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Inquiétante augmentation des cas graves d’anorexie

Les consultations ont doublé et plusieurs cas nécessitent une hospitalisation urgente

Dre Holy Agostino
Photo Chantal Poirier Comme plusieurs spécialistes, la directrice du programme des troubles alimentaires à l’Hôpital de Montréal pour enfants, la Dre Holly Agostino, a constaté que les cas graves d’anorexie ont explosé depuis le début de la pandémie.

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L’inquiétude monte chez les spécialistes des troubles alimentaires qui voient une explosion de cas graves d’anorexie menant jusqu’à l’hospitalisation.

« On voit vraiment beaucoup de jeunes [18 ans et moins] très malades qu’on ne peut même pas aider et qu’on doit obligatoirement référer vers l’hôpital parce que les enjeux de santé sont trop élevés. Avant, c’était rare de voir des jeunes dont l’état de santé se détériore aussi rapidement », s’inquiète Myriam Trudel, directrice générale de l’organisme communautaire la Maison L’Éclaircie, qui vient en aide aux personnes vivant avec un trouble alimentaire.

Depuis le début de la pandémie, les nouvelles consultations liées à des troubles alimentaires ont considérablement augmenté au Québec.

Alarmant

À l’Hôpital de Montréal pour enfants, la liste d’attente pour voir un spécialiste est passée de 6-8 semaines à 4 mois depuis le début de la crise sanitaire, tandis qu’à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas cette attente peut aller maintenant jusqu’à 10 mois pour les patients stables.

Mais ce qui alarme le plus, c’est de voir l’état inquiétant des patients à leur arrivée à l’hôpital, explique la directrice du programme des troubles alimentaires de l’Hôpital de Montréal pour enfants, la Dre Holly Agostino.

« Le nombre de personnes admises tout de suite à l’hôpital, dès la première consultation en clinique, a triplé dans les derniers mois, et on admet les patients seulement quand le cœur est tellement affecté qu’on pense qu’il y a un risque de crise cardiaque ou d’anémie », affirme la Dre Agostino pour qui c’est du « jamais-vu ». 

Habituellement, son établissement accueille une centaine de nouveaux cas par année. Avec la pandémie, ce nombre a doublé, ajoute-t-elle.

Même chose au Centre intégré en troubles de la conduite alimentaire (CITCA) du CHU Sainte-Justine qui est saturé, indique au média UdeM Nouvelles le pédiatre Olivier Jamoulle, chef de la section de la médecine de l’adolescence au centre hospitalier mère-enfant.

« La problématique frappe toutes les régions du Québec. L’augmentation marquée des cas graves d’anorexie est en hausse un peu partout », soutient celui qui est aussi professeur à l’Université de Montréal.

Du côté de l’Institut Douglas, on note une augmentation d’environ 20 % des requêtes d’aide, estime le chercheur et chef du Continuum des troubles de l’alimentation Howard Steiger.

« Ce qui est le plus frappant, c’est qu’il y a une croissance très importante des gens atteints de formes très sévères d’anorexie, à tel point que [cela] nécessite une hospitalisation urgente », indique-t-il. Selon ce dernier, les adolescents comme les adultes sont touchés. Malgré les délais, le Dr Steiger rappelle que les gens très vulnérables seront toujours vus très rapidement et qu’il ne faut pas attendre pour demander de l’aide.

Demande croissante

À l’organisme Anorexie et Boulimie Québec (ANEB), on enregistre une hausse de 131 % de la demande en seulement un an, selon Josée Lavigne, responsable du volet éducation et prévention de l’organisation.

« On voit des rechutes, des jeunes, des personnes plus âgées. On a dû augmenter nos offres de services, on a dû adapter nos heures de services, les groupes de soutien aussi », explique Mme Lavigne, qui s’inquiète du manque de ressources. 

Les proches ont besoin de soutien 

Les demandes d’aide des proches de personnes ayant des troubles alimentaires ont bondi, allant jusqu’à tripler depuis le début de la pandémie, selon plusieurs organismes.

« Chez nous, les demandes d’aide des proches ont vraiment explosé ! En fait, ça a carrément triplé en une année », soutient Myriam Trudel, directrice générale de l’organisme la Maison L’Éclaircie, qui vient en aide aux personnes vivant avec un trouble alimentaire.

Selon cette dernière, c’est principalement dû au fait que le portrait des personnes qui souffrent de ce genre de problèmes a changé, qu’ils sont de plus en plus rejoints par l’entourage.

« On a pu constater que dans les derniers mois, ce sont plus des jeunes qui en souffrent, donc de là la préoccupation des proches », ajoute-t-elle.

Du côté de l’organisme Anorexie et Boulimie Québec (ANEB), le constat est le même.

« On reçoit beaucoup, beaucoup d’appels de parents, de grands-parents, d’amis, de professeurs ou même de voisins qui s’inquiètent, et c’est important qu’on les guide dans tout ça, parce que ça peut être assez lourd. Surtout pour un parent qui a un enfant ou un ado à la maison qui a un trouble alimentaire », explique Josée Lavigne, responsable du volet éducation et prévention de l’organisation.

Nathalie St-Amour, psychologue et directrice de la Clinique St-Amour, un centre spécialisé de traitement des troubles de l’alimentation, abonde dans le même sens.

« On oublie souvent que les proches, eux aussi, trouvent ça difficile parce qu’il y a beaucoup de sentiment d’impuissance [...] quand une personne qu’on aime souffre de troubles alimentaires », ajoute-t-elle.

Soutien

Pour les soutenir, les organismes et cliniques fournissent de l’information et essaient d’éduquer sur les troubles alimentaires afin que les proches puissent mieux comprendre et accompagner leur enfant en attendant l’aide spécialisée.

D’ailleurs, la demande est telle en ce moment, que les organismes ont aussi dû augmenter leurs services.

« On offre des groupes de soutien, de l’intervention individuelle, de l’écoute et aussi un groupe éducationnel, et il y a vraiment une très forte demande », détaille la directrice de la Maison L’Éclaircie.