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Facebook soutient ne pas connaître ses revenus annuels au Canada

La multinationale campe sur ses positions dans le dossier de la taxation des GAFAM

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Les représentants de Facebook au Canada étaient devant des élus des Communes, hier, et la rencontre de deux heures a commencé par un rappel à l’ordre.

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« Je suis un peu cynique face aux 8 millions $ d’aide aux médias canadiens que vous avez annoncés la semaine dernière », a lancé le premier intervenant, le député conservateur Kevin Waugh. « Je trouve que le timing est un peu ironique, alors que vous veniez ici ce matin », a-t-il ajouté. 

  • Écoutez la députée du Parti libéral Marwah Rizqy avec Benoit Dutrizac sur QUB Radio:

Le ton était donné. 

Vendredi, le géant du web a annoncé un « investissement » de 2,7 millions par année sur trois ans pour « soutenir l’industrie des médias » au Canada. La Bourse Facebook-La Presse Canadienne est ainsi prolongée jusqu’en 2024, entre autres. 

« Ils ont tiré une salve de relations publiques pour montrer une volonté de soutenir le journalisme et d’amadouer le législateur », croit Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Ces 8 millions s’ajoutent aux 10 millions déjà consentis par l’entreprise pour financer le journalisme au Canada depuis 2017. 

« Nous ne faisons pas un sou avec le contenu des médias », a tenu à répéter Kevin Chan, directeur mondial et chef des politiques publiques, hier, devant les députés du comité permanent du patrimoine canadien. La rencontre avait pour but de « discuter des relations de Facebook avec le gouvernement fédéral ». 

M. Roy estime à 210 millions par année les revenus tirés par Facebook de la présence du contenu journalistique sur la plateforme, ce que l’entreprise conteste.      

  • Écoutez l'entrevue de Geneviève Pettersen avec Jean-Hugues Roy, professeur à l’École des médias de l’Université du Québec à Montréal, sur QUB radio:    

Le modèle de l’Australie

Le ministre du Patrimoine, Steven Guilbeault, doit déposer un projet de loi sur la rémunération des médias par les géants du web ce printemps. 

Hier, un des députés les plus agressifs était son collègue libéral Anthony Housefather. 

« Comme vous ne pouvez rien nous dire d’important, j’ai l’impression qu’il va falloir agir comme l’Australie pour que Mark Zuckerberg [le PDG de Facebook] daigne venir nous parler », a-t-il lâché à l’intention de M. Chan en début de rencontre. 

Le député faisait référence à la stratégie australienne : obliger par une loi les géants du web à négocier avec les médias écrits afin de payer une « juste part » pour utiliser leurs contenus.

En février, Facebook a retiré tout le contenu des médias australiens de sa plateforme en représailles. Depuis, l’entreprise a rétabli le contenu et a signé des ententes, dont la valeur est inconnue, avec de nombreux médias australiens. 

  • Écoutez la chronique économique d’Yves Daoust, directeur de la section Argent du Journal de Montréal, sur QUB radio:   

D’ici deux mois, promis...

Le Canada devra choisir entre cette approche ou celle de la France, qui a plutôt décidé de taxer de 3 % tous les revenus des géants du web.

Mais pour ce faire, il faudrait d’abord avoir une idée précise des revenus de Facebook au Canada. Ce qui est impossible, puisque l’entreprise n’est pas légalement tenue de les dévoiler.

Hier, Kevin Chan a même dit aux députés du comité qu’il ne sait pas lui-même combien d’argent Facebook fait au Canada. S’ils veulent le savoir, a-t-il ajouté, ils n’ont qu’à changer les lois.

« Êtes-vous sérieusement en train de nous dire que vous n’avez aucune idée de vos revenus ? » lui a lancé le député Anthony Housefather.

« Exactement », a répondu M. Chan, avant d’ajouter que Facebook Canada était en processus d’accréditation avec l’Agence de Revenu du Canada. 

D’ici deux mois, a-t-il promis, les revenus de Facebook Canada seront connus de tous.

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