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Mes soirées à fuir l’anxiété pandémique

Serge Bouchard
Photo f'archives, Pierre-Paul Poulin Son livre Un café avec Marie sème des perles d’esprit et de cœur.

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Après plus d’un an de pandémie, une 3e vague frappe déjà. Les cas de variants de la Covid-19, plus contagieux encore, montent en flèche. Notre santé mentale en prend d’autant pour son rhume. L’anxiété pandémique est un fauve de plus en plus difficile à dompter. 

À chacun ses outils, lorsqu’on en trouve. Ces soirs-ci, après mes journées de télétravail et de mon deuxième shift quotidien de proche aidante, ma dose de calme, je la trouve dans le dernier livre de Serge Bouchard Un café avec Marie (Boréal).

Dans le silence, je plonge au hasard dans un des 70 courts textes signés de l’animateur et anthropologue à la voix dorée. Je vogue à la quête, jamais déçue, d’une pensée criante d’une dure vérité ou lumineuse d’espérance.  

Ce sont « mes » soirées avec Serge Bouchard. Sa plume est plus belle et ciselée que jamais. À la fois aérienne et pesant de toutes ses sorties étonnantes de nos sentiers trop battus, elle m’emporte dans son monde.  

Son monde. Celui du grand amour longtemps partagé avec sa compagne de vie, Marie-Christine Lévesque, éditrice et auteure renommée. Décédée l’an dernier à 61 ans d’un cancer fulgurant, sa Marie, sa complice tant aimée.

Tous les possibles

Le café du titre est celui de tous ses doux matins avec Marie. Simplement. Un premier café annonciateur de tous les possibles. Dégusté à travers le flot de leurs pensées et de leurs rires échangés comme autant de précieux morceaux volés à l’éternité. 

Un café d’amoureux comblés de s’être enfin trouvés. Surtout pas un café pris à la sauvette, le regard fuyant et le silence lourd pour ne plus voir ni entendre son autre moitié dans ces couples trop usés...

Sur chacune des pages, Serge Bouchard sème des perles d’esprit et de cœur. Comme celle-ci : « Nous savons comment faire l’amour, mais savons-nous vraiment comment l’amour se fait et quels sont les tours et détours qu’il peut emprunter pour s’exprimer clairement ? »

Ou celle-là : « La pensée est dans un piètre état depuis que plus personne ne doute de son point de vue ». « Le doute est de la famille de l’intelligence, tandis que la certitude appartient à une forme plus ou moins grave de bêtise. »

Indispensable phare

Puis, ici : « Chacun de nous a un démon en lui, aussi bien le fréquenter, l’apprivoiser, le laisser respirer ». Puis, là : « Aujourd’hui, le technocrate remplace le prêtre ». 

Sur les trumpiens : « Ces bêtes grossières, vêtues comme des bouffons, complotistes et démentes [...], quand je les vois aux nouvelles télévisées, je vois l’échec de l’humanité ».

Sur nos réponses vidées de nos propres sentiments, il vise juste : « Le “ça va bien” est certainement le mensonge le plus répandu qui soit ». Sur la peur : « Les morts n’ont plus peur du noir, ils n’ont plus peur de vivre, encore moins de mourir ». 

Et ces mots, bouleversants, sur la fin imminente du parcours de Marie, entourée de son compagnon fidèle et de leur fille adorée, Lou : « Plusieurs mois auparavant, alors que nous discutions sur l’oreiller, Marie m’avait fait jurer de la garder à la maison jusqu’à la fin. “Je veux mourir avec toi et Lou à mes côtés, en regardant la rivière” ».

Dans la tempête ambiante et nos nuits angoissées, Un café avec Marie, jalonné d’ombre et de lumière, est un phare indispensable.