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Des patrons américains sous pression pour dénoncer une loi sur les élections

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Les patrons de Coca-Cola, de Delta et d’autres grandes entreprises basées dans l’État de la Géorgie ont fait face à une forte pression pour se démarquer plus énergiquement d’une loi qui, selon ses détracteurs, limite l’accès aux urnes et vise particulièrement les électeurs afro-américains.

Le gouverneur républicain de cet État a promulgué jeudi dernier un texte censé lutter contre la fraude électorale, en renforçant les contrôles sur l’identité des électeurs votant par correspondance. Il interdit aussi de distribuer de l’eau ou des vivres dans les longues files d’attente les jours de vote, et restreint le nombre d’urnes installées dans la rue pour déposer les bulletins.

Plusieurs organisations des droits civiques avaient appelé Coca-Cola et Delta, mais aussi Home Depot ou l’assureur Aflac à se prononcer publiquement contre ce texte avant son adoption. Mais les entreprises sont majoritairement restées en retrait.

La compagnie aérienne Delta s’était ainsi prudemment engagée vendredi en expliquant dans un communiqué être «en discussion intensive» avec des représentants démocrates et républicains pour améliorer le texte. 

Insuffisant, ont estimé de nombreux internautes, qui ont rapidement fait circuler sur Twitter le slogan «BoycottDelta».

Coca-Cola a fait face à une situation similaire. 

Le responsable de l’entreprise pour l’Amérique du Nord, Alfredo Rivera, a assuré dans un message lundi que l’entreprise était «déçue» par l’adoption du texte et qu'elle continuerait à s’opposer ailleurs dans le pays à tout projet législatif limitant l’accès au vote.

Cela n’a pas empêché un influent leader religieux, Reginald Jackson, d’appeler le lendemain à une manifestation, jeudi, devant le siège du géant des boissons gazeuses à Atlanta pour annoncer le début d’un boycottage.

Le directeur général de Coca-Cola, James Quincey, a affirmé mercredi que l’entreprise avait «toujours été opposée» au texte, mais qu’elle ne parlait maintenant «plus publiquement» de son opposition. Allant plus loin que M. Rivera, il a estimé sur la chaîne CNBC que la loi était «mauvaise».

Lutte nationale

Ed Bastian, le patron de Delta, a aussi été plus incisif mercredi, affirmant dans un message aux salariés que la nouvelle loi était «inacceptable». 

«Après avoir eu le temps de bien comprendre tout ce qu’implique le texte, et après des discussions avec des leaders et des employés de la communauté noire, il est évident que la loi comprend des dispositions qui rendront l’exercice du droit constitutionnel à élire ses représentants plus compliqué pour de nombreux électeurs sous-représentés, en particulier les électeurs noirs», a-t-il écrit. 

L'une des organisations qui avaient appelé les entreprises à se faire entendre avec plus de véhémence, New Georgia Project Action Fund, s’est félicitée de cette prise de position. 

«Même si c’est avec du retard, le message de Delta reflète enfin la vérité», a commenté sa directrice générale, Nsé Ufot, dans un message transmis à l’AFP. 

Elle regrette toutefois que le patron «n’ait pas ressenti plus tôt la nécessité d’engager des discussions avec des représentants» des minorités, et elle l’appelle désormais à lutter contre les lois semblables qui se préparent dans le pays, en Arizona, au Texas, en Floride et au Michigan, notamment. 

Emmenés par Donald Trump, qui n’a jamais concédé explicitement sa défaite, de nombreux républicains considèrent en effet, sans preuve, que les dernières élections ont été entachées de fraudes.

Aussi ont-ils préparé de nombreux projets de loi qui pourraient limiter l’accès au vote.  

Or, en Géorgie, un État du sud des États-Unis portant encore les plaies de la ségrégation, c’est grâce à une mobilisation record, en particulier des électeurs noirs, que Joe Biden a remporté la victoire en novembre 2020. 

Plus de 70 Afro-Américains réputés du monde des affaires, emmenés par le patron du laboratoire Merck, Ken Frazier, et l’ex-patron d’American Express, Ken Chenault, ont aussi appelé, dans une lettre, les entreprises à agir plus énergiquement contre les projets de loi en préparation ailleurs dans le pays, a rapporté mercredi le New York Times

«Pour l’instant, on a surtout vu des messages génériques de la part des entreprises, apportant leur soutien au droit de vote [...], on leur demande maintenant de joindre le geste à la parole», a souligné M. Chenault, sur la chaîne CNBC.

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