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La force de la différence

Eddy de Pretto
Photo courtoisie, Marie Schuller Eddy de Pretto

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« Chelou », « pédé », « étrange », « moche »... Ces mots utilisés par les détracteurs d’Eddy de Pretto pour le décrire – ou plutôt, le dénigrer – l’ont longtemps blessé. Mais plus aujourd’hui. Car le chanteur français a choisi de se les réapproprier afin de célébrer sa différence avec son nouvel album, À tous les bâtards. « Il y a quelque chose de très fort à apprendre à se délecter des termes qui nous ont tant fait souffrir », explique-t-il. 

Sa différence, Eddy de Pretto l’assume entièrement. Il la chérit, la célèbre. Et il invite ses fans à faire la même chose, avec l’hymne Freaks, chanson où est prononcé le titre de son deuxième album.

Ces « bâtards », ce sont tous les gens marginalisés, ostracisés, les laissés-pour-compte. Ceux dont la différence fait réagir ou dérange, même. Alors non, le terme n’a ici rien de péjoratif. Au contraire, il est utilisé avec compassion, voire avec tendresse. 

« Cette différence, c’est en fait une beauté. C’est quelque chose de fort, quelque chose qui mérite d’être célébré. Ou plutôt, quelque chose qui se doit d’être célébré », souligne Eddy de Pretto en entretien au Journal

Le cheminement, il ne le cache pas, a été progressif. En fait, Eddy de Pretto ne croit pas qu’il aurait été prêt à revendiquer ainsi sa différence à l’époque de son premier album, Cure, lancé en 2018. Mais le succès monstre qu’il a connu de part et d’autre de l’Atlantique (il s’est à l’époque produit à Montréal à trois reprises en moins d’un an), doublé de l’affection des fans, lui a donné la confiance nécessaire pour porter la démarche plus loin. Ce faisant, son franc-parler et sa transparence ont rapidement fait de lui le porte-parole de tous ces « bâtards » qu’il affectionne. 

La voix des mal-aimés

Trop humble pour revendiquer lui-même ce titre, Eddy de Pretto semble l’accepter lorsqu’on le lui attribue. Car il ne le cache pas : ces gens trop souvent pointés du doigt méritent d’avoir une voix. Enfant des années 1990, le chanteur raconte avoir grandi à une époque où ces modèles excentrés brillaient par leur absence. 

« Jusqu’au début des années 2000, je voyais surtout des artistes hyper ressemblants, calqués les uns sur les autres. C’est pour ça que j’ai su que je devais me permettre cette liberté et cette transparence dans ma création. Je suis ravi de faire partie de ce discours hyper progressiste qui cherche à célébrer la différence et à faire tomber les tabous », explique-t-il. 

Ces tabous, il les attaque avec son verbe direct, brut et frontal. Pas question de prendre des détours ou d’édulcorer la réalité, ni même de ménager qui que ce soit. Il utilise cette même approche, quel que soit le thème abordé, de l’amour à sens unique aux dépendances en tout genre, en passant par la masculinité toxique, l’identité de genre ou encore le délit de faciès. 

Tout ça, servi dans un enrobage pop et hip-hop, forgé tant par l’influence de Frank Ocean et Jessie Reyes que par celle de Charles Aznavour, Jacques Brel et Barbara. 

Alors oui, le mot « différent » est probablement le meilleur pour décrire Eddy de Pretto. Et c’est très loin d’être une mauvaise chose. 


L’album À tous les bâtards est présentement en vente.