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Université d’Ottawa: l’étau se resserre

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Les appels à la démission du recteur de l’Université d’Ottawa, Jacques Frémont, se multiplient.

Des professeurs sortent du silence et exigent son départ.

Une pétition à cet effet recueille beaucoup de signatures, bien qu’elle ne soit assurément pas la meilleure façon d’approcher la question.

Injustice

On reproche au recteur le « deux poids, deux mesures » dans sa gestion des affaires Attaran et Lieutenant-Duval.

On lui reproche aussi de tolérer les propos haineux quand ils visent spécifiquement les francophones.

Le wokisme est en effet trop souvent le nouveau visage de l’impérialisme anglo-américain.

Un professeur de l’Université d’Ottawa m’a fait parvenir un tableau comparant les affaires Lieutenant-Duval et Attaran.

La jeune femme est étudiante au doctorat et chargée de cours, donc sans sécurité d’emploi.

Attaran est professeur titulaire, donc assuré d’une permanence d’emploi.

Elle a mentionné le mot « nègre » dans un contexte pédagogique, donc en faisant son travail, et en y mettant toutes les précautions d’usage.

Lui répète depuis longtemps des propos nauséabonds contre le Québec et les francophones.

Elle n’avait aucune intention malveillante. 

Lui semble prendre plaisir à provoquer.

Elle n’a jamais visé une personne ou un groupe en particulier.

Lui vise très spécifiquement le Québec et les francophones.

Elle s’est excusée à de nombreuses reprises (même si elle n’avait rien fait de mal).

Lui persiste et ajoute couche après couche.

Elle a été suspendue.

Lui, rien.

Elle a subi les foudres de l’administration immédiatement.

Lui agit avec impunité depuis des années.

Elle a été désignée par l’administration comme la source d’un incident « raciste », et ses propos furent condamnés. 

Dans son cas à lui, il a fallu des semaines et d’intenses pressions pour que le recteur Frémont, dans une vidéo diffusée hier, qualifie de « rigoureusement inacceptables » ses propos.

Par ailleurs, le mystère s’épaissit autour du professeur Attaran. 

Le journal Ottawa Citizen a déjà relaté qu’en 2016, au moment où l’ex-ministre libéral Allan Rock était recteur, l’Université d’Ottawa avait décidé de ne pas renouveler sa chaire de recherche.

Attaran intenta donc une poursuite contre l’Université auprès du Tribunal des droits de la personne de l’Ontario pour discrimination sur la base de l’origine ethnique.

L’Université fit le choix d’un règlement hors cour. 

Depuis, l’administration semble marcher sur des œufs dès qu’il est question de lui. 

Un professeur a demandé publiquement à Amir Attaran, via Twitter, de détailler ses occupations et de s’expliquer sur une entente qui lui permet d’être payé à temps plein sans enseigner à temps plein.

Il n’a pas eu de réponse.

Une hypothèse circule beaucoup : Jacques Frémont, arrivé au rectorat en juillet 2016, ne voulait pas entamer son mandat au beau milieu d’un litige juridique très médiatisé autour d’allégations de discrimination.

Gâchis

Avant-hier, le recteur Frémont annonçait la création d’un comité de travail chargé de faire rapport cet été.

Il faudra des années pour réparer ce gâchis. Et ce sera sans doute impossible tant qu’il sera là.

Le lien de confiance entre lui et une part de la communauté semble irrémédiablement brisé.