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Avec Le fil, la vie est Bell!

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Avec Le fil, la vie est Bell !, car l’information de Noovo occulte la plupart des mauvaises nouvelles pour y substituer des reportages d’intérêt humain assez anodins.

Ce n’est pas à cette antenne que les mordus de l’actualité trouveront de quoi se mettre sous la dent. Même les lecteurs pressés des journaux gratuits n’y trouveront pas leur compte. Réinventer l’information télévisée, c’est presque aussi difficile que réaliser la quadrature du cercle.

J’en sais quelque chose pour l’avoir tenté avec Réal Barnabé, transfuge de Radio-Canada, lors de la création de Télévision Quatre-Saisons en 1986. Nous avions entraîné une vingtaine de journalistes que nous avions baptisés « caméras-reporters ». Travaillant sans preneur de son et sans caméraman, ils montaient eux-mêmes les images qu’ils avaient captées. Présenté de façon assez traditionnelle, notre téléjournal se démarquait en ce qu’on y voyait surtout l’événement et non un reporter qui le décrivait. 

L’innovation fit long feu. Sur le terrain, nos caméras-reporters étaient constamment harcelés par les syndiqués de Radio-Canada et de Télé-Métropole qui les accusaient de « couper des jobs » et d’être « exploités ». Après mon départ de TQS, l’expérience fut graduellement abandonnée.

Le chemin cahoteux l'info 

L’information de TQS prit ensuite le même visage qu’elle avait ailleurs. En 2002, un consortium formé de Cogeco et de Bell Média racheta TQS. Sous la gouverne de René Guimond, l’info prit plus d’importance. Mais cela avait un coût. Cinq ans plus tard, le consortium rendit les armes. 

Les frères Julien et Maxime Rémillard (Remstar) mirent la main sur TQS. Malgré toutes les représentations contraires, le CRTC accepta que TQS présente seulement deux heures de nouvelles par semaine. Puis, TQS devint V et, à toutes fins utiles, laissa tomber l’information. Trop cher ! 

L’intérêt de Bell pour V réveilla d’un coup tous les tenants de l’info. On ne laisserait pas un géant mettre le grappin sur V sans l’obliger à construire une salle de nouvelles et à ressusciter sur les ondes une authentique information. Généreux de nature comme tout demandeur de licence, Bell s’engagea à 90 minutes de nouvelles par jour du lundi au vendredi, dont la moitié « offrant un reflet local », et à 30 minutes le week-end. Le CRTC n’en demandait pas tant.

Rattraper les jeunes

Mais peut-on appeler « nouvelles » ce qu’offre Le fil depuis lundi ? Si j’excepte l’entrevue de Noémie Mercier avec le premier ministre François Legault en ouverture, à peu près tout le reste tient du magazine d’actualités et non de la nouvelle. Le décor ajoute à la confusion, car il fait penser aux lofts qu’aménagent les yuppies dans des usines désaffectées, à cette différence que ces derniers offrent un espace généreux et que celui de Noovo est bien exigu.

Noovo, comme autrefois TQS et V, veut rattraper les jeunes qui s’éloignent de la télévision traditionnelle. C’est sans doute la raison pour laquelle la plupart des personnes que Le fil interroge font partie du groupe d’âge qu’on ne vaccine pas encore. Il faudra plus qu’un topo gentillet chez le patineur Charles Hamelin ou qu’une rencontre avec un junkie pour rameuter les jeunes.

Il faudra surtout mettre plus de moyens. Je doute fort que les économies qu’on a faites en balayant presque toute la haute direction de Bell Média, en réduisant de plus de 200 personnes la salle de nouvelles de CTV et en vidant celle de CJAD servent à étoffer Le fil. C’est pourtant ce qu’il faudra faire pour concurrencer TVA ou Radio-Canada.