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Trois petits tours et puis... ne s’en vont pas encore

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Photo AFP Jeudi, des soldats afghans se dirigeaient vers un hélicoptère de l’armée de l’air afghane au camp militaire de Shorab à Lashkar Gah.

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Il y a des histoires d’amour qui collent à la peau, c’est bien connu. On savait moins qu’il y a des histoires de guerre tout aussi accaparantes. Tout est fait pour s’en débarrasser, s’en sauver, tourner la page et oublier. Pourtant, on n’y parvient pas. L’Afghanistan, c’est ça.

Ils sont connus, les défis militaires de Joe Biden sur la scène internationale. L’irrépressible montée en puissance de la Chine. L’Iran avec ses ambitions nucléaires et ses opérations déstabilisatrices au Moyen-Orient. La Corée du Nord, bien sûr, qu’il a décrite en conférence de presse jeudi comme sa principale crise de politique étrangère.

L’Afghanistan est du lot, mais aussi un peu à part. Plus personne ne voit de menaces sérieuses venir de ce côté-là de la planète et il faut qu’officiers et stratèges ressortent l’épouvantail d’Al-Qaïda pour qu’un peu d’attention soit accordée au retour des talibans au pouvoir à Kaboul.

Donald Trump, qui tenait à mettre un terme aux « guerres sans fin », s’était entendu l’année dernière avec ces fameux talibans : les forces de la coalition – au tiers, américaines – lèveront le camp le 1er mai, pourvu que vous assuriez que le territoire afghan ne sera pas utilisé par des groupes terroristes cherchant à s’en prendre aux États-Unis. Fuite un peu lâche, mais nécessaire après presque 20 années de présence militaire américaine.

La fin approche

Joe Biden est plus prudent que son prédécesseur, même s’il partage la même envie dévorante de terminer cet engagement de plus en plus difficile à justifier. Le problème, c’est qu’il ne reste que 34 jours d’ici au 1er mai, un laps de temps trop court pour rapatrier plus de 10 000 soldats de la mission « Resolute Support » de l’OTAN avec barda et armement.

Le président ne compte toutefois pas s’éterniser. « Pensez-vous que nous aurons encore des troupes là-bas l’an prochain ? » l’a-t-on interrogé en conférence de presse : « Je ne peux pas imaginer que ce sera le cas. » Reste à voir si les talibans auront la patience d’attendre sept autres mois. Pour l’instant, ils disent non et promettent de continuer leur « djihad contre les forces étrangères ».

À quoi bon ?

Les Américains comptent aussi, avant de partir, sur une entente de partage du pouvoir entre l’actuel gouvernement afghan et les talibans. Jusqu’à maintenant, les discussions n’ont abouti à rien. Selon le New York Times, rapportant des évaluations des services de renseignement américains, sans un tel accord, l’Afghanistan risque de tomber entre les mains des talibans à l’intérieur de deux ou trois années après le départ des forces internationales.

On recommence alors à craindre le pire pour les institutions démocratiques construites de peine et de misère, ainsi que pour les droits des femmes, des minorités religieuses et de la communauté LGBTQ+.

Sans compter la fragilité persistante des forces de sécurité afghanes, malgré des années d’entraînement, notamment par les Canadiens, et des milliards de dollars d’investissements. Il n’y aura pas de sortie honorable d’Afghanistan, c’est clair. Il est temps, malgré tout, de se faire une raison et de passer à autre chose. 

36 États au sein de la coalition internationale en Afghanistan  

Plus de 10 000 soldats, dont... 

  • États-Unis : 3500 
  • Allemagne : 1300  
  • Italie : 895 
  • Géorgie : 860 
  • Royaume-Uni : 750  
  • Roumanie : 619 
  • Turquie : 600   

TALIBAN 

(« Étudiants » en pachto, langue de la principale ethnie afghane)  

  • Au pouvoir en Afghanistan de 1996 à 2001
  • Chassés par les forces internationales après avoir hébergé Oussama ben Laden et les camps terroristes d’Al-Qaïda. 
  • Force actuelle estimée : entre 55 000 et 85 000 combattants 
  • Ils contrôlent 1/5 du pays.   

VINGT ANS DE GUERRE 

Un bilan humain terrible  

  • Coalition internationale – Pertes  

— États-Unis : 2355

— Royaume-Uni : 454

— Canada : 158

— France : 90

— Allemagne : 59 

  • 46 000 civils afghans 
  • 73 000 soldats et policiers afghans 
  • Des dizaines de milliers de talibans