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Faut-il ostraciser Charlebois et Félix, M. Singh?

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« Qu’on utilise le mot “frog” ne me dérange pas », a lancé avec raison le chef péquiste Paul St-Pierre-Plamondon à Tout le monde en parle, dimanche.

Sur le même plateau, son homologue néo-démocrate Jagmeet Singh venait de faire une équivalence entre la célèbre insulte et le mot qui commence par « N ».

Il cherchait à se sortir des beaux draps dans lesquels son député Matthew Green l’avait mis, ce dernier ayant endossé les propos du professeur Amir Attaran, pour qui François Legault est un « suprémaciste blanc ».

Liberticide

Bien sûr, utilisé d’une certaine manière, le mot « frog » peut être blessant. Mais il a une charge beaucoup moins tragique que celle du mot commençant par « N ».

La logique de Jagmeet Singh voudrait qu’on bannisse le « mot en F » – comme il l’a dit pudiquement dimanche –, peu importe le contexte.

Même lorsque son usage est dénué de toute intention maligne. Et même lorsque récupéré de manière ironique par des francos.

C’est pourtant là « une des plus vieilles revanches humaines », expliquait Dany Laferrière l’automne dernier, dans la controverse autour du mot « nègre » : revendiquer un terme « qui pourrait être dérogatoire ou insultant ou qui pourrait vous diminuer » afin d’en faire précisément « votre identité ».

C’est ce qu’ont fait les « Queers » et nombre de Noirs, avait souligné Verushka Lieutenant-Duval, professeure à l’origine du débat, dans un cours à l’Université d’Ottawa.

Dans le monde de Jagmeet Singh, faudrait-il ostraciser Charlebois qui entonne « Frog Song » ? Ou Félix célébrant ces « crapauds » qui « chantent la liberté » ?

Le droit de s’insulter

Singh nous ramène à la logique du projet de loi prétendument contre les « discours haineux » de la libérale Stéphanie Vallée. Un texte liberticide qui aurait risqué de pénaliser toute critique d’une religion ou d’un groupe. Le gouvernement Couillard l’avait heureusement retiré.

La liberté d’expression est assaillie de toutes parts aujourd’hui. Paul St-Pierre-Plamondon lui-même cède à une tentation désolante : réclamer une intervention de la direction de l’Université pour que les discours québécophobes du professeur Amir Attaran « cessent ».

Laissons les professeurs s’exprimer, utiliser les mots qu’ils veulent ! Oui, ça peut être douloureux, mais on a le droit de s’insulter dans notre société. Dans certaines limites (incitation à la haine ou violence).

En se bornant à se dissocier des propos d’Attaran, le recteur Jacques Frémont a fait ce qu’il pouvait faire.

Dans l’autre affaire, celle de Lieutenant-Duval, il aurait dû défendre la liberté de la professeure de choisir ses mots, surtout qu’elle œuvrait dans un cadre pédagogique.

Frémont a commis un impair cette fois ; mais on n’annule pas une erreur en en commettant une autre.

Les propos d’Attaran sont abjects, bien sûr. S’il s’en était pris aux « musulmans », aux « gais », aux « autochtones » ou aux « juifs » avec la même virulence, l’Université aurait probablement sévi, bien sûr. Ça ne veut pas dire que ce serait légal ou opportun.

Par ailleurs, lorsque PSPP invoque la diffamation, celle-ci, dans notre droit, requiert une victime précise. Ce serait donc à lui (traité de « cerveau desséché »), ou à François Legault, de poursuivre Attaran en justice.

Ce serait assurément préférable à une demande de censure.