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La victime d’Edgar Fruitier sort de l’ombre et le confronte

Le comédien de 90 ans risque la prison pour attentat à la pudeur sur un adolescent

Palais de Justice de Longueuil
Photo Chantal Poirier

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Aujourd’hui âgé de 90 ans, le comédien Edgar Fruitier pourrait prendre le chemin de la prison malgré sa santé fragile, lui qui a été confronté en pleine salle d’audience par l’homme qu’il a abusé sexuellement dans les années 1970 alors qu’il était adolescent.

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« Je me sentais sale. Je n’ai jamais fait de câlins à mes enfants à cause de ça, j’avais peur. Mon fils avait 21 ans quand je lui en ai fait un pour la première fois. Vous m’avez volé ma liberté à 15 ans, vous m’avez aussi volé la liberté de faire des câlins à mes enfants », a déclaré mercredi avec émotion Jean-René Tétreault. 

C’est à la demande de l’homme de 62 ans que l’ordonnance de non-publication qui protégeait son identité a été levée lors des observations sur la peine d’Edgar Fruitier, au palais de justice de Longueuil. 

« J’ai décidé de sortir de l’ombre, je n’ai plus honte, je n’ai plus peur de vous. Je me sens propre, je me sens à l’aise. Je tourne la page », a ajouté M. Tétreault, capitaine maritime au Port de Montréal. 

Il a fixé Edgar Fruitier dans les yeux tout au long de son témoignage. Assis à quelques mètres de lui, ce dernier n’a pas bronché. 

Edgar Fruitier était présent au palais de justice de Longueuil mercredi pour les observations sur la peine, relativement au dossier d’attentat à la pudeur, qui remonte aux années 1970. L’accusé saura s’il évite la prison ou non en juin prochain. En mortaise, M. Fruitier lors de son passage au palais de justice de Longueuil en juin dernier.
Photos Chantal Poirier
Edgar Fruitier était présent au palais de justice de Longueuil mercredi pour les observations sur la peine, relativement au dossier d’attentat à la pudeur, qui remonte aux années 1970. L’accusé saura s’il évite la prison ou non en juin prochain. En mortaise, M. Fruitier lors de son passage au palais de justice de Longueuil en juin dernier.

De la prison ?

À l’été 1974, l’accusé avait trouvé à sa victime un emploi dans un théâtre d’été en Estrie. Il lui avait même offert de l’héberger à son chalet, là où la première agression a eu lieu. Edgar Fruitier, alors âgé de 44 ans, avait attrapé les parties génitales de l’adolescent de 15 ans. Deux autres agressions similaires sont survenues deux ans plus tard.

Dénoncé en 2017, Fruitier a été reconnu coupable d’attentat à la pudeur cet été.

Frêle, malade et âgé, l’accusé espère éviter la prison. Son avocat plaide que considérant sa condition physique précaire et l’absence d’antécédents, une peine plus clémente devrait être rendue. Me Robert Polnicky suggère une probation ou une sentence suspendue.

La Couronne n’est pas du même avis et suggère six mois de détention.

« Il s’agit d’infractions qui visent un enfant, un adolescent. On doit militer vers ces peines pour dénoncer et dissuader la population générale et l’individu », a dit Me Erin Kavanagh, plaidant que l’âge de l’accusé ne devrait pas lui valoir une peine moindre. 

Relation de confiance

Elle a aussi insisté sur la relation de confiance entre l’accusé et sa victime. Jean-René Tétreault a en effet avoué avoir eu peur à l’époque de dénoncer Edgar Fruitier, qui était son voisin, mais aussi une personnalité publique. 

« J’ai accepté de vous faire confiance, de vous voir comme un grand frère. Quinze ans, c’est un âge critique pour un jeune. C’est d’une aide dont j’avais besoin, pas d’une agression », a-t-il lancé.  


Le juge Marc Bisson rendra sa sentence le 30 juin prochain. 

Ce qu’a dit la victime  

Jean-René Tétreault a été victime des sévices d’Edgar Fruitier dans les années 1970.
Photo Chantal Poirier
Jean-René Tétreault a été victime des sévices d’Edgar Fruitier dans les années 1970.

 « Il y a trois ans, quand tout a déboulé, j’ai porté plainte. Je l’ai pas fait pour moi, je l’ai fait pour les autres. J’avais besoin de dire qui vous êtes. Vous êtes un bon comédien, mais aussi un bon menteur, un bon manipulateur. J’avais besoin de le dire. »

« À cette époque, j’ai eu peur, je me suis senti sale. Ç’a pris 25 ans avant que j’en parle à ma famille. »

« À la naissance de mon fils, tout m’est revenu. J’étais très protecteur envers [lui]. J’avais tellement peur de vous voir. J’étais un adulte, j’étais fort, j’ai affronté des tempêtes en mer, pourtant, vous me faisiez peur. »

« Le message que je veux lancer [aux victimes], c’est : Dénoncez. Faites-le le plus vite possible. Je veux m’afficher pour inciter d’autres à parler. »

– Jean-René Tétreault