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Elle est où notre chance d’avoir Pierre Fitzgibbon?

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Capture d'écran, TVA Nouvelles Le ministre de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, lors d’un point de presse, hier, à Québec.

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Parole de François Legault : « Le Québec est chanceux d’avoir un homme de la compétence de Pierre Fitzgibbon au gouvernement. »

Après avoir lu le reportage d’hier de mes collègues du Bureau d’enquête sur les autres apparences de conflits d’intérêts dans lesquelles le ministre Fitzgibbon trempe et qui touchent par surcroît le premier ministre lui-même, je crois que M. Legault aurait dû se garder une petite gêne avant de faire l’éloge de son controversé ministre.

Lors de la conférence de presse du 8 décembre dernier où il défendait Fitzgibbon à la suite du rapport de la commissaire à l’éthique sur les manquements de son ministre de l’Économie au code d’éthique, le premier ministre concluait son intervention en disant :

« Depuis deux ans, là, je ne compte plus les gens d’affaires au Québec qui me disent : Comment tu as fait, François, pour recruter un gars comme ça en politique ? Donc, on est chanceux qu’il parle le même langage que les dirigeants d’entreprises, que les entrepreneurs. Et on en a besoin, au Québec. »

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Une réforme juste pour lui ?

Et comble d’appui à son ministre : le premier ministre souhaite réformer le Code d’éthique et de déontologie auquel sont assujettis les membres du Conseil des ministres de l’Assemblée nationale. 

« Ce n’est pas normal, affirme M. Legault, qu’une personne qui détienne des placements dans des entreprises privées, des placements que cette personne-là ne peut pas vendre, qu’elle ne puisse pas venir servir, qu’elle ne puisse pas venir travailler au gouvernement, qu’elle ne puisse pas être ministre de l’Économie, alors qu’on souhaite avoir comme ministre de l’Économie quelqu’un qui connaît les entreprises. »

Ah oui ? Mais qu’y a-t-il de « pas normal » ? Les règles du Code d’éthique et de déontologie de l’Assemblée nationale par rapport aux placements sont clairement connues. Quiconque veut accéder au Conseil des ministres est obligé de les respecter et de se départir de ses placements. Si tu ne veux pas, tu passes ton tour, point à la ligne.  

Un embarras

Ma question : elle est où notre chance d’avoir Pierre Fitzgibbon comme ministre de l’Économie et de l’Innovation ?

Depuis sa nomination à titre de ministre de l’Économie et de l’Innovation, les frasques d’éthique de Fitzgibbon sont devenues fort embarrassantes pour un François Legault qui prônait la tolérance zéro aux apparences de conflits d’intérêts lorsqu’il était dans l’opposition

D’autant embarrassantes que Pierre Fitzgibbon est devenu le grand argentier du gouvernement Legault : c’est le ministère de l’Économie et de l’Innovation, par l’entremise du Fonds de développement économique et d’Investissement Québec, qui est responsable de la plantureuse aide gouvernementale octroyée aux entreprises. 

Des frasques en rappel

Janvier 2019, à Paris : François Legault pose fièrement en compagnie du ministre Fitzgibbon et du cofondateur de White Star Capital Éric Martineau-Fortin. Le hic : Fitzgibbon a omis de dire à Legault qu’il est lui-même actionnaire de White Star Capital, lequel fonds est géré depuis Guernesey, un paradis fiscal.

Autre problème : inscrits au Registre des lobbyistes du Québec entre juin et décembre 2020, les deux plus hauts dirigeants de White Star visaient directement le ministère de l’Économie et Investissement Québec afin d’obtenir « un appui politique ou financier » pour un investissement public potentiel de 20 millions $.             

En février dernier, le gouvernement Legault a retiré les dossiers de White Star des mains du ministre Fitzgibbon afin d’éviter tout conflit d’intérêts. Même chose avec Immervision, une autre entreprise où le ministre a des intérêts.

En juin 2019, Pierre Fitzgibbon se fait reprocher par la commissaire à l’éthique, Ariane Mignolet, une intervention imprudente auprès de l’industrie aérospatiale à la suite de l’annonce de mises à pied par Bombardier. Il détenait à ce moment-là un intérêt dans un fournisseur de Bombardier.

Octobre 2020, il se fait blâmer pour avoir offert un accès privilégié à un ami lobbyiste, Luc Laperrière. L’enquête de la commissaire à l’éthique porte sur les circonstances entourant la vente par M. Fitzgibbon de ses actions dans l’entreprise Move Protéine.

Décembre 2020, la commissaire lui reproche de détenir des intérêts dans trois autres compagnies.

À la suite des faits rapportés par le Bureau d’enquête du Journal, le député solidaire Vincent Marissal a demandé hier matin au gouvernement Legault de suspendre temporairement Pierre Fitzgibbon à titre de ministre de l’Économie, et ce tant et aussi longtemps qu’il ne se conforme pas au code d’éthique.

Et que Legault cesse d’excuser son ministre argentier !