquière. Trois étudiants suivaient un cours en technologie de transformation de l’aluminium. C’était il y a une douzaine d’années.

Maxime Dumont, Jocelyn Lambert et Jean-Denis Côté ont découvert comment rendre l’aluminium antimicrobien.

« C’est comme trouver une aiguille dans un gros tas de foin. Ça ne se peut presque pas », raconte le docteur Guy Leblanc, le vice-président et porte-parole de A3S. 

Le docteur Leblanc est chirurgien maxillo-facial. Bref, il reconstruit des visages après un accident ou une maladie qui laisse des séquelles graves. 

Avec son ami le notaire Jean-Pierre Collard, ils ont repris le travail acharné des trois inventeurs du procédé de transformation de l’aluminium. Ils avaient tenté l’aventure avec ECOGENE-21, un organisme à but non lucratif, et progressé dans les batteries de tests menant à l’obtention d’un brevet protégeant leur incroyable découverte. Jean-Denis Côté a abandonné pendant ces étapes, mais les deux autres anciens cégépiens ont poursuivi.

Ils sont aujourd’hui actionnaires de A3 Surfaces, dont l’usine va entrer en activité à Chicoutimi en juin.

POIGNÉES DE PORTE, RAMPES ET jets

Ce sont des Bleuets. Donc, tout est plus grand et plus gros. Mais les faits ne mentent pas. Leur produit permet de fabriquer des poignées de porte en aluminium qui n’ont pas besoin d’être désinfectées. Ou des rampes dans les aéroports. Ou des murs et des meubles dans les hôpitaux, comme c’est déjà le cas dans une chambre expérimentale à l’hôpital de Chicoutimi.

« Désinfecter la chambre d’un patient ayant eu la C. difficile peut demander huit heures. Notre chambre est prête en 20 minutes. Notre aluminium détruit germes, microbes, bactéries et virus », explique le docteur Leblanc.

Il explique qu’il y a 12 millions de paniers et de carrosses pour l’épicerie ou le Costco au Canada. C’est simple. Rien que fabriquer l’aluminium pour ces 12 millions de poignées est un défi. Mais on ne pourrait pas attraper de grippe, d’influenza, de diarrhée sur des poignées mal nettoyées comme ce fut toujours le cas au pays. Y pensez-vous deux minutes ?

Malheureusement, c’est l’Europe qui recevra les premières livraisons en juin. Santé Canada s’est mêlé dans ses programmes et la chatte a de la misère à trouver ses chatons. Il y a deux grands secteurs à Santé Canada pour ce genre d’invention. Au début, on a classé l’aluminium antimicrobien dans la section médicaments et instruments médicaux, puis, à cause du procédé, dans ARLA, spécialisée dans les pesticides.

DES VACHES DANS LE CHAMP

Le Dr Leblanc se mord la langue pour ne pas nuire à ses relations avec Santé Canada. Mais d’autres ne cachent pas leur exaspération. Grosso modo, en passant d’instruments médicaux à pesticide, fallait s’assurer que les vaches ne soient pas affectées si elles léchaient une pelle d’aluminium dans un champ. Bien entendu, c’est une figure de style. La pelle est peut-être imaginaire.

Mais les choses s’accélèrent maintenant avec les fonctionnaires... surtout qu’un comptoir en aluminium de A3 Surfaces est efficace contre le coronavirus. Voyez le genre.

J’ai promis de ne pas nommer les entreprises. Mais un énorme fabricant d’avions a déjà contacté les Bleuets à six reprises. Sans parler d’un constructeur de bateaux de croisières européen qui n’arrête pas de s’informer de la progression de l’usine. 

En fait, ça va trop vite. Mais en même temps, le moment de faire connaître l’entreprise sur la planète semble propice. La COVID a fait prendre conscience de l’importance de désinfecter tout ce qu’on touche. 

GRÂCE À HÉLÈNE PELLETIER

Le Dr Leblanc et ses partenaires cherchaient donc un moyen d’y arriver. Les porte-paroles québécois d’envergure internationale ne courent pas les rues. Il y a Lance Stroll, Céline Dion, il y avait Georges St-Pierre et, surtout, il y a Félix Auger-Aliassime. 

Le tennis est un sport propre. Écologique. Félix est jeune, intelligent et porte deux continents en lui, en plus d’être un résident de Monaco. Il était l’idéal recherché. 

Quelqu’un de A3 S connaissait quelqu’un qui connaissait quelqu’un qui connaissait Hélène Pelletier. Généreuse et serviable comme toujours, Hélène Pelletier a passé le mot à Bernard Duchesneau, conseiller d’affaires et surtout grand maître en communication pour Félix.

Le jeune homme a tellement aimé l’idée et le projet qu’il a voulu aller plus loin que de simplement porter un écusson sur la manche. Même si certaines compagnies européennes étaient prêtes à payer plusieurs centaines de milliers de dollars pour s’afficher sur un jeune 20e au monde. 

Au bout du compte, Félix a investi de son argent, arbore l’écusson et, bientôt, les poignées de porte seront antimicrobiennes dans les avions, les bateaux, les hôpitaux... et chez Félix.

Complètement capoté.

DANS LE CALEPIN | J’ai lu le texte de Mathieu Boulay hier. J’étais inquiet de ce qui se passait et surtout ne se passait pas à la Régie des alcools, des courses et des jeux. Je suis maintenant très inquiet. En fait, très inquiet est déjà un euphémisme...